Cyclisme

Bahrain, l’année Victorious

L’abandon de Mikel Landa, en début de Giro, aurait pu laisser le Team Bahrain-Victorious démuni. Il n’en a rien été. Caruso, Mäder, Colbrelli ou encore Padun, les autres coureurs se sont découverts en gagneur. À quelques jours du Grand Départ du Tour de France, rien ne semble pouvoir arrêter l’équipe bahreïnie. Décryptage de la bonne spirale et des perspectives d’une formation qui porte désormais bien son nom.

Damiano Caruso, de l’ombre à la lumière

Le 12 mai dernier, la chute de Mikel Landa dans la station balnéaire de Cattolica, lors de la cinquième étape du Giro, faisait froid dans le dos. Le Basque gisait sur le sol. Toutes les caméras étaient braquées sur lui, oubliant même le sprint qu’allait remporter Caleb Ewan. Cet incident provoqué par un îlot directionnel, mal signalé, à quelque pas de l’Adriatique, ruinait la saison de Landa. Interrogé le soir même, Franco Pellizotti, le directeur sportif du Team Bahrain-Victorious, était sous le choc. Il ne le savait pas encore, mais ce coup du sort allait marquer un tournant dans la saison de son équipe. Depuis ce jour, la formation au maillot rouge a obtenu treize des seize victoires qu’elle totalise en 2021. Anciennement dénommée Bahrain-Merida puis Bahrain-McLaren, elle assume pleinement sa nouvelle appellation Bahrain-Victorious. Le prince Nasser bin Hamad Al Khalifa, fondateur de l’équipe et fils du souverain de Bahreïn, ne peut être qu’admiratif.

Caruso a gagné le respect de tout le peloton sur le Giro, à commencer par celui de Romain Bardet. Crédit photo : Bettini

Sur les routes transalpines, Damiano Caruso, l’équipier de toujours, est celui qui a incarné, le premier, ce moment de grâce. Ancien gregario de Nibali chez Liquigas, de Porte chez BMC puis de Landa chez Bahrain-Victorious, le Sicilien s’est révélé à 33 ans dans un rôle de leader. Il tient tête à un Egan Bernal, revenu à son meilleur niveau. Pas impressionné, le natif de Ragusa ne se contente pas de suivre. Dès la neuvième étape, il hausse le ton en descente avec ses coéquipiers. Ensuite, s’il perd Matej Mohorič sur chute, cette manœuvre le met en confiance. La veille de l’arrivée, il s’impose même en costaud devant le maillot rose Bernal, à Alpe Motta. À Milan, au bout de trois semaines de course, il termine deuxième du classement général à seulement 1’29 » du Colombien, loin devant les Yates, Vlasov et Almeida. Qui l’eût cru lors du Grand Départ de Turin ?

Colbrelli, objectif maillot vert

Vainqueur d’étape sur les Tour de Hongrie, de Slovénie ainsi que de la Provence, Phil Bauhaus compte près d’un tiers des succès de son team, cette année. L’Allemand est néanmoins distancé au moindre pont d’autoroute. Surtout il ne s’impose pas en World Tour, tout l’inverse de Sonny Colbrelli. C’est pourquoi, l’Italien lui sera à nouveau préféré sur le Tour de France. Le Lombard est dans la forme de sa vie. Il a remporté une étape sur le Tour de Romandie et le Critérium du Dauphiné, en plus d’y remporter le classement par points, de quoi se familiariser au maillot vert. Lors de l’épreuve française, il a également obtenu trois deuxièmes places d’étape, à chaque fois devancé par un baroudeur (Van Moer, Pöstlberger et Thomas). Avec une meilleure équipe pour le soutenir, il aurait donc signé la passe de quatre. Ensuite, le « Cobra » est devenu champion d’Italie.

La tricolore ne pouvait avoir meilleur porteur que Colbrelli, mais la verra-t-on s’il se pare de vert ? Crédit photo : Bettini

Il a longtemps rêvé de ce maillot vert-blanc-rouge. Mais maintenant, il souhaite tronquer au plus vite la tricolore contre le maillot vert du Tour de France. S’il ne doit rester qu’une couleur sur ses épaules, ce sera le vert. Colbrelli participera à son cinquième Tour consécutif. Tombé amoureux de la Grande Boucle, il boude son Giro depuis 2016, quand il courait chez Bardiani-CSF. Déjà une autre époque. Auteur de seize top 10 d’étape et deux fois deuxième, à chaque fois battu par Peter Sagan, l’Italien vise désormais la plus haute marche. Le Slovaque a régressé et sort du Giro, lui est plus fort que jamais et a axé sa saison autour de la grande-messe de juillet, le maillot vert est plus qu’accessible.

Sur le papier, onze étapes peuvent lui convenir, la moitié lors de la première semaine. Son profil de sprinter/puncheur est taillé pour cette Grande Boucle, moins montagneuse et plus vallonnée. Pour devenir Sonic, Colbrelli devra également surveiller Van Aert, Van der Poel ainsi que Matthews, et ce dès le passage en Bretagne.

Mohorič et Bilbao, virtuose en descente

Seulement trois arrivées au sommet sont programmées sur le Tour de France 2021. C’est une première depuis 2018, après deux éditions montagneuses. La course se jouera donc en contre-la-montre mais également en descente. Dans ce domaine, le Team Bahrain-Victorious est pourvu. Matej Mohorič et Pello Bilbao sont de redoutables descendeurs. Le Slovène a, certes, été affecté par l’interdiction de sa position en recherche de vitesse, à partir d’avril. Il ne peut plus s’asseoir sur son cadre, le torse allongé, tout en continuant à pédaler, le supertuck ayant été banni par l’UCI. L’ancien champion du monde Juniors et Espoirs a également lourdement chuté sur le Giro, dans la descente du Passo Godi.

Vous ne verrez plus Mohorič dans cette position, l’UCI l’a interdite. Crédit photo : Getty Images

Néanmoins, il ne tergiverse pas et reste un descendeur hors pair. Il l’a confirmé lors du récent Tour de Slovénie puis lors de ses Championnats nationaux, qu’il a remportés. Pour rejoindre le cercle fermé des vainqueurs d’étapes sur les trois Grands Tours, Mohorič s’appuiera sur son arme de toujours : la descente.

Meilleur grimpeur que le Slovène, Pello Bilbao descend pourtant lui aussi à toute allure. Le Basque en a fait l’illustration lors du dernier Tour des Alpes, en bouchant une trentaine de secondes sur Yates et Vlasov, dans une portion descendante sinueuse, avant de les devancer au sprint. Le natif de Guernica évoluera, par ailleurs, en marge du classement général. L’équipe bahreïnie ne délaisse pas pour autant la course au maillot jaune. Jack Haig et Wout Poels s’accrocheront, eux, le plus longtemps possible aux meilleurs dans l’optique d’un top 10 à Paris.

Padun et Mäder, objectif Vuelta ?

Deux absences ont surpris les suiveurs lors de l’annonce des huit sélectionnés pour le Tour : celles de Mark Padun et de Gino Mäder. L’Ukrainien, déconcertant de facilité, a marqué les esprits sur le Critérium du Dauphiné en remportant coup sur coup les deux étapes reines à La Plagne puis aux Gets. Ses performances ont fait jaser, soulevant des questions en ce qui concerne le dopage. Lui, s’est justifié en révélant qu’il a perdu près de quatre kilos. À 24 ans, ses problèmes de poids sont derrière lui. Il a trouvé l’équilibre dans son rapport poids/puissance. Gino Mäder a, lui, levé les bras sur le Giro et le Tour de Suisse. Sa déception de Paris-Nice, quand Primož Roglič lui avait soufflé la victoire, dans les 100 derniers mètres de la Colmiane, est déjà un lointain souvenir.

Visage impassible et grand plateau, Padun a écœuré ses adversaires sur le Dauphiné. Crédit photo : Bettini

Il y a quelques jours, Roger Hammond, leur directeur de la performance avait déclaré : « Il y avait la tentation d’emmener Mark Padun sur le Tour, idem pour Gino Mäder. Cependant, ce sont de jeunes talents qui ont d’autres objectifs cette saison, et l’équipe a la responsabilité de voir un projet à long terme avec eux. » L’un comme l’autre sont donc préservés en vue d’autres échéances. Celles-ci pourraient être la Vuelta et le Tour de Lombardie. Padun et Mäder devraient aborder le Grand Tour espagnol ambitieux, dans la Cathédrale de Burgos, d’autant plus que Landa y effectuera son retour. Alors, le Team Bahrain-Victorious est-il dans un état de grâce provisoire ou est-ce l’acte de naissance d’une superpuissance du cyclisme ? Réponse dans les semaines à venir.

Crédit photo : Getty Images
Aymeric Peze

 

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