Basket-ball

Victor Wembanyama, prodige au coeur d’enjeux économiques internationaux

Affiché en tête de la draft NBA 2023, le jeune français Victor Wembanyama ne cesse d’impressionner et crée autour de lui un ras de marée médiatique. A seulement 18 ans, le natif de Chesnay a tous les projecteurs braqués sur lui. De Las Vegas à Nanterre, aucun scout américain ne manque à l’appel lorsqu’il s’agit d’épier les moindres faits et gestes de l’intérieur de 2m21. Mais célébrité est indissociable d’avidité, et tout le monde veut sa part du gâteau.

Une histoire de droits TV

Lorsqu’il s’agit de promo, la NBA n’a rien à envier aux autres grandes ligues sportives. Adam Silver, patron de la NBA, communiquait début octobre le rachat des droits TV pour tous les matchs des Metropolitans 92 (club français où évolue Wembanyama). Une annonce qui fait suite aux deux cartons de « Wemby » (73 points en deux matchs) à l’issue de rencontres organisées par la NBA à Vegas, opposant les Mets à la G-League Ignite. Cette soirée, mise en place dans la perspective de faire connaître l’international français du grand public américain, sera une réussite absolue en terme de marketing.

Pour une somme dérisoire (137 000 dollars), les broadcasters américains s’offrent la possibilité de diffuser à la fois sur les chaînes nationales et, de manière beaucoup plus significative, de publier les actions du « french unicorn » sur leurs réseaux sociaux. On rappelle que la NBA compte plus de 100 millions d’abonnés (comptabilisés sur Twitter, Instagram et Youtube). La pression autour de Wembanyama est immense, mais il a du répondant. Avec plus de 22 points et 9 rebonds par match, l’intérieur permet à son équipe de rouler sur la Betclic Elite. Les Mets ont un bilan quasi parfait à la mi-novembre (7-1). De quoi renforcer sa candidature, quasi actée, au poste de premier choix de Draft.

Wembanyama dunke sur son défenseur direct, Leonard Miller, joueur de la G-League Ignite
Wembanyama dunke sur son défenseur direct, Leonard Miller, joueur de la G-League Ignite. Crédit : NBAE via Getty Images

Un Deal partial

Malgré d’excellents résultats, de nombreuses plaintes en interne se font entendre en coulisses du club de Boulogne-Billancourt. Pour cause, une répartition des revenus des droits de diffusion à l’étranger jugée immorale. « On ne se sent pas respectés » déclarait début novembre la direction des Mets. Le club a dans ce sens demandé à la Ligue nationale de basket (LNB) qu’une part du montant payé par la NBA pour diffuser les matches d’Élite, dont ceux de leur équipe, soit reversée aux clubs. La demande s’est effectuée au cours d’une réunion du comité directeur le 4 novembre, dont les membres ont décidé « à l’unanimité de ne pas redistribuer cette contrepartie financière », selon le relevé de décisions.

La Ligue n’a en réalité aucune obligation de reverser aux clubs une partie des revenus. Intenter un recours en justice engagerait le club dans des négociations qu’il serait quasi sûr de perdre, la Ligue étant « dans son bon droit au plan juridique » ajoute la direction. A quoi bon lancer des procédures coûteuses en temps et en argent dans la mesure où Wembanyama n’est un Metropolitan que pour quelques mois encore.

Cette transaction entre la NBA et la LNB est un exemple type de la prise d’intérêt à l’américaine. Un rachat fait dans la précipitation et vendu comme équitable, dans le simple objectif de viser un produit en particulier (Wembanyama) au détriment de tous les autres (clubs de Pro A). La Ligue de basket, et la France plus globalement, ne tire presque rien de l’accord. Que ce soit en terme d’image (le joueur est déja plus connu là-bas que sur le sol national) ou d’économie (137 000 euros sur un montant total de droits TV équivalent à 70 milliards de dollars), le contrat est désastreux. Ce n’est pourtant pas tous les jours qu’on a « le futur de la NBA » entre les mains.

« La Ligue a présenté l’achat comme portant sur l’ensemble de l’Élite. Or la NBA ne communique que sur Wembanyama, et son attrait (pour le championnat de France, NDLR) n’est que la conséquence de la semaine que nous avons passée à Las Vegas. Il y a une ambiguïté »

Explique ainsi Alain Bouvard, président des Mets. Réduits à se plier aux exigences du pays de l’oncle Tom, les clubs français n’ont d’autres choix que de poursuivre leur saison, conscients de l’exploitation médiatique et économique dont ils sont victimes.

Crédit photo : Balle courbe
Matthieu Belloc

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