Cyclisme

Kasper Asgreen, roi des Flandres

Il a choisi son jour. En ce week-end pascal, Kasper Asgreen, croix blanche sur le maillot, a réussi le miracle de crucifier dans les derniers mètres Mathieu van der Poel pour remporter son premier Monument. Le Danois a surpris les plus malins qui annonçaient prématurément le succès du tenant du titre.

Un épouvantail nommé Deceuninck-Quick Step

Au cours d’une période où toutes nos certitudes sont mises à mal, il est bon de voir que certaines théories tiennent bon. L’une d’elles concerne l’impressionnant collectif de la Deceuninck-Quick Step, toujours de rigueur sur les Flandriennes. Malgré l’absence de Zdenek Stybar, la formation de Patrick Lefevere se présentait au départ de cette 105ème édition du Tour des Flandres avec une armada redoutable : les Français Julian Alaphilippe et Florian Sénéchal, les piliers Tim Declercq et Yves Lampaert et donc Kasper Asgreen, récent vainqueur du GP E3. En face, Mathieu van der Poel et Wout van Aert semblaient les seuls capables de renverser la formation belge.

Ici avec Davide Ballerini, la Deceuninck Quick Step a comme à son habitude peser sur la course.
Crédit photo : Getty Images/Tim de Waele

Pour les autres, la recette est simple : anticiper, flairer les bons coups et profiter pourquoi pas d’un marquage ou d’un concours de circonstance favorable. Rien de surprenant donc à voir Dylan Teuns, Soren Kragh Andersen, Anthony Turgis, Tom Pidcock, Marco Haller ou encore Tim Wellens mettre le feu aux poudres entre chaque berg à plus de 60 kilomètres de l’arrivée. Pas de chance, le trio infernal Alaphilippe – Van der Poel – Van Aert est bien décidé à ne rien laisser passer et s’isole à 36 kilomètres d’Audenaarde en compagnie de Dylan Teuns, Marco Haller et Kasper Asgreen.

Sur le papier, la Deceuninck a les clés en main pour manœuvrer ce groupe. Avec un champion du Monde et un Kasper Asgreen en jambes, l’équipe belge peut être satisfaite de la situation. Mathieu van der Poel a beau être en feu, les pompiers sont là. Mais la réalité du terrain domine toujours celle du papier. Après une estocade d’Asgreen, seulement suivi par le duo Van Aert-Van der Poel, Julian Alaphilippe laisse partir le bon train. Épatant dans le Coppenberg, le Français a ensuite manqué de jus annulant ainsi l’avantage numérique de son équipe

Van der Poel et Wout Van Aert battus

Bien plus fort dans le Vieux Quaremont et dans le Paterberg à une dizaine de kilomètres de l’arrivée, Van der Poel se débarrasse de Wout van Aert. Son rival s’est fait surprendre dans le mythique Vieux Quaremont et n’a donc jamais su revenir. Seul Kasper Asgreen aura réussi à suivre jusqu’au bout le Néerlandais. Déjà impressionnant au cours du précédent enchaînement Vieux Quaremont – Paterberg, le duo était clairement une jambe au-dessus de la concurrence. Vainqueur du GP E3 dix jours auparavant au terme d’un baroud de 60 kilomètres, le Danois est une valeur sûre des courses d’un jour depuis son arrivée chez Deceuninck en 2019. En effet, sur cette période, seule sa victime du jour en a remporté plus que lui (7 succès pour Van der Poel contre 6 pour Asgreen).

Soupe à la grimace.
Crédit photo : Getty Images

En accrochant la roue de Van der Poel dès que celui-ci sortait les watts, le champion du Danemark s’est offert le luxe de pouvoir disputer le sprint contre le tenant du titre. Le duel, bien que déséquilibré sur le papier, aura donc tourné à l’avantage d’Asgreen, offrant ainsi à la formation de Patrick Lefevere son 4ème succès depuis 2012 sur le Ronde.

Si le vainqueur est magnifique, le vaincu l’est tout autant, les deux ayant réalisé une course admirable. De son côté, Wout van Aert peut regretter de n’avoir pas eu les jambes au bon moment, terminant finalement sixième au sein d’un groupe de battus. Pour la première fois depuis le Tour de Lombardie 2019, son équipe ne place aucun coureur sur le podium d’un Monument.

Depuis 2019, seul Mathieu van der Poel (7) a remporté plus de courses d’un jour que Kasper Asgreen (6). Classicmen.

Les Français répondent présents

Si Julian Alaphilippe n’a pas réussi à suivre ses principaux rivaux, la copie rendue par le clan tricolore n’est pas mauvaise pour autant, loin de là. Neuvième, Anthony Turgis conclut une campagne des Flandriennes remarquable. Le Francilien n’a jamais quitté le Top 15 des classiques auxquels il a pris part en 2021. Cette régularité presque sans équivalent cette saison confirme ses coups d’éclats des dernières saisons. Le coureur de la Direct Energie avait notamment fini quatrième du Tour des Flandres il y a quelques mois. Anthony Turgis peut tout de même regretter d’avoir toujours couru avec un coup de retard, subissant en permanence les faits de course. Résultat, des efforts importants évitables pour le coureur de 26 ans qui n’a ensuite pas pu suivre les cadors.

 

En 3 participations au Tour des Flandres, Anthony Turgis a terminé à deux reprises dans le Top 10. Crédit photo : Getty Images/Tim de Waele

Autre Français dans le Top 10, Florian Sénéchal aura longtemps fait le job pour ses leaders. Ce soir, Kasper Asgreen peut lui servir la soupe tant il fut précieux lorsque les attaques se sont enchaînées. Lorsque son heure sonnera, il ne faudra pas dire qu’on n’était pas prévenu. Mentions honorables à Valentin Madouas, Christophe Laporte ou Bryan Coquard, souvent aux avant-postes. On vous a dit que les Championnats du Monde sont taillés pour un Flandrien en septembre prochain ? Car si Jacky Durand n’a pas eu de successeur aujourd’hui, Julian Alaphilippe pourrait alors en avoir un très rapidement.

Crédit photo : David Pintes/AFP
Matthieu Heyman

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