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Magali Saby : Le rêve d’une société inclusive

Magali Saby, 33 ans, est danseuse et comédienne depuis 10 ans. Elle a fait ses études dans l’art du spectacle. Non-valide depuis sa naissance, elle est obligée de travailler à l’étranger pour pouvoir gagner sa vie. Son objectif est simple : faire de la société française une société inclusive.

Une vie à 100 à l’heure

À la fin de ses études, Magali Saby obtient directement un contrat professionnel à l’étranger. Integrance project recherchait alors quatre danseurs valides et quatre danseurs invalides pour un projet commun à trois pays : l’Angleterre, l’Écosse et la Belgique. Après cela, la danseuse enchaîne: Indonésie, Grèce, Turquie, Allemagne… Le voyage devient une obligation, « c’est mon métier, pour gagner ma vie je suis obligée« . La danse handisport n’est pas reconnue en France comme un métier, il n’existe que la danse thérapeutique qui se pratique en amateur. La jeune femme doit alors jongler entre ses voyages et ses soins. Elle confie alors ne pas pouvoir faire ses deux séances de kiné par semaine par manque de temps, « Je travaille de 10h à 22h avec une pause pour manger » .

Magali Saby en représentation
Crédit: Willy Labre

« Je me bats pour la reconnaissance des artistes handicapés, c’est mon chemin de vie ». Le 3 février, elle était alors à La Villette lors d’un événement interne pour défendre ses idées et faire parler des artistes handicapés. Elle espère beaucoup du grand événement sportif de 2024 en France : « si on transpose un message négatif du handicap, on va se faire lyncher par tous les pays ».

« Le problème c’est la société »

Quand on lui demande le problème en France, la réponse de la danseuse est simple : « le problème, c’est la société ». Lorsque l’on est en fauteuil, on est sans cesse jugé, les gens nous voient différemment. Alors qu’elle était sortie boire un verre en béquilles, une femme lui a demandé si c’était un accident de ski, « elle n’aurait jamais demandé ça si j’étais en fauteuil ».  C’est alors un combat de tous les jours qu’elle doit mener , « c’est pas à la dame que j’en veux, c’est à la société ». Ce réel problème de société est spécifique à la France, « on a du mal à communiquer sur le handicap ».

Pour lutter contre cette société exclusive, la danseuse voit plusieurs possibilités. Prendre exemple sur les sociétés étrangères pourrait en être une. À Londres, il existe deux compagnies de danse inclusive qui engagent des professionnels valides et non-valides. Ces compagnies organisent des summerlab (des pré-formations) et des tournées qui permettent aux artistes d’avoir un salaire à la fin du mois. Aux Etats-Unis, les matchs de basket avec des valides et des non-valides sont fréquents. Une autre possibilité serait une meilleure communication, cela passe notamment par les publicités. Mais il ne faut pas victimiser les personnes en situation de handicap non plus, « il faut communiquer dans le bon sens, sans nous mettre dans des cas de super-héros ». Guinness a alors lancé cette campagne publicitaire en 2014 qui n’est pas visible en France à cause de la Loi Évin (qui encadre la publicité pour l’alcool) :

Des(é)quilibres

Cette compagnie est née en 2017. Depuis que Magali Saby l’a créée, son objectif est simple : faire reconnaître la danse handisport. Le but est alors de créer une réelle académie composée de tous niveaux : amateurs et professionnels qu’ils soient valides ou non. Pour l’instant « l’idée est en place mais tous les cours ne sont pas encore d’actualité car il faut avoir des fonds ». Cette école est composée de plusieurs pôles : une formation pour professionnels, des cours professionnels et semi-professionnels, des cours pour amateurs, un pôle communication et un pôle création qui soutient la mise en place de spectacles inclusifs en France.

Afin d’arriver à son but final, l’école est en contact avec des intervenants reconnus comme Alyzée Lalande. Les locaux de l’académie sont pour l’instant dispersés dans Paris, ce qui n’aide pas dans l’évolution des cours. Magali Saby, avec l’aide de la Mairie de Paris, recherche actuellement des locaux plus adaptés. Il faut certes obtenir des financements de l’État, mais c’est la reconnaissance de la formation qui va être la plus importante. Pour cela, l’académie est en contact avec l’École nationale de danse.

La fondatrice de la compagnie Des(é)quilibres n’a aucun sentiment d’infériorité par rapport aux autres danseuses, au contraire « je fais de mon fauteuil un atout ». Le fauteuil n’est alors pas un obstacle, il permet plus de créativité et moins de routine. Le but de l’académie est donc de montrer qu’un fauteuil permet de bousculer les clichés mais aussi une plus grande diversité dans les différentes chorégraphies. Le premier spectacle de la compagnie se nomme Poupées de porcelaine et sera en représentation à partir de mai 2020.

Magali Saby à Jakarta avec des danseurs valides
Crédit: Adek Berry

« Pourquoi un journaliste faisant le journal télévisé aurait moins de capacité parce qu’il marche en béquilles ? », « Personne ne travaillerait 6 mois bénévolement, donc pourquoi nous ? », « Pourquoi quelqu’un de différent ne pourrait-il pas passer d’audition? », « Pourquoi séparer les JO et les JO paralympiques ? »… Autant de questions que se pose Magali Saby et qui restent encore sans réponses. La société française doit encore évoluer pour atteindre le niveau d’inclusion des autres nations que ce soit dans le sport ou dans la vie quotidienne.

 

Crédit: Emmanuelle Alès
Maïlys David

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