Cyclisme

Alejandro Valverde, la dernière campagne

Papy fait de la résistance. À l’aube de sa retraite, Alejandro Valverde n’a donc jamais réussi à remporter l’Amstel Gold Race. Une anomalie pour l’un des meilleurs puncheur de l’Histoire qui n’entache en rien son immense palmarès. Un palmarès qu’il peut encore étoffer cette semaine.

À Valkenburg, au départ de l’Amstel, les regards étaient tournés vers eux. En l’absence de Mathieu van der Poel, c’est Julian Alaphilippe et Wout van Aert qui concentraient l’essentiel des regards pour le nom du vainqueur de cette 55ème édition. Bien sûr, le changement de parcours, la victoire de Thomas Pidcock sur la Flèche Brabançonne, la présence de Primoz Roglic ainsi que la magnifique incertitude du cyclisme nuançaient ce mano a mano.

Un début de saison dans sa norme

Mais en aucun cas, la présence d’Alejandro Valverde ne constituait la moindre source de débat. Pourtant, au départ de la classique néerlandaise, l’Espagnol pouvait se targuer d’avoir fini 6 fois en 12 participations dans le Top 10, signant ainsi un joli ratio de 50 %. Néanmoins, malgré un très bon début de saison, ses 40 ans ainsi qu’une équipe moins forte autour de lui ont fait de l’Espagnol un simple outsider de cet Amstel.

Très mal placé au pied de la dernière ascension du Cauberg et relégué dans un second groupe à une dizaine de secondes de la tête de course, le natif de Murcie a réussi à faire seul le jump. Mais le coureur aux 128 victoires a ensuite laissé passer le bon coup, accrochant une 5ème place, seulement battu au sprint par Michael Matthews.

Remuant sur l’Amstel, placé sur les tours de Catalogne et du Pays Basque et vainqueur du GP Miguel Indurain, Alejandro Valverde est en jambes en ce début de saison. Le coureur de la Movistar présente de meilleures garanties physiques que Julian Alaphilippe ou Jakob Fuglsang entre autre. Au point de lever de nouveau les bras au sommet du mur de Huy ?

En s’adjugeant le GP Miguel Indurain au début du mois, Alejandro Valverde a mis fin à une disette de victoire longue de 582 jours
Crédit photo : Getty Images/David Ramos

Si l’espoir est permis, c’est en partie grâce à la forme du quadragénaire. Alejandro Valverde réalise un début de saison conforme à ses précédentes saisons tournant autour des 25 jours de course au moment d’aborder les Ardennaises et en brillant principalement dans son pays natal. Si le puncheur ne se bonifie pas avec le temps autant que le bon vin, il sait tout de même maintenir une régularité affolante.

Une concurrence nouvelle

Son équipe a évolué et pas forcément dans le bon sens. À chacun de ses 7 podiums sur la Flèche Wallonne, il le doit en partie à son excellent placement au pied du décisif Mur de Huy. Toujours présent dans les 5 premières positions au moment d’aborder ce terrible juge de paix, le coureur ibérique a bénéficié d’un soutien déterminant de ses équipiers. Dans la montée, Dani Moreno a souvent été l’ange gardien de son compatriote dans les 1 200 derniers mètres à 11% de moyenne. De par cet excellent placement, Alejandro Valverde a souvent su réagir très vite aux attaques de ses principaux rivaux pour ensuite asséner un contre décisif.

Ici, en 2016, Alejandro Valverde se contente de suivre l’attaque de Joaquim Rodriguez avant de le contrer dans les plus forts pourcentages. Crédit photo : Tim de Waele

Mais cette année, les choses ont changé. Son équipe n’a pas pesé sur l’Amstel Gold Race et aura bien du mal à emmener correctement son leader à l’instar des précédentes éditions de la classique belge. Les armadas Deceuninck-Quick Step, Jumbo Visma et Ineos Grenadiers auront sûrement à cœur de placer dans les meilleurs dispositions leurs leaders. Alejandro Valverde va devoir jouer sa partition en soliste, chose qu’il n’a que très rarement eu à faire dans le passé.

Même bien placé dans le Mur de Huy, Alejandro Valverde devra affronter une concurrence toute nouvelle, symbolisée par les premières participations de Primoz Roglic et Thomas Pidcock. Ce dernier, vainqueur de la Flèche Brabançonne et 2ème de l’Amstel, a le profil parfait pour briller sur les pourcentages du mur final. Son petit gabarit (57 kilos pour 1m70) et ses aptitudes en cyclo-cross font de lui l’un des coureurs les plus explosifs du peloton. Dans un style proche, Primoz Roglic est bien évidemment un client à la victoire. Le coureur de la Jumbo-Visma a déjà levé les bras à 4 reprises cette saison. Vainqueur de Liège-Bastogne-Liège l’an dernier pour sa première participation, le Slovène a prouvé que son inexpérience n’était pas rédhibitoire à une belle performance.

Ici dans la roue d’Ide Schelling, Primoz Roglic et Thomas Pidcock sont les favoris de la Flèche Wallonne.
Crédit photo : Nico Vereecken/Getty Images

Jamais sur la Flèche Wallonne Alejandro Valverde n’aura eu à faire à un collectif aussi impressionnant que celui d’UAE. Emmené par le tenant du titre Marc Hirschi, le très régulier Davide Formolo et bien sûr le vainqueur du Tour Tadej Pogacar, l’équipe émirati disposera de plusieurs cartes. Julian Alaphilippe même s’il a semblé juste sur l’Amstel, sera évidemment un client à la victoire. Du beau monde face à Alejandro Valverde mais aucun ne peut se vanter de mieux connaître les subtilités du Mur de Huy que le quintuple vainqueur.

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Dans la légende

Si Alejandro Valverde place beaucoup d’espoirs sur la Flèche Wallonne, il sera bien plus difficile de manœuvrer sur Liège-Bastogne-Liège. Malgré une connaissance sans égale de cette course, il lui faudra beaucoup de réussite pour remporter un cinquième Monument. Déjà victime du surnombre numérique d’Ineos sur l’Amstel, le scénario pourrait bien se répéter dans la contrée liégeoise ce dimanche. Mais cela n’importe guère. Celui qui va fêter ses 41 ans dimanche restera le puncheur indissociable d’une époque, quoiqu’il se passe lors de ses derniers coups de pédale en terre belge.

Le Murcien est le recordman de victoires de la Flèche Wallonne. Crédit photo : ASO

Avec 5 succès sur la Flèche Wallonne et 4 sur Liège-Bastogne-Liège, Alejandro Valverde s’est fait une place dans l’histoire du cyclisme. Les statistiques affolantes de l’Espagnol pourraient remplir un livre. Mais la performance la plus notable de l’Espagnol restera d’avoir associer son nom au lieu mythique du cyclisme qu’est le Mur de Huy. En cette cathédrale du cyclisme, l’Espagnol s’est couronné Pape.

Crédit photo : Bas Czerwinski/Getty Images
Matthieu Heyman

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