Football

Copa America ou Copa Corona ?

La Copa America a failli ne pas avoir lieu cette année après avoir déjà été reportée en 2020. Elle a débuté dimanche, au Brésil. Le pays hôte, renforcé par Neymar Jr, est tenant du titre et favori à sa succession. La Seleção ne devra cependant pas sous estimer l’Argentine d’un Messi, revanchard, ni les vieillissantes sélections uruguayenne et chilienne, toujours pleines de grinta. Présentation du tournoi.

Compétition remodelée et mal-née

Là où la Coupe du monde et l’Euro se sont ancrés en ayant lieu tous les quatre ans, la Copa America est instable à l’image de son continent. Depuis 1916, la compétition a évolué au rythme des changements politiques. L’Amérique du Sud a connu des dictatures féroces, des conflits armées mais aussi des mouvements démocratiques comme la démocratie corinthiane, au Brésil, du nom du club Corinthians de São Paulo. Après la Seconde Guerre mondiale, elle ne s’est jamais réellement stabilisée contrairement à l’Europe. En conséquence (ou pas), sa compétition a suivi la même voie. Tantôt organisée tous les un an, deux ans, trois ans ou quatre ans, sinon annulée, entre 1967 et 1975, elle est difficile à cerner en ce qui concerne sa périodicité, mais pas seulement.

Un pays organisateur ou des matchs dans chaque pays, cela varie. En 2016, pour le Centenario, elle a même eu lieu aux États-Unis, hors de la CONMEBOL (Confédération sud-américaine de football). Le nombre de participants est également variable tout comme les pays invités. La confédération ne compte que dix pays. C’est pourquoi, les organisateurs invitent habituellement deux autres sélections. Cette année, le Qatar et l’Australie ont renoncé à leur wild-card, laissant lieu à une Copa America à dix sélections, réparties en deux groupes de cinq.

Neymar Jr a inscrit un but sur penalty lors du match d’ouverture. Crédit photo : Getty Images

Le contexte sanitaire et social est également passé par là. La CONMEBOL reporte, d’abord, la compétition à 2021. Pire encore, quelques jours avant son commencement, les deux pays hôtes se désistent : l’Argentine ne parvient pas à endiguer sa courbe de contamination à la Covid, tandis que la Colombie vit de forte contestations sociales, en plus d’être elle aussi impactée par la crise sanitaire. Dans cette situation, c’est le Brésil qui a souhaité accueillir la compétition dans ses cinq stades, à Rio, Goiânia, Brasilia et Cuiabá. Le président brésilien Jair Bolsonaro tente une manœuvre politique alors qu’une grande partie du peuple brésilien est réticent et que les joueurs eux-mêmes se sont d’abord montrés hostiles à la tenue de l’épreuve. L’enjeu est de montrer une forme de « normalité » dans un pays qui enregistre le deuxième plus grand nombre de décès liés à la Covid. La coupe est marquée sous le signe de la pandémie, d’où la raillerie « Copa Corona ». Avec un début compliqué et huit joueurs vénézuéliens positifs au coronavirus avant le match d’ouverture, aucun spectateur ne sera toléré jusqu’à la finale du 11 juillet.

Neymar Jr ou Messi, enfin titré ?

La Copa America est hautement politique cette année. Elle reste néanmoins avant tout un évènement sportif. Sur le terrain, le Brésil part avec une longueur d’avance. Les Auriverde sont favoris après avoir nettement dominé l’édition 2019. Ils ont également été les meilleurs représentants du continent lors de la Coupe du monde 2018 (quarts de finale) et ont remporté leurs six matchs de qualifications dans la zone Amérique du Sud, à la suivante, avec seize buts marqués pour seulement deux encaissés. Neymar Jr, deuxième meilleur buteur de la Seleção avec 67 unités, est de retour après avoir manqué la victoire de 2019 sur blessure et raté les matchs clés, en 2015, sur suspension.

L’attaquant du PSG complète une sélection aux fortes individualités, mais aussi bien répartie et dotée d’une impressionnante profondeur de banc. Le sélectionneur Tite peut se permettre de laisser au repos Ederson, Thiago Silva, Fabinho, Firmino ou encore Vinicius Jr quand sa colonne vertébrale (Alisson, Marquinhos, Casemiro et Neymar Jr) est sur le terrain.

Depuis les JO de Pékin, en 2008, Messi cherche toujours un titre international. Crédit photo : Getty Images

Neymar Jr n’a jamais remporté la Copa America. Il n’est pas seul puisque Lionel Messi s’y est toujours cassé les dents en cinq participations. Le sextuple ballon d’or a perdu trois finales (2007; 2015 et 2016). Après ce dernier revers, qui plus est lors du Centenario, il avait même provisoirement pris sa retraite internationale. Cette année, le rêve de Messi est toujours intacte même si son Albiceleste fait moins peur que par le passé. Ángel Di María et Sergio Agüero sont toujours présents et des joueurs comme Lautaro Martínez, Ángel Correa, Leandro Paredes progressent, mais le capitaine Javier Mascherano n’a pas trouvé de remplaçant à sa hauteur, pas plus que le gardien Sergio Romero. À bientôt 34 ans, c’est peut-être sa dernière chance d’obtenir la consécration continentale tant recherchée. Une victoire le rapprocherait à coup sûr de la légende Maradona dans le cœur des Argentins.

La Celeste et la Roja sont toujours là

Historiquement, le Brésil et l’Argentine sont pétris de talents individuels. Ce sont des constellations de joueurs de classe mondiale, enviés pour leur qualité technique. C’est un stéréotype mais il dure. À l’inverse, l’Uruguay et le Chili sont des nations plus combatives,  peut-être également en raison de leur histoire. Le peuple Charrúa, qui occupait l’actuel Uruguay, fût le premier à résister aux Conquistadors espagnols. Aujourd’hui encore, on retrouve cette garra charrúa, la grinta à l’uruguayenne, dans le jeu de la Celeste. Les joueurs sont prêts à laisser leur peau sur le terrain, à commencer par les deux joueurs stars Luis Suárez et Edinson Cavani.

Les deux Salteños retrouvent des couleurs, cette année, malgré leur âge avancé (34 ans). Le Pistolero a guidé l’Atletico de Madrid vers un titre de Champion d’Espagne inattendu, tandis que le Matador a porté Manchester United, à partir du nouvel an. Les deux hommes convoitent une seconde Copa America après celle de 2011 où Suárez avait en plus été élu meilleur joueur de la compétition. La Celeste ne se résume, cependant, pas à ses deux attaquants. À l’autre extrémité du terrain, elle s’appuie sur une charnière centrale redoutable : Diego Godín (Cagliari) et José María Jiménez (Atletico de Madrid). Enfin, le trio Fede Valverde (Real Madrid), 22 ans, Rodrigo Betancur (Juventus), 23 ans, et Lucas Torreira (Arsenal), 25 ans, rajeunit le milieu de terrain.

El Equipo de todos, le Chili est l’équipe la plus hargneuse. Vargas et Vidal en sont les symboles. Crédit photo : Reuters

La grinta est encore plus observable au Chili. Le double tenant du titre possède toujours l’héritage de Bielsa et Sampaoli. La Roja a gagné deux des trois dernières éditions. C’est la bête noire de l’Argentine, qu’elle retrouve dès son premier match. Cette année pourtant, elle ne part pas favorite. D’abord, parce qu’il faut reconnaitre que son doublé 2015-2016 était déjà une surprise en soi. Ensuite, le Chili est une équipe vieillissante. La moyenne d’âge se situe autour des 30 ans. La génération dorée d’Arturo Vidal, 34 ans, Alexis Sánchez, 33 ans, Gary Medel, 34 ans et Claudio Bravo, 38 ans, est à bout de souffle. L’ex Gunner, recordman du nombre de sélections et de buts avec la Roja, manquera par ailleurs le premier tour dans son intégralité. Le fantasque Eduardo Vargas, meilleur buteur des éditions 2015 et 2016, mouillera lui sans aucun doute le maillot. L’ancien flop du Napoli, n’est jamais aussi bon qu’en sélection dans les ambiances électriques. L’absence de public l’impactera mais il pourrait bien égaler les 17 buts de Zizinho et Tucho Méndez.

Et pourquoi pas la « Grande Colombie » ?

La Colombie devait co-organiser la Copa America comme en 2001, année de sa seule victoire. Elle y a renoncé. En revanche, les Cafeteros n’ont pas abandonné leurs ambitions. Troisièmes en 2016 et éliminés aux tirs au but par l’Argentine et le Chili, en 2015 et 2019, ils sont capables du meilleur. Les changements de sélectionneur se sont multipliés et des choix forts ont été réalisés en amont de la compétition. James Rodríguez et Falcao ne font pas partie de la liste des 28. Néanmoins, celle-ci reste étoffée. Cuadrado est toujours aussi tranchant sur son côté droit tandis que David Ospina garde la main ferme dans ses cages. Le géant Yerry Mina est lui précieux dans le jeu aérien, tant défensif qu’offensif. Egan Bernal a apporté de la joie à son pays lors du Tour d’Italie cycliste, les membres de la Tricolor espèrent en faire autant.

Cuadrado va dépasser les 100 sélections. Ils sont que quatre à faire mieux. Crédit photo : Getty Images

Surprise des éliminatoires pour la prochaine Coupe du monde, l’Équateur a tout d’un trouble-fête dans la Zone Nord. L’autre Tri a battu coup sur coup l’Uruguay (4-2), la Bolivie (2-3) et la Colombie (6-1). Orphelins d’Antonio Valencia et Felipe Caicedo, en retraite internationale, les Équatoriens comptent sur leur meilleur buteur Enner Valencia (Galatasaray). La jeune garde emmenée par Pervis Estupiñán (Villarreal) offre à son pays l’un des effectifs les plus jeunes. Enfin, entre crise humanitaire sans fin, forte contagion à la Covid et joueur phare absent (Salomón Rondón), le Venezuela n’est pas verni. La Vinotinto a, certes, débuté son tournoi par une défaite face au Brésil mais une qualification en huitièmes de finale reste accessible. Et qui sait ce que réservent les matchs à élimination directe ? En bref, il n’y aura pas que l’Euro au mois de juin.

Crédit photo : Photosport
Aymeric Peze

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