Basket-ball Divers

Basketball – « Un centre de formation, divers horizons » – Episode 1 : Caroline Dréan, l’enfant du club devenue cadre

Premier volet d'une série consacrée au devenir de jeunes basketteuses formées dans un même centre de formation ! Elles nous racontent leur parcours, leurs ambitions, et les multiples chemins que chacune a choisi d'emprunter !

Club tout juste rétrogradé de LF2 à Nationale 1 (3ème échelon du basket français), l’USLG Cherbourg La Glacerie abrite depuis quelques années un centre de formation féminin qui voit et a vu éclore de jeunes joueuses débordantes d’ambitions. Des horizons tellement différents qui les mènent partout en France et même au-delà, jusqu’aux États-Unis. Une diversité que nous vous proposons de mettre en lumière. Pour le premier épisode de cette série, intéressons nous à Caroline Dréan, jeune meneuse de la génération 1999.

Cadre de l’équipe réserve en N3, comptant quelques apparitions sur le banc en équipe première, Caroline est au club depuis « toujours ». Elle constitue aujourd’hui le repère pour les jeunes de la formation glacérienne, dont elle a fait toutes les classes avant même la mise en place du centre en 2016. Entretien avec une vraie passionnée de ce jeu.

Aux origines d’une passion

Tout d’abord, comment te sens-tu ? Prête à attaquer une nouvelle saison ?

Je me sens bien ! On sort d’une superbe saison avec la N3 qui dépassait aussi bien les attentes du club que les nôtres. On a sorti de beaux matchs avec un bel effectif. On a même accroché pendant longtemps le top 3 et battu les premières qui ont fini championnes de France (ndlr : leur seule défaite de l’année) ! C’est forcément encourageant pour cette année !

Avec la L2 c’était plus compliqué mais l’entente entre coéquipières est restée bonne, on n’a pas lâché malgré la rétrogradation en N1 assurée dès décembre. On a continué de s’entraîner malgré tout et les entraînements avec la L2 m’ont servi en N3, pour faire de bons matchs, donc les deux étaient liés.

Revenons aux origines, d’où vient cette passion pour le basket ? Et est-ce que tu as des idoles dans ce sport ou dans le sport en général ?

Mon cousin et mon oncle en faisait et je me suis lancée avec ma sœur à l’âge de 8 ans pour faire comme mon tonton et mon cousin et je n’ai jamais arrêté. Après, je n’ai pas vraiment d’idoles. Je regarde le sport de haut niveau mais sans pour autant admirer. Je trouvais que Kobe Bryant était un acharné de travail mais je n’avais pas de posters de lui non plus. Simplement il était très complet avec un état d’esprit de grand champion.

Véritable pilier du club, Caroline Dréan, pourtant âgée de 23ans, est la joueuse la plus ancienne du club qu’elle a rejoint à ses 11 ans, après 3 années passées du côté de Flamanville. Crédit photo : La Presse de la Manche.

Joueuse d’un club en pleine expansion

Cela fait donc 12 ans que tu es à La Glacerie, tu as donc certainement pu voir une évolution dans le club, dans les ambitions et les moyens pour y arriver. 

J’ai rejoint la Glacerie en poussines et le club s’est carrément professionnalisé à notre sacre de championnes de France en N1, même si on comptait déjà quelques professionnelles en N2. C’était une étape importante pour le club, avant on s’entraînait trois fois par semaine, on n’avait pas accès à la salle de musculation et les filles travaillaient à côté, elles n’étaient pas du tout professionnelles. Après la montée, le basket était vraiment leur travail à plein temps ; on avait un kiné et un ostéo à disposition. Le label centre d’entraînement est venu ensuite.

Une évolution que l’on peut voir à la racine même avec la formation de joueuses.

Ça a carrément évolué et pris de l’ampleur parce que les filles viennent de plus en plus loin, le club a gagné en visibilité avec les résultats des jeunes certes, donc de la N3 et des cadettes, mais surtout de l’équipe professionnelle qui est comme une vitrine pour le club, celle qui attire les jeunes joueuses venues d’ailleurs. Le palier suivant est de réussir à installer ces joueuses dans l’effectif professionnel, doucement mais durablement, les faire jouer auprès des plus expérimentées…

C’est primordial d’avoir un centre d’entraînement lorsque l’on veut atteindre le haut niveau. Déjà ça fait du nombre à l’entraînement et former des joueuses capables de jouer avec les pros c’est vraiment important. Il peut toujours y avoir des blessures comme l’année dernière, des trous à combler et cela peut être fait par les jeunes. On progresse encore plus en côtoyant les pros, qui aiment aussi avoir de la jeunesse à l’écoute auprès d’elles donc tout le monde en ressort grandi.

Pour mieux se rendre compte, à quel niveau évoluais-tu avant tout que cela ne soit mis en place ?

On était déjà en championnat de France, U18 France, mais c’est beaucoup plus structuré maintenant avec l’internat pour accueillir des jeunes venant de loin car avant nous étions exclusivement des joueuses locales. Elles sont suivies à l’école, au lycée et même par des kinés ; elles peuvent aller à la muscu, demander une séance individuelle à tout moment et on n’avait pas tout ça avant donc c’est surtout les infrastructures qui ont fait un bond en avant. On ne cherchait pas vraiment à développer la joueuse dans son intégralité avant.

Et donc comment as-tu vécu la « transition » d’un club « loisir et performant» à celui de « compétitif au haut niveau » ? Une transition en douceur ou brutal ?

Ça s’est professionnalisé petit à petit, des spécialistes de la santé ont été intégrés pour nous entourer et s’assurer de la forme de chacune ; puis des internationales ont commencé à être recrutées mais comme c’est venu en douceur j’ai presque trouvé ça normal. C’était une suite logique, je n’étais pas « choquée » ou avec « des étoiles plein les yeux » comme c’était progressif. Par exemple quand tu voyais une Américaine débarquer tu savais que celle qui serait recrutée l’année d’après serait encore plus forte. On s’y attendait, le club nous a mis dans de bonnes dispositions.

Est-ce que tout a bien tourné ou il y a eu une période de trouble, de désordre ? As-tu toujours reconnu ton club ?

On a vécu un coup d’arrêt avec la Covid, on faisait une superbe saison en N1, les bons résultats s’enchaînaient. Sur le terrain on méritait clairement de monter en L2 mais tout s’est brusquement arrêté. Le club était un peu décontenancé, des joueuses sont parties et la saison qui a suivi a été plus compliquée. Les ambitions restaient les mêmes, mais les défaites s’enchaînaient et nos objectifs de montée entre autres, n’étaient pas remplis.

La saison passée a été galère. On a dû composer avec un effectif diminué par les blessures, la marche était un peu haute sur l’ensemble de la saison ; on a su bien joué par période mais sur l’ensemble d’une saison c’était difficilement tenable… Néanmoins on avait déjà vécu la descente et le club se relève toujours. Il y a des bénévoles des supporters, et le club gagne en visibilité par les résultats et la retransmission des rencontres sur YouTube et Facebook.

Depuis ses années U11-U13, la jeune meneuse a pu vivre toutes les transformations et toutes les situations avec son club de cœur. De la bataille pour la montée à celle contre la relégation. Crédit photo : La Presse de la Manche.

Au cœur du projet Centre De Formation

Tu fais partie de la génération qui a accompli toutes ses classes à La Glacerie avant la mise en place du Centre De Formation (CDF) qui n’était alors qu’un centre d’entraînement, est-ce que tu ressens une différence de niveau entre celles qui n’y sont pas passées et celles qui en sortent ?

Les joueuses qui en sortent actuellement ont plus de billes à leur disposition, des séances de shoot etc. Mais je suis à la porte de l’équipe première sans tout ça. J’ai fait en sorte de travailler suffisamment pour ne pas démériter donc ça ne m’a pas desservi, je m’entraînais avec les pros tous les soirs et j’en suis là sans avoir bénéficié d’entrée de toutes ces installations.

Est-ce qu’il t’est arrivé de douter, de ne pas te sentir à ta place ?

Forcément il y a des moments de doute. Est-ce que je vais être au niveau, ne pas les freiner et cetera mais les autres filles, qui sont devenues des amies, sont là pour te rassurer. Donc si tu fais des erreurs en étant jeune, tu te mets une pression supplémentaire mais tu t’adaptes, tu en parles et tout va mieux, même si tu es naturellement stressée.

Aujourd’hui tu es considérée comme un repère, la leadeuse de ce groupe de jeunes de l’équipe réserve. Comment est-ce que tu te sens avec ce rôle et est-ce que cela a toujours été naturel pour toi de mener un groupe ?

Quand j’étais un peu plus jeune et que je m’entraînais déjà avec des plus anciennes, même dans des saisons galères j’ai beaucoup appris avec les pros car elles prennent le temps de nous épauler. Puis avoir le rôle de la grande sœur à son tour c’est inverser les rôles, c’est à mon tour de les guider ! J’ai naturellement le leadership, j’ai l’expérience auprès des pros et concrètement j’ai le rôle de capitaine. Les jeunes sont à l’écoute donc je fais de mon mieux avec elles. Le fait que je sois au club depuis longtemps doit jouer pour beaucoup aussi, je suis la plus ancienne et j’ai très souvent, pour ne pas dire tout le temps (rire), eu le rôle de capitaine dans mon équipe !

Mais lorsque je reviens avec les pros je sais que ma place est davantage à l’écoute et à l’apprentissage. Je sais différencier les deux rôles que je peux avoir avec l’un ou l’autre effectif. Et puis je n’ai jamais été extravertie mais dans le sport je peux me « transcender », en mettant mon expérience avec l’équipe première au service de la N3 .

Caroline est la capitaine d’un groupe de jeunes ambitieux et à son écoute de par son expérience au haut niveau et sa longévité au club. Ici, après une quatorzième victoire de rang. Crédit photo : Caroline Dréan.

Des résultats et des objectifs en hausse constante

D’ailleurs les résultats ne font que s’améliorer avec ce groupe de jeunes ! (5ème place en frôlant le top 3 la saison passée ; au bord de la relégation il y a 3 ans) Quel est ton sentiment là-dessus ?

Un travail de nombreuses années ! C’est le fruit de l’apprentissage du centre qui se professionnalise et des efforts qui paient ! On a vécu des saisons galères mais plus les années passent et plus on gagne en expérience et plus on progresse.

Jouer en N3 c’est aussi jouer des adversaires qui ont parfois côtoyé les niveaux L1 et L2 alors il y a une marche à franchir, il faut s’adapter parce que le niveau senior en N3 augmente brutalement. Il faut travailler physiquement et mentalement, développer un style de jeu adapté à nos qualités individuelles à savoir la vitesse, la fougue, la prise de décision rapide, et petit à petit on atteint les objectifs.

Justement, quels sont-ils ces objectifs pour l’an prochain ?

Avec le coach on est d’accord pour dire qu’après une belle saison comme celle-ci, il ne faut pas retomber. Alors l’objectif est de faire aussi bien voire même mieux. Et de continuer à se développer individuellement aussi.

À 23 ans, de quoi rêve-t-on maintenant ? On t’a vu faire quelques apparitions avec l’équipe première, tu t’entraînes avec elle, mais en parallèle tu as un métier à côté du basket. Est-ce que passer professionnelle reste un objectif pour toi ?

Honnêtement mon train de vie avec un travail, des apparitions avec l’équipe première et le rôle de cadre en N3 me convient très bien. Je suis épanouie dans ma vie professionnelle et personnelle car le basket est ma passion. Je suis encore jeune, je ne ferme pas de porte mais je trouve important de garder mon travail si je ne peux pas aller chercher le niveau N2.

Personnellement je pense pouvoir aller le chercher, mais je ne suis jamais partie malgré les propositions et opportunités, en partie parce que je n’ai pas été baignée dans le fait de partir loin de chez soi en centre de formation dès le début donc ce n’est pas forcément dans mes projets de partir.

J’ai toujours eu une bonne raison de rester et au final je ne regrette pas, je suis très heureuse à la Glacerie et mon rôle me convient et me plaît beaucoup ! Ce que je souhaiterais c’est faire monter mon équipe de N3 en N2, même si on n’en parle pas forcément. Mais je trouverais ça encore plus beau de monter si c’est avec mon club de cœur !

Pour finir, qu’est-ce que l’on peut te souhaiter pour la suite ?

De la continuité ! Continuer à m’épanouir dans mon basket, continuer à progresser avec les pros et continuer à travailler en N3 pour avoir de bons résultats. Et réussir à fédérer, emmener les jeunes, c’est important.

Crédit photo : Christian Jezequel
Arthur PUYBERTIER

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