Cyclisme

C’était le Tour de France 2021

Après 3 semaines de course, 3 414 kilomètres parcourus, 757 communes traversées, des chutes en pagaille et d’innombrables débats et polémiques, le Tour de France 2021 a couronné Tadej Pogacar pour la deuxième édition consécutive. Coup d’œil dans le rétroviseur. 

Le vainqueur :

Du fait des changements de calendrier provoqués par la pandémie de COVID-19, Tadej Pogacar a remporté son deuxième Tour en moins d’un an. Impressionnant sur le premier contre-la-montre, impérial sur les pentes du Col de Romme et de la Colombière, le Slovène a très vite creusé d’impressionnants écarts avec ses principaux rivaux, tuant la moindre once de suspense. Évitant les chutes en première semaine à l’inverse de certains de ses principaux rivaux, le coureur de 22 ans a maitrisé son sujet de bout en bout. Il devient au passage le plus jeune double vainqueur de l’Histoire.

Tadej Pogacar a remporté 3 étapes dont 2 en jaune dans les Pyrénées. Crédit photo : Philippe Lopez/AFP

La révélation :

Exercice bien difficile de ne dégager qu’une seule révélation sur trois semaines d’une course qui a bousculé nos certitudes au plus profond. Mais ne pas penser à Jonas Vingegaard, 2ème du classement général pour sa première participation, est sans aucun doute un exercice aussi difficile. Le Danois a enfilé le costume de leader de son équipe, laissé sans propriétaire après l’abandon de Primoz Roglic. Impressionnant dans les pentes du Mont Ventoux, il restera le seul à avoir mis Tadej Pogacar dans les cordes, sans succès finalement. Ses qualités de rouleur ont fait la différence sur Richard Carapaz, puisqu’il lui a repris près de 3 minutes sur les deux chronos. À seulement 24 ans, le coureur de la Jumbo-Visma ne s’était illustré uniquement dans le rôle d’équipier. Sur cette Grande Boucle, il a montré qu’il pouvait désormais prétendre à mieux. L’an prochain, le Tour partira de son pays, à Copenhague.

Sur les pentes du Mont Ventoux, le Danois a montré toutes ses aptitudes et son caractère. Crédit photo : Ashley Gruber

La décla : « Comme t’as tellement chaud tu dois accélérer. Sinon, tu meurs. »

Si les Français n’ont pas réalisé leur meilleur Tour de France, ils auront au moins animé la course, que ce soit sur les routes ou en dehors. Après un dernier contre-la-montre réalisé sous la chaleur, Anthony Perez débriefe sa performance au micro de France Télévisions. Et le coureur de la Cofidis a alors tronqué sa tenue de cycliste pour enfiler celle de comique. Avec beaucoup de succès.

Le coup de gueule :

Il est, sans surprise, signé Marc Madiot, au terme de la 3ème étape : « Je suis père de famille et je n’ai pas envie de voir mon gamin être cycliste professionnel après ce qu’on a vu. Ce n’est plus du vélo. Si on ne change pas, on aura des morts ». Le directeur de la formation Groupama-FDJ réagissait alors aux nombreuses chutes qui avaient émaillé le passage du Tour en Bretagne. Marc Madiot n’en est pas à son coup d’essai puisqu’il avait déjà pointé les risques pris par les organisateurs du Tour de Pologne et du Giro l’an dernier. Finalement, le débat s’est très vite tassé, et n’en a découlé qu’une grève dont personne n’a réellement compris les réels tenants et aboutissants.

Le come-back :

Personne n’attendait grand chose de lui et personne n’est déçu. Avec 4 victoires, Mark Cavendish a été le grand sprinteur de ce Tour. 34 succès sur la Grande Boucle, et le record d’Eddy Merckx égalé, rien que ça !

34-34, match nul (pour l’instant). Crédit photo : ASO

Les adversaires du sprinteur britannique ont vite compris que Cav is Back. De retour au plus haut niveau à 36 ans, Mark Cavendish a pu bénéficier d’une garde rapprochée de très haute qualité. Avec Michael Morkov, Dries Devenyns ou encore Kasper Asgreen, le maillot vert a été, à chacun de ses succès, mis dans les meilleures dispositions. Transfiguré depuis son retour dans la formation belge, Mark Cavendish revient de très loin. Sa 3ème place sur les Champs-Élysées ne gâche en rien l’exceptionnel Tour réalisé par le coureur de la Deceuninck Quick Step.

La photo :

Mathieu van der Poel a brillé pour sa première participation au Tour de France. Malgré sa victoire à Mûr de Bretagne, son échappée sur les routes bourguignonnes ou ses 5 jours en jaune, la plus belle image du Néerlandais est finalement ce geste anodin : un bidon tendu à un jeune supporter sur le bord de la route juste après la perte de son maillot jaune dans les cols alpestres.

Ce moment, immortalisé par Jos Wester, est d’autant plus beau qu’il devient rare depuis la nouvelle réglementation de l’Union Cycliste Internationale concernant les jetés de bidon. Pour la petite histoire, l’enfant sur la photo a ensuite écrit à un vidéaste ayant immortalisé la scène pour le remercier lui ainsi que le coureur d’Alpecin-Fenix. Classe.

La déception :

Longtemps dauphin de Tadej Pogacar, Rigoberto Uran a finalement vu ses espoirs de podium s’envoler sur les pentes du Tourmalet et de Luz Ardiden. Après un excellent Tour de Suisse, le Colombien nourrissait des ambitions légitimes et était au niveau dans les Alpes. Malgré l’incroyable soutien de son équipier Sergio Higuita, notamment dans le col du Portet, Uran a concédé le lendemain plus de 8 minutes. À 34 ans, la perspective de le revoir au plus haut niveau s’assombrit. Après 3 podiums sur le Giro et le Tour entre 2013 et 2017, le coureur d’Education First n’est, depuis, plus monté sur la boîte.

Le geste polémique :

Si le Larousse cherche à illustrer l’expression « mettre de l’huile sur le feu », la célébration de Matej Mohoric à l’arrivée de la 19ème étape pourrait faire l’affaire. En imitant le « chut » de Lance Armstrong, Matej Mohoric n’a pas calmé les ardeurs des plus sceptiques à son sujet et, plus globalement, à l’égard des performances d’un certain nombre de coureurs. Son équipe a  d’ailleurs fait l’objet de l’ouverture d’une enquête préliminaire et l’hôtel de l’équipe a été perquisitionné durant la 2ème journée de repos. L’intéressé s’est défendu en estimant qu’il avait été « traité comme un criminel » alors qu’il « n’avait rien à cacher ». Chacun se fera son interprétation mais faire référence à Monsieur-Non-Attribué ne risque pas de jouer en sa faveur.

Il y a eu des chutes. Et il y a eu le chut. Crédit photo : EPA-EFE/CHRISTOPHE PETIT-TESSON

Le chiffre :

900. C’est le nombre de kilomètres que Franck Bonnamour a effectué en échappée. Élu Super-combatif de la Grande Boucle, le coureur français a ainsi parcouru près d’un tiers de la distance totale à l’avant de la course. Avec 4 Top 10 dans la musette, la performance du coureur de B&B aura été à l’image de ses compatriotes : offensive mais jamais récompensé. La victoire inaugurale de Julian Alaphilippe évite un zéro pointé qui n’est arrivé qu’à deux reprises dans l’Histoire (1926 et 1999). Ouf.

Le coureur de 26 ans a séduit le grand public grâce à ses nombreuses offensives. Crédit photo : E. Garnier/L’Équipe

Les adieux :

Ils sont nombreux à l’avoir annoncé officiellement ou officieusement. Pour André Greipel, Thomas De Gendt, Alejandro Valverde et Philippe Gilbert, l’histoire avec la Grande Boucle est sans doute terminée. À eux quatre, ce sont 18 victoires d’étapes dont 11 pour André Greipel. Le sprinteur allemand aura réussi l’exploit de lever les bras au cours de 6 éditions consécutives, entre 2011 et 2016. Avec 158 succès, il est d’ailleurs le coureur en activité le plus victorieux.

Alejandro Valverde aura été proche de la victoire sur l’étape andorrane. Si Thomas De Gendt ne s’est pas illustré outre-mesure, son compatriote Philippe Gilbert s’est lui distingué de manière plutôt originale. En effet, le champion du Monde 2012 a sauvé un cyclotouriste tombé dans la descente du col du Portet, en compagnie de Chris Froome et Christopher Juul-Jansen. Cocasse.

Le courageux :

C’est l’une des nombreuses petites histoires qui font la gloire de cette épreuve. Le périple de Nic Dlamini a lieu sur les routes alpestres au cours de la 9ème étape. Le coureur de Qhubeka, déjà dans les cordes dans sa course face aux délais, chute dans une descente. L’espoir de franchir la ligne dans les temps s’envole. Peu importe pour le premier coureur noir Sud-Africain à participer au Tour de France : il décide de ne pas poser pied à terre et est bien décidé à terminer l’étape, qu’importe la performance.

Nic Dlamini arrivera finalement sur les hauteurs de Tignes, près d’une heure et demi après Ben O’Connor le vainqueur du jour, et près d’une heure après les délais fixés.  » J’ai toujours rêvé de participer au Tour de France. Je suis content d’avoir terminé, même 1h24 plus tard. La chose la plus importante était de ne pas abandonner  » expliquera alors le coureur africain.

Les rookies :

Ils ont participé à leur premier Tour et leur baptême a été une réussite. Nous avons déjà évoqué Jonas Vingegaard, Mathieu van der Poel et Franck Bonnamour mais ce ne sont pas les seuls novices à avoir brillé. Avec une victoire d’étape en solitaire et une 4ème place au classement général, Ben O’Connor a fait du Tour d’AG2R Citroen une franche réussite. À 25 ans, l’Australien confirme les espoirs que l’équipe française a placé en lui. Sans Romain Bardet pour la première fois depuis 2012, l’équipe de Vincent Lavenu a réussi une transition qui avait tout l’air d’un casse-tête.

Victorieux à Tignes, Ben O’Connor s’est ensuite battu au côté des favoris. Crédit photo : Getty Images

Autre rookie à avoir brillé, Tim Merlier a levé les bras à Pontivy. Le coureur d’Alpecin a remporté une étape marquée par les nombreuses chutes. S’il a dû abandonner par la suite, le sprinteur belge aura rempli son contrat et participé au beau Tour de son équipe.

Crédit photo : ASO
Matthieu Heyman

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