Tennis

Coupe Davis 2019 : Quels (tristes) enseignements pour le tennis français et mondial

Vivement critiquée depuis l’acquisition des droits pour l’organisation du tournoi par la société Kosmos du footballeur Gerard Piqué, la phase finale de la Coupe Davis nouvelle version a débuté ce lundi. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle fait couler beaucoup d’encre, notamment en France. Encore plus discréditée pour ce qui se passe autour du court Caja Magica de Madrid que ce qui s’y passe dessus, la Coupe Davis n’a pas fait ses preuves avant les quarts de finale vendredi. L’Equipe de France est même sortie grimaçante de ce qui devait être une « fête autour du tennis » selon Piqué. Les Olympistes ont décidé de revenir sur le passage fade des bleus dans cette « Coupe du Monde » de tennis aux allures de mascarade.

La nostalgie de la « Vieille Dame »

Quelle est loin l’ambiance et l’intensité des matchs de la version précédente du tournoi. Les confrontations épiques « à la vie à la mort » laissent la place à un championnat du monde regroupant sur une semaine dans une seule ville (qui a vocation à tourner) 18 équipes. Le tout est emballé dans un show avec cérémonies d’ouverture et de clotûre et concerts, notamment de Shakira la compagne de Gerard Piqué. Des matchs en 2 sets gagnants dans 6 groupes de 3 nations, les joueurs n’étaient pas très convaincus et leurs craintes se sont réalisées. Et encore, les leaders français ont fait l’effort de participer. Seulement douze membres du Top 20 sont là. Parmi les absents notoires : Roger Federer, sans doute pas mécontent que son équipe ne se soit pas qualifiée vu son peu d’enthousiasme pour le projet, l’Allemand Alexander Zverev qui avait été le premier à rendre public son boycott et le russe Daniil Medvedev qui a justifié son forfait de dernière minute en raison d’une  » grosse fatigue ». Au bout du compte, le plateau a tout de même un peu d’allure : Rafael Nadal, Novak Djokovic, Fabio Fognini ou encore Nick Kyrgios devraient attirer le public, du moins sur le papier car souvenons nous que cela fait longtemps que ce tournoi est promis à un échec…

Le public n’est pour l’instant pas au rendez-vous (à part pour Rafael Nadal et ses coéquipiers). Lors du match France-Japon, seul une cinquantaine de japonais et un couple de français avaient fait le déplacement pour soutenir les joueurs. L’ASEFT, le club des supporters en Coupe Davis et en Fed Cup a décidé de boycotter ce format qui empêche les affiches électriques à domicile ainsi que les défis sous haute tension à l’extérieur. ADN perdu, Piqué n’a pas réussi son pari. Pire, pour certains, cette mutation est indigne de l’héritage sportif d’une compétition vieille de 119 ans. « Ca reste quelque chose qui a été décidé pour du financier, du marketing… c’est un peu triste« , a estimé pour l’AFP le Belge Steve Darcis. Le joueur le plus radical dans sa réprobation est Alexander Zverev : « En novembre, je ne veux plus jouer au tennis« , tranche-t-il.

La sélection française était la première concernée : « Je ne vais pas vous mentir, pour les frissons on attendra, l’entrée sur le court et La Marseillaise, ce n’est pas ce qui m’a fait rêver quand j’étais petit, concéda Nicolas Mahut mardi soir. C’est pareil quand tu sors d’une finale de Coupe du monde et que tu vas faire des éliminatoires aux Îles Féroé ».

La question du double a également fait objet de débat. Match positionné au cœur de la confrontation dans l’ancien format,  il est dorénavant après les deux simples. Quitte ou double, le match peut être anecdotique si la même nation a remporté les deux premiers matchs ou crucial si il y a balle au centre (1-1). La stratégie est donc à revoir et des problèmes sportifs se posent. Ce mardi soir, les canadiens ont déclaré forfait pour le double face aux américains après avoir gagné les deux simples. Problème : cette victoire par forfait pour les États-Unis leur offre sur un plateau une victoire 6-0, 6-0, tout en épargnant des efforts aux joueurs américains. Si ces derniers battent l’Italie lors de leur deuxième match de groupe, cela les avantagera dans la course aux meilleurs seconds. La nouvelle formule de la Coupe Davis, qui tient compte du set-average, intègre en effet en quarts de finale les deux meilleurs seconds pour accompagner les six vainqueurs des groupes.

Dans un autre groupe, le double américain (Sock-Querrey) a vaincu la paire italienne (Fognini-Bolelli) à 4h04 du matin. Bien que l’anecdote soit fascinante, elle pose des problèmes sur l’aspect sportif et physique du tournoi. Imaginons que le double australien rencontre le double américain plus tard, il y aura un déséquilibre physique criant entre les équipes. Alors si cette polémique (une parmi tant d’autres) a le mérite d’avoir battu le record du match officiel finissant le plus tard, seul les insomniaques peuvent se vanter d’avoir assisté à ce fade spectacle.

Crédit photo : Eurosport
Jules BOURGAT

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