Tennis

Quand le public renverse les choses

Prévoir qu’Hugo Gaston atteindrait les quarts de finale d’un Masters 1000 si tôt dans sa carrière était utopiste. Mais à Bercy lors de l’édition 2021 rien n’est impossible pour cet irréductible Gaulois.

Seuls Monfils et Gaston étaient encore en lice hier matin pour les 1/8e de finale du Masters 1000 français. Mannarino, Gasquet, Herbert, Rinderknech et Paire ont tous été éliminés en deux tours ou moins. Mais après s’être retrouvé à terre dès les premiers échanges contre Adrian Mannarino, Gaël est contraint de se retirer du tournoi malgré sa victoire face à son compatriote. Il rejoint ainsi le reste des Français.

Toutefois, nous n’avions pas forcément besoin du jeu spectaculaire de Gaël Monfils pour faire vibrer le public parisien. Hugo Gaston issu des qualifications s’en est chargé. Oui, le Toulousain (fan de rugby) n’a eu aucun passe-droit pour ce tournoi et a débuté du fin fond du tableau. Cela ne l’a refroidi d’aucune manière. Après avoir sorti Kevin Anderson au premier tour, il s’offre la tête de série n°8 des qualifs, Lorenzo Musetti. Alors qu’il avait prévu d’aller voir son club de cœur, le Stade Toulousain, disputer une rencontre face au Racing 92 dans l’après-midi, Gaston décroche pour la première fois une place dans le tableau principal du Masters 1000 français.

La joie et la rage sur le visage du Français durant son match face à Carreno-Busta. Crédit Photo: 20 Minutes

Un enchaînement d’exploits

Hugo Gaston fait souffrir ses adversaires de ses coups. Il exclut Rinderknech fraîchement sélectionné pour la Coupe Davis, d’entrée de semaine. Il entre alors officieusement pour la première fois de sa vie dans le top 100. En face de lui se dresse désormais Carreno-Busta, tête de série n°12 du tournoi. Le battre signifierait prendre virtuellement place dans le top 80 mondial. Mais le Français de 21 ans ne se laisse pas envahir par le stress. D’ailleurs il ne connait pas ce mot. 6/7-6/4-7/5. Il fait chuter le premier Espagnol sur sa route.

Après avoir renversé le 17e mondial, rien n’est impossible pour Gaston. N’empêche qu’il n’est toujours pas favori au tour suivant face à Carlos Alcaraz. L’Espagnol de 18 ans ne fait que progresser cette saison. Il fut titré à Umag cet été, quart de finaliste à l’US Open puis encore à Vienne la semaine dernière. Mais rien ne peut arrêter un Français soutenu par un public endiablé. Les deux joueurs entrent sur le terrain dont les gradins sont en état d’ébullition. Des airs de Marseillaise ont déjà été entendus, les « Allez Hugo » fusent à tout va et quelques sifflets résonnent à l’évocation du nom d’Alcaraz. Les chants pour soutenir le petit Français ne manquent pas, conduits avec brio par son clan.

Remporter la première manche était déjà en soi un exploit. Hugo est rapidement mené 3/1 et voit ses amorties revenir intelligemment. De plus, Alcaraz tient à s’amuser également et ne se gêne pas de lui renvoyer la pareille faisant courir le Français. Ce dernier s’accroche tout de même et reste collé au score, breakant plusieurs fois aussi. Le moment de bascule se situe à 4/4 lorsque Gaston break pour la dernière fois du set. C’est lors de sa cinquième balle de break qu’il concrétise, emmené par un stade en folie. Il remporte 6/4 la première manche. L’Espagnol prend congé du public et part se changer les idées au vestiaire dans l’espoir de recoller au score.

La Remontada

Et c’est un nouveau Alcaraz qui revient sur le court en petite foulée pour débuter ce deuxième set. Très confiant, cette fois-ci, le tout jeune 35e mondial break d’entrée. Ainsi, il met un gros coup au mental du Français et ce qu’on appelle « un coup de clim » dans le court central uni derrière Hugo Gaston. Alcaraz ne manque pas d’enfoncer le clou et de breaker une seconde fois, minant l’ambiance aux accents tricolores du début de match. Mais combien de fois devra-t-on vous le répéter qu’impossible n’est pas français ?

« J’ai entendu quelques « Remontadaa ! » et je me suis dit pourquoi pas. »

Le public en pleine ola lors de multiples changements de côté. Crédit Photo : Eurosport

Le Français ne se laisse tout de même pas faire et sauve l’honneur en remportant son jeu de service et revenant à 5 jeux à 1. Mais ce n’est que le début. Après coup, Gaston le dit haut et fort au micro du speaker « J’ai entendu quelques « Remontadaa ! » et je me suis dit pourquoi pas« . Emmené par le public, le Français débreak une première fois pour revenir à 5/2. Et alors là, tel un certain coup-franc de Neymar, ce jeu pris par Hugo permet à tous de croire à la Remontada. Le Français se permet d’y croire et le public commence à se réveiller à nouveau et ne le lâchera plus. Gaston concrétise et débreak totalement revenant à 4/5 service à suivre.

Puis le Français n’a plus qu’à dérouler. Le public se charge de tuer mentalement Alcaraz, Gaston physiquement. Les deux pieds dans l’irrespect et la provocation, les supporters français (excepté le clan de Gaston) font tout pour déranger l’Espagnol, applaudissant chacune de ses fautes et n’hésitant pas à tout faire pour provoquer ses doubles fautes au service. Carlos s’en plaint à son clan mais sait qu’il est impuissant et que même les sommations de l’arbitre ne pourront calmer les élans de joie tricolores…

Alcaraz fulmine de rage et voit le match lui échapper. Crédit Photo: LightHome

Lorsque Hugo Gaston break et mène 6/5, tout le monde sait que le job est fait. Comme pour se féliciter d’une victoire qui est la leur, le public entonne une Marseillaise. Gaston n’a pas encore été appelé en équipe de Coupe Davis mais il connaît déjà la saveur qu’a une victoire collective.

Une ambiance qui fait craquer

De l’autre côté de la chaise d’arbitre, on ne voit plus le visage d’Alcaraz. Celui-ci l’a enfoui dans sa serviette, on l’imagine en larmes. Ce jeune de 18 ans propulsé très rapidement à la 35e place mondiale ne parvient pas à supporter la pression du public et ses manques de respect à répétition. Il ne peut plus jouer son tennis et démontrer sa puissance, la solitude l’envahit.

La suite appartient désormais à l’histoire. A l’image du but de Sergi Roberto dont tous les supporters catalans et parisiens se souviennent parfaitement (pas pour les mêmes raisons), Gaston clôt ce match par un ace assassin avant de jubiler. Il n’en croit pas ses yeux. Le Toulousain se retourne vers son clan à la recherche de regards pour l’aider à comprendre ce qu’il se passe. Mais ses amis, son coach et sa copine sont aussi occupés à se serrer dans les bras et sauter de joie.

Le public parisien qui tient enfin une revanche sur les Espagnols n’en revient d’ailleurs pas et exulte également. Les applaudissements dureront quelques très longues minutes, le temps que Gaston aille checker son clan et embrasser sa copine. Les mots que tient le speaker pour féliciter Alcaraz et le conduire vers la sortie sont à peine audibles tant le public est excité. La tête basse et le moral dans les chaussettes, L’Espagnol s’éclipse définitivement du court central. Le lendemain, il affirme sur Instagram qu’il ne s’attendait pas à ce que ce soit si difficile de jouer contre le public et gérer ce genre d’ambiance. Cela lui a fait beaucoup de mal de remarquer qu’il ne savait pas contrôler cette pression mais il affirme qu’il apprendra de cette leçon. Paula Badosa, sa compatriote, ne manque pas de le soutenir dans cette épreuve, commentant qu’il a les capacités pour s’améliorer et qu’il est déjà un champion.

Bercy ne manque pas de réussir aux Français ces derniers temps : Gaston imite Humbert qui avait déjà atteint les quarts du tournoi indoor parisien l’an passé, tout comme Monfils et Tsonga il y a deux ans. A noter aussi que Hugo Gaston retrouvera très rapidement Alcaraz à Milan. Car oui, grâce à cette victoire le Français s’est qualifié pour le tournoi Next Gen ATP Finals du 9 au 13 novembre prochain en plus d’atteindre le rang de 63e mondial. Ce soir c’est le n°2 mondial en pleine forme qui l’attend. Daniil Medvedev est tenant du titre et vainqueur du dernier Grand Chelem de l’année (US Open 2021). Mais bien sur vous l’aurez compris, plus rien ne peut faire peur au Français de 21 ans lorsqu’il a le public avec lui.

Crédit photo: FFT
Nils Gobardhan

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