Tennis

Paula Badosa, la Furia Roja

Plus efficace dans le dernier geste, une grinta inégalable et des résultats en constante amélioration, Paula Badosa n’a décidemment rien à envier à la sélection ibérique de Luis Enrique. Dimanche dans le désert californien, c’est toute seule qu’elle est devenue la première joueuse espagnole à remporter l’Indian Wells (WTA 1000). Défense, attaque : elle a joué à tous les postes. Et pas de 4-4-2, plutôt un 7/6 – 2/6 – 7/6. La vraie furie rouge, c’est elle.

Paula Badosa Gibert semble tout avoir pour être une future star. Ok, on avait dit ça de Naomi Osaka et ça ne s’est pas exactement passé comme prévu. Sauf que là, c’est différent. Badosa a quelque chose. Plus on commence à la connaitre, plus elle force l’admiration. L’élégance, le beau jeu, la hargne et la tchatche à l’espagnole. La totale. Et c’est pour toutes ces raisons que la jeune femme mérite que l’on s’attarde sur son cas. Portrait.

Des hauts et des bas

Nous sommes en 2014, Paula débute sa carrière sur le circuit junior et se fait remarquer grâce à ses bonnes performances : quarts de finale à Roland-Garros et à Wimbledon, et une finale aux championnats d’Europe. Un an plus tard, elle se hisse au 3ème tour de l’Open de Miami et en juin 2015, elle remporte Roland-Garros junior.

Presque inexistante entre 2017 et 2020, c’est il y a un an, lors de Roland-Garros (joué en octobre), qu’elle fait une apparition remarquée. Alors 87ème mondiale, elle se hisse jusqu’en 1/8, après avoir notamment battu Ostapenko (lauréate en 2017) et Stephens (tête de série 27). Depuis, la progression est fulgurante. Elle atteint dans la foulée les quarts à Abu Dhabi, la demi à Lyon et à Charleston (en balayant la première tête de série Ashleigh Barty). Elle échoue ensuite en demi à Madrid face à cette dernière, avant de s’imposer à l’Open de Serbie (WTA 250), son premier titre sur le circuit. La Barcelonaise montre une nouvelle fois qu’elle se plait à Paris en atteignant les 1/4 et découvre les 1/8 à Londres. Elle enchaine à Cincinnati (1/4) et malgré un trou d’air lors de l’US Open, elle remporte avec brio l’Indian Wells, en ayant surement délivré le plus beau match de sa carrière. En 2021, elle a battu 4 joueuses du top 10.

Mais tout n’a pas toujours été rose dans cette carrière naissante. Si les grosses blessures l’ont jusqu’à présent épargnée, la Catalane à tout de même connu un été 2021 difficile. D’abord à Tokyo, lorsqu’elle a dû être évacuée sur fauteuil roulant suite à un malaise en quart de finale. Quelques semaines plus tard, rebelotte à Cincinnati à cause cette fois d’une blessure au bras droit. Deux déceptions, la tenniswoman avait les capacités d’aller plus loin. Mais outre les petits pépins physiques, les soucis psychologiques ont eux bien existé. Après avoir battu Ons Jabeur en demi-finale de l’Indian Wells, la jeune femme a évoqué les mauvaises passes qu’elle a traversées étant plus jeune. Presque dégoutée du tennis à la sortie de l’adolescence, la joueuse a comme beaucoup d’autres, subi la pression. « Je pense que la chose la plus difficile à gérer quand vous êtes un junior et que vous avez de bons résultats, ce sont les attentes. Ils attendent beaucoup de vous et vous mettent beaucoup de pression. » (L’Equipe)

« Parfois vous traversez des moments compliqués. C’est mon cas. Mais je n’ai jamais arrêté de rêver. »

Badosa n’a pas hésité à parler de dépression, maladie qui touche énormément de joueurs/joueuses. Son adversaire Azarenka a elle aussi évoqué l’importance de la santé mentale dans le sport de haut niveau, un sujet de moins en moins tabou depuis quelques temps.

Agressivité, et surtout ne rien lâcher

Et justement, ce n’est pas pour rien si la jeune Espagnole mise beaucoup sur son mental. Car il faut le dire, l’aspect psychologique joue énormément dans le tennis et Badosa l’a bien compris. Très émotive et faisant preuve d’un tempérament de feu sur le terrain, elle ne baisse jamais les bras et se bat jusqu’au bout. Pas étonnant que Vicka Azarenka soit un modèle pour elle. Les retournements de situation, ça les connait. Et cette volonté de ne rien lâcher, Badosa aime la montrer. Elle a pour habitude de faire ce geste (voir photo) tout en fixant son clan, dans les moments chauds. Et il faut croire que ça marche. À Roland-Garros, ses 3ème et 4ème tours, tout comme son quart de finale, se sont joués en 3 manches. La native de New York était menée 1 set à 0 lors de 2 d’entre eux. La preuve que ce n’est jamais fini. C’est une belle leçon de tennis ce que nous offre Paula Badosa, après tout ce qu’elle a vécu.

Le mental est un aspect essentiel dans le jeu de Badosa. Crédit photo : lesportaufeminin.fr

Au delà du mental, il y a le jeu tennistique. Et la droitière n’est pas non plus sans ressources de ce côté là. Comme la plupart de ses compères ibériques, c’est une experte de la terre battue. Elle détient d’ailleurs le record de victoires sur ocre cette saison (20 succès pour 5 défaites). Authentique puncheuse du fond du court, elle agresse et est difficile à déborder. Sa vision du jeu et son endurance lui permettent de prendre le contrôle de l’échange. Un style assez similaire à celui de sa compatriote Garbine Muguruza. « Très peu de joueuses sur le circuit ont le même jeu que Badosa. Ça me fait plaisir de voir des filles qui jouent beaucoup vers l’avant », ce sont les mots de Mary Piece, ancienne championne française. (Le sport au féminin)

Indian Wells 2021 : la consécration

« La WTA c’est n’importe quoi, il n’y a pas de patronne, c’est toujours des inconnues dans les grandes finales ». Depuis un certain temps, on entend régulièrement ce type d’analyse concernant le tennis féminin. Il serait plutôt culotté de dire le contraire. Sur les 19 derniers Grand chelem, 14 joueuses différentes se sont imposées. Sauf qu’en attendant, on a assisté dimanche dernier, à sans doute la plus belle finale de la saison (3h04 de jeu). Et puis même si le nom de Paula Badosa ne vous est pas encore familier, il semble impossible de ne pas connaître Victoria Azarenka, une ancienne du circuit.

Pour en arriver là, la route a été longue. Tête de série 21 et 27ème mondiale au début du tournoi, Badosa a réalisé le parcours parfait. Un premier tour tranquille contre Yastremska , et puis un enchainement de masterclass. L’Espagnole a écarté Gauff, Krejcikova, Kerber et Jabeur, respectivement têtes de séries 15, 3, 10 et 12. Elle se pointe en finale sans avoir perdu le moindre set. Pas mal pour une première participation !

Crédit : compte instagram wta

Lors du match pour le titre, Paula retrouvait « Vicka » (Victoria Azarenka), une de ses idoles d’enfance. La Biélorusse de 32 ans et tête de série n° 27, n’avait pas eu un tableau aussi relevé que son adversaire. Elle arrivait sur le terrain confiante, déjà sacrée en 2012 et 2016. Impressionnant mais pas déroutant pour l’outsider. Après un premier set très accroché (79 min), c’est la plus jeune qui virait en tête au terme du tie-break (7points à 5). Et puis Azarenka a fait du Azarenka. La Biélorusse a remis les pendules à l’heure de façon indiscutable. 6-2. Troisième set. Et cette dernière manche était sans hésitation la plus alléchante. 2-0 Badosa, puis 2-2. À 4-4, la plus expérimentée faisait le break (supposé décisif). Et alors qu’à 5-4 / 30-0, Vicka touchait le trophée du bout de la raquette, l’Espagnole s’est rappelée qu’elle venait du pays de la « remontada ». Que dire de cette force de caractère et de cette sérénité qui rôdait en elle ? Paula s’impose finalement 7 points à 2 dans le tie-break décisif avant de s’écrouler sur le central.

Je me suis retenue de le dire avant, mais n’essayez plus de comparer la jeune prodige de 23 ans à Maria Sharapova. Oui, il y a une ressemblance frappante au niveau du physique, du style de jeu et de l’attitude. Mais la nouvelle 13ème joueuse mondiale (70ème au début de la saison), a une identité propre, un parcours atypique et un futur prometteur (on espère aussi brillant que celui de la Russe) qui ne dépend que d’elle. Paula Badosa est peut-être enfin celle que l’on attendait. Viva España, y Viva Paula.

Crédit photo : bnpparibasopen.com
Mila Buchet

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