Cyclisme

Mauri Vansevenant, l’autre espoir belge

Alors que le retour de Remco Evenpoel se précise et que Wout van Aert continue de déchaîner les passions, la Belgique pourrait très vite se trouver une 3ème pépite à admirer. À seulement 21 ans, Mauri Vansevenant réalise un début de saison épatant.

Il y a des destins qui semblent être tracés dès la naissance. Celui de Mauri Vansevenant l’est. Fils de l’ancien coureur pro Wim Vansevenant, et prénommé en hommage à Melcior Mauri, vainqueur de la Vuelta en 1991, le Belge pouvait difficilement choisir autre chose que le cyclisme. « Le cyclisme était toujours présent à la maison. Mon père a eu une influence très importante sur moi et il me donne de bons conseils » explique la pépite flamande.

Et le choix s’avère payant. Vainqueur du GP Industria et Artigianato et très en vue sur le tour du Pays Basque, le coureur de la Deceuninck s’impose comme l’une des grandes révélations de ce début de saison. En rejoignant en 2020 la formation de Patrick Lefevere, le natif d’Ostende a toqué à la bonne porte. Car voilà quelques mois que son boss le répète dès qu’un micro lui est tendu : il veut offrir à la Belgique son premier Tour de France depuis Lucien Van Impe en 1976. Avec le fantastique Remco Evenepoel, vainqueur de 6 des 8 dernières courses par étapes auxquels il a pris part, tous les espoirs sont permis. Et le jeune Mauri pourrait apporter sa pierre à cet ambitieux édifice.

Un style atypique

Car si l’empereur Remco veut conquérir la Gaule, Mauri Vansevenant pourrait bien se muter en lieutenant général à son service. De la même génération que Le petit cannibale, à l’instar d’Ilan Van Wilder notamment, l’idée de voir se clore une disette de près de 50 ans sur la Grande Boucle se dessine très doucement. Le projet de Patrick Lefevere d’offrir un Tour de France à la Belgique n’est désormais plus de l’ordre de l’utopie.

À l’aise en montagne, le Belge a boxé dans la même catégorie que le gratin mondial terminant à la 11ème place du Tour du Pays Basque. Pour sa 1ère course World Tour par étapes, il ne s’est pas montré radin en effort et s’est particulièrement distingué par son style atypique. Malgré ses lunettes et son casque, il est très facile de reconnaître le coureur de 21 ans. Dandinant en permanence de gauche à droite à la Manuel Valls et très souvent en danseuse, le coureur de la Deceuninck amène un braquet important même dans les forts pourcentages basques.

Ce manque de fluidité s’apparente à une hérésie à l’époque où les gains marginaux sont rois. Son style très caractéristique est loin d’être le plus efficace. Mais cela n’empêche en aucun cas de s’emballer autour du jeune prodige de l’autre côté de la frontière. Quand l’incontournable Rodrigo Beenkens dit de vous que vous « êtes très prometteur », ça vous classe plutôt bien le bonhomme.

Le risque, toujours le risque

Formé à l’EFC-Vulsteke, qui a vu sortir de ses rangs Jan Bakelants et Yves Lampaert, le Belge s’était d’abord distingué en cyclo-cross. Mais en rejoignant ce centre de formation belge, Mauri Vansevenant a abandonné les sous-bois pour se consacrer uniquement à la route. Recruté par le directeur d’EFC-Vulsteke en personne, un certain Wim Feys, coéquipier de son père dans les années 1990, Mauri se fait très vite un prénom. Wim Feys le désigne d’ailleurs comme « le plus grand talent passé par sa formation ». Le Belge brille sur les courses espoirs les plus prestigieuses. Très bon grimpeur-puncheur, il accroche des Top 10 au Tour de l’Avenir et au Tour de Lombardie Espoirs.

Mauri Vansevenant n’est pas du genre à se cacher. Même en ayant course perdue, le Belge est à la planche. Crédit photo : Getty Images/David Ramos

Très vite, ses entraîneurs détectent ce qui fait à la fois sa force et sa faiblesse. Le Belge adore jouer avec les limites du possible. Cet amour du risque a été un atout lors de son succès sur le GP Industria, descendant San Baronto tambour battant et multipliant les relais appuyés. Mais ses chutes sur la Classique des Alpes et surtout sur la Flèche Wallonne l’an dernier rappellent que le risque n’est pas toujours payant. Seul en tête de la Flèche Wallonne, sa chute avait tempéré l’emballement autour de ce jeune Belge qui avait lâché tous ses compagnons d’échappée. Mauri Vansevenant reste tout de même un coureur très habile, un des avantages de son passé de cyclo-crossman.

La tête à l’envers sur la Flèche Wallonne. Crédit photo : Corvos

Un coureur tenace

L’Ostendais est aussi un coureur très endurant capable de sortir les watts même les 200 kilomètres passés. Cette dernière caractéristique est loin d’être anodine quand on se souvient de la difficulté qu’avaient eu les cyclo-crossmen Mathieu van der Poel et Wout Van Aert à assumer l’endurance du cyclisme sur route. Et outre la prise de risque dans les trajectoires, le Belge a déjà un caractère bien affirmé. Le décrocher de sa roue est un casse-tête presque herculéen. Sur le Trofeo Laigueglia, il s’est retrouvé dans un groupe avec notamment un Clément Champoussin déchaîné et un Egan Bernal offensif. Ces deux derniers ont multiplié les attaques, mettant à la peine le jeune Belge qui semblait toujours proche de la rupture. Mais rien n’y a fait, le coureur de la Deceuninck s’est accroché et a terminé sur le podium de la course italienne.

Le Belge a glané son 1er succès pro devant Bauke Mollema, Mikel Landa et Nairo Quintana. Dis moi qui tu as battu, je te dirai si tu es un grand vainqueur.
Crédit photo : Corvos

Titulaire d’un baccalauréat en électromécanique, Mauri Vansevenant est très bien entouré et a la tête bien faite. Inscrit dans un projet sur la durée avec Patrick Lefevere, Mauri a encore des paliers à franchir. Il sera intéressant de voir comment il se comporte en haute montagne face aux meilleurs mondiaux lors du Tour de Romandie puis lors du Tour de Suisse. Rivalisant avec les meilleurs sur des profils de vallon ou de moyenne montagne, le Belge a montré un aperçu intéressant sur le Mont Ventoux en début de saison. Sur le Tour de Provence, il s’est mis longtemps à la planche pour Julian Alaphilippe et a fini dans les dix premiers. Le coureur de 21 ans était d’ailleurs présent lors du dernier stage en altitude de son équipe en janvier dernier, à Altea.

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Enfin, le Tour de Suisse comporte deux contre-la-montre individuels, un exercice sur lequel il ne possède pas encore de grandes références au niveau World Tour. Si le jeune coureur veut prétendre aux Grands Tours à l’avenir, c’est un exercice nécessaire à maîtriser. Mais le Belge est maître de son temps et peut encore choisir de chasser les Classiques. Philippe Gilbert pourrait alors se retirer l’esprit tranquille. Mais si à 21 ans, il rivalise en haute montagne et en contre-la-montre, alors son destin pourrait être drastiquement différent de son père, recordman du nombre de lanternes rouges sur le Tour de France.

Crédit photo : Tim De Waele/Getty Images
Matthieu Heyman

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