Divers Handball

Alain Portes : « Les gens qui m’ont fait du mal ont sous-estimé ma force »

Alain Portes a démarré le handball dans les pas de son père Maurice, ancien joueur de l’équipe de France. Une carrière longue de 14 ans entièrement dévouée à son club de cœur, Nîmes. Il portera le maillot bleu durant 9 ans, glanera le bronze olympique à Barcelone, et sera élu meilleur ailier gauche français de tous les temps par la FFHB en 2002. Reconverti entraîneur, il démarrera une carrière brillante de Nîmes à la sélection tunisienne, avant de devenir sélectionneur de l’équipe de France féminine. « La pire erreur » de sa carrière le brisera, sur fond d’affaires et de mensonges. Il finira par rebondir au Qatar, jusqu’à la sélection algérienne qu’il reconstruit aujourd’hui. Entretien.

Quel regard portez-vous sur votre carrière de joueur ?

Je me suis régalé ! Je suis arrivé à l’USAM Nîmes en 1980, quand le club était en deuxième division avec une équipe de jeunes qui sortait du sport-études. On a accédé à la première division et à l’Europe assez vite, puis remporté 3 coupes (1985, 1986, 1994, ndlr) et 4 championnats de France (1988, 1990, 1991, 1993, ndlr) avec une grande majorité de gamins locaux. C’est une aventure humaine qui a créé des liens forts avec certains, et surtout des émotions partagées avec un public assidu et passionné de handball. Notre génération a marqué les gens.

L’USAM Nîmes remporte son deuxième titre de champion de France à l’issue de la saison 1989-1990. Crédit Photo : Facebook d’Alain Portes.
Comment expliquez-vous cette longévité à Nîmes ?

J’étais viscéralement attaché à ce club. En 1992, après les JO de Barcelone, on m’a proposé d’aller jouer à Montpellier, mais affectivement c’était trop dur. J’avais pourtant donné mon accord mais après deux nuits blanches, j’ai dit que je changeais d’avis. Je n’en suis pas très fier… (rires) Mais j’avais l’amour du maillot, et je ne me voyais pas venir jouer contre Nîmes avec une autre équipe ! Après, il faut aussi dire que c’était chouette, on jouait le titre et la coupe d’Europe chaque année.

Vous entraînerez les filles du HBC Nîmes ainsi que les garçons de l’USAM jusqu’en 2009 et le grand saut vers l’équipe nationale de la Tunisie. Qu’est-ce qui vous a poussé à changer complètement de vie ? Y’a-t-il eu un déclic pour vous faire quitter votre zone de confort ?

Depuis que j’ai arrêté de jouer, j’ai eu la chance qu’on me propose les féminines du HBC Nîmes : une superbe aventure avec la victoire en Coupe Challenge en 2001 (équivalent de l’actuelle coupe européenne, ndlr). J’ai ensuite pu entraîner l’USAM, avec lequel je me suis régalé pendant 3 ans. Et puis, il y a eu deux déclics. J’ai été appelé par la fédération tunisienne car j’avais entraîné un certain Heykel Megannem (l’un des meilleurs handballeurs tunisiens de l’histoire, porte-drapeau aux JO 2012, ndlr), qui avait été mon capitaine à Nîmes.

Alain Portes a emmené la Tunisie jusqu’en quarts de finale des JO de Londres en 2012. Crédit Photo : Facebook d’Alain Portes.

On était très télévisés à l’époque, et c’est comme ça que les Tunisiens m’ont connu. Là, je me suis dit que j’avais fait le tour dans cette ville : les filles, les garçons, les titres. J’arrivais à un certain âge où il fallait que je pense à moi. Cette expérience à l’étranger, que je n’ai pas vécue étant joueur alors que j’en avais l’opportunité, était une occasion unique. Je me sentais égoïste, et presque coupable (rires) ! Mais ça s’est fait très vite, en une semaine je me suis retrouvé là-bas.

Cette expérience tunisienne reste-t-elle la période que vous avez le plus apprécié en tant qu’entraîneur ?

Oui clairement, mais c’est aussi parce que j’y suis resté 4 ans. Ce que j’ai pu faire au Qatar ou en Algérie par la suite est tout aussi beau, juste moins long. C’est surtout l’expérience humaine qui était extraordinaire. Je suis arrivé dans un endroit où la passion qu’il pouvait y avoir à Nîmes était décuplée dans tout le pays ! J’ai vécu des émotions incroyables, en gagnant la CAN (Coupe d’Afrique des Nations, ndlr) contre l’Égypte au Caire en 2010, puis contre l’Algérie en 2012. Ramener une médaille internationale du championnat du monde junior en 2011 était historique : ça reste la seule obtenue en sports collectifs toutes catégories confondues pour le pays.

En juin 2013, vous devenez sélectionneur de l’équipe de France féminine, et ça tourne au cauchemar. Comment avez-vous vécu cette période ?

J’ai fait une grave erreur, c’est d’avoir accepté ce poste alors qu’Olivier Krumbholz (son prédécesseur, ndlr) restait à la fédération. J’ai été idiot et naïf sur ce coup, mais c’était difficile de résister à l’appel d’un pays pour lequel j’avais là aussi l’amour du maillot. Ça ne se passait pas si mal au départ. Seulement, on a tenté de saboter mon travail. Le rajeunissement et les changements que j’ai pu effectuer dans l’effectif n’ont pas plu et en ont inquiété certaines. On a fait en sorte de me dégager pour faire revenir quelqu’un qui les arrangeait, et qui pourrait leur assurer une place qu’elles ne méritaient pas forcément. On a voulu me détruire à coups de fausses accusations. On parle de calomnies mensongères, de lettres anonymes, d’attaques sur les réseaux sociaux, de téléphone volé (dans un vestiaire lors du mondial 2015, ndlr). J’ai porté plainte pour ça, et l’enquête de police est très claire : elle m’innocente de tous les faits qui me sont reprochés. Ces gens ont voulu me briser.

Alain Portes à la tête de l’équipe de France féminine de handball. Crédit photo : L’Équipe.
Après cet épisode traumatisant, vous retrouvez un poste à l’été 2017 à Besançon (D2), que vous quittez prématurément au bout d’un an. Quel était votre état d’esprit quand vous vous êtes retrouvés encore une fois sans rien ?

Honnêtement, je me suis dit qu’ils avaient réussi, qu’ils avaient brisé ma carrière. Ça n’a vraiment pas été facile, mais je me suis relevé. Les gens qui m’ont fait du mal ont sous-estimé la force que j’avais en ayant été sportif de haut-niveau. Je me suis dit que je ne les laisserai pas décider à ma place de la suite de ma carrière, de ma vie.

La renaissance viendra finalement de votre départ pour Al-Duhail. Ce passage au Qatar est-il ce qui vous a permis de tourner définitivement la page bleue ?

Oui, totalement. Comme pour la Tunisie, tout s’est décidé en une semaine. C’était à la fin de l’année 2018, je reçois cette offre du Qatar et je pose mes valises à Doha, sans trop savoir où je mets les pieds. J’avais quand même quelques certitudes car je connaissais deux membres du staff. Dans l’effectif aussi, on avait des joueurs de grande classe comme Rafael Capote ou  Danijel Šarić. Mais c’est surtout l’aventure humaine qui a été fantastique. J’ai rencontré des gens formidables, et vécu des moments inoubliables. Quand j’ai remporté la Ligue des champions d’Asie, j’étais particulièrement fier. J’avais la sensation d’avoir enfin pris ma revanche, et remis quelques pendules à l’heure.

L’équipe d’Al-Duhail (Doha), au Qatar. Crédit Photo : Al-Duhail SC.
Juillet 2019, c’est à nouveau l’aventure : vous êtes nommé sélectionneur de l’équipe d’Algérie. Êtes-vous satisfait de votre dernier mondial avec les Fennecs ?

La mission qu’on m’a donnée, c’était de qualifier l’équipe pour les championnats du monde. On a même fait mieux, puisqu’on a emmené les Français dans un money-time (défaite 26-29, ndlr) ! C’était un accomplissement pour un groupe formé essentiellement de joueurs dont le championnat avait été arrêté à cause de la pandémie. J’ai essayé de m’occuper d’eux au mieux pendant 4 mois durant lesquels on a bien travaillé, même si cela ne remplace évidemment pas le rythme de la compétition. Je trouve qu’on a réussi à aller assez loin dans la tactique qu’on voulait mettre en place.

Vous arrivez en fin de contrat le 31 juillet prochain, les négociations ont-elles commencé ?

Mes dirigeants ont rapidement évoqué une prolongation à venir, mais ça tarde un peu à se décider. Le souci, c’est que des élections se profilent à la fédération, et ça fait traîner les choses. Mais je suis bien ici, et il serait temps de fixer les choses pour que je ne reste pas dans l’incertitude trop longtemps.

On a souvent tendance à vous imaginer à la tête d’outsiders plutôt que de cadors. Comment envisagez-vous les prochaines années de votre carrière ?

On me donne souvent cette casquette, mais ce n’est pas la vérité. Je ne cherche pas une quelconque lumière, ni à flatter mon égo ou je ne sais quoi d’autre, mais on m’appelle pour gagner. Quand j’arrive en Tunisie, on remporte des titres majeurs. Au Qatar, Doha me recrute pour les faire gagner la Ligue des champions, et on le fait. Maintenant, je n’ai aucune idée de quoi sera fait demain. Et de toute façon, ma carrière est derrière moi (rires) ! Je suis arrivé à un âge où tout ce qui se présentera à moi, ce sera du bonus. Je suis à la recherche de belles aventures humaines, et c’est ce que je vis en ce moment avec l’Algérie.

Crédit photo de l’image mise en avant : AFP/Khaled Elfiqi
Naël Makhzoum

(1 commentaire)

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :