Sport en Nord

Hugo Lepoint et les impacts du Covid dans le water-polo

Compliqué. C’est le mot qui revient le plus quand on demande à Hugo Lepoint, jeune joueur professionnel de water-polo au FNC Douai (Francs Nageurs Cheminots de Douai), de nous décrire tous les bouleversements que lui et son équipe ont subi depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Une adaptation difficile

Faire des tests PCR tous les jours, délocaliser les séances de musculation en extérieur, éviter les contacts dans le bassin… Voici quelques exemples de ce qu’Hugo et son équipe ont vécu pendant plusieurs longues semaines. Pour permettre aux joueurs de reprendre, le club de Douai a dû suivre un protocole sanitaire strict (depuis heureusement assoupli). Cette adaptation forcée n’a pas été facile à vivre tous les jours comme nous l’explique le joueur de 21 ans. « C’était frustrant de ne pas pouvoir s’entrainer normalement. On est revenus en ayant perdu un niveau, et rien que le fait de ne pas pouvoir avoir de contacts dans l’eau, alors que le water-polo est un sport de contact (...) On avait qu’une envie, c’était de rejouer avec de l’intensité pour revenir au meilleur de nos capacités. Mais au moins, après 2 mois d’arrêt, on a pu reprendre. »

Un impact physique important…

Reprendre donc, et une reprise qui s’est faite attendre. Il a fallu que les Douaisiens prennent leur mal en patience pendant ce 1er confinement et ces 2 mois d’arrêt, qui n’ont pas été sans conséquences pour eux. En temps normal, les poloïstes ne coupent jamais très longtemps « Depuis que j’ai 15 ans, je ne me suis jamais arrêté plus d’un mois. Généralement on dit qu’après un arrêt total, quand tu ne vas plus dans l’eau du tout, il te faut proportionnellement le même nombre de jours pour revenir à ton niveau, explique Hugo. Si tu t’arrêtes 2 semaines, il te faut 2 semaines. En partant de là, le travail à accomplir faisait peur. » Un travail pas simplifié par les conditions contraignantes de la reprise. Il a fallu tout reprendre à 0 puisque pendant le confinement, garder une condition physique adaptée au water-polo était quasi-impossible. Certains joueurs allaient courir, mais pratiquer la course à pied est très différent d’une séance de water-polo, qui reste un sport aquatique.

En plus de toutes ces difficultés, le joueur de l’équipe de France a également été touché par le Covid-19. Malgré son jeune âge, il admet avoir subi un contrecoup physique « J’ai été hyper fatigué pendant mon isolement. Le retour à l’entrainement n’a ensuite pas été facile, notamment les premiers jours. Maintenant que je l’ai eu je suis tranquille mais ce n’est pas le cas de tout le monde dans l’équipe. »

…Mais aussi et surtout psychologique

Aux problème physiques est venu s’ajouter l’impact mental. C’est vraiment l’aspect psychologique qui a été le plus difficile à surmonter pour les joueurs. Pendant le confinement, le doute s’est peu à peu installé dans les têtes. « Je culpabilisais beaucoup. Je me disais que j’allais perdre toutes ces années de travail, je me posais beaucoup de questions. On était dans l’incertitude, sans savoir quand et comment on allait reprendre. »

Water-polo - Élite Douai n'a rien pu faire face à Montpellier
Crédit photo – La Voix du Nord

Des incertitudes toujours présentes à la reprise, où il a fallu faire avec le Covid au quotidien. « On préparait les matchs sans savoir quels joueurs on aurait en fin de semaine. Il se pouvait qu’on apprenne la veille qu’il y ait finalement 4 absents importants à cause du Covid, et ça change les choses. On était dans le doute permanent. Impossible de se projeter, explique Hugo. Sans compter que parfois, les matchs peuvent être annulés à la dernière minute. » Les tests PCR réalisés plusieurs fois chaque semaine viennent s’ajouter à une charge mentale déjà beaucoup sollicitée. Un autre facteur qui peut expliquer cette fatigue psychologique, c’est la peur d’attraper le virus et d’handicaper l’équipe. « Moi je l’ai déjà eu donc je suis plus tranquille, mais ce n’est pas le cas de tout le monde dans l’équipe. Faire attention pour eux au quotidien est éprouvant en sachant que le moindre écart peut handicaper l’équipe, et personne n’a envie de desservir le collectif ni de rater le prochain match.« 

Mais ce qui est certainement le plus grand bouleversement, c’est l’absence de public. Les joueurs se sont retrouvés à jouer à huis-clos. Les matchs n’étaient plus les mêmes « Il y a moins de pression, on est moins vite dans le match. Forcément, jouer devant le public c’est toujours plus excitant. » Les premiers matchs disputés dans ce contexte particulier ont été les plus difficiles à appréhender « On avait l’impression de jouer un match amical. Normalement, il y a les chants, l’ambiance et forcément tu appréhendes un peu plus. En fait avec le recul, sans public, c’est un peu plus lassant, on a un peu moins d’envie. »

« Sans public on a moins envie  »

Moins d’adrénaline, plus de chants, plus d’ambiance, moins de pression ressentie à l’entame des matchs « Maintenant on est un peu plus habitués à faire avec, mais ça enlève clairement la beauté du sport. On joue aussi pour ressentir cette émotion, ces moments qui nous font aimer le sport ! ». Avec ces tribunes vides, le supplément d’âme apporté par le public n’est plus là, et il faut trouver des solutions pour garder la motivation que le public apporte. « Ils nous regardent à distance, mais on ne peut plus réellement mettre le feu à la piscine comme avant. Après, si moi je suis déçu de jouer à huis-clos, il en a quelques-uns que ça perturbe moins et qui jouent plus relâchés sans les supporters. Ils sont un peu moins stressés avant-match. » Sans le millier de spectateurs qui vient les voir jouer, les joueurs ont aussi moins d’échanges extérieurs, et ça pèse aussi dans la balance.

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Crédit photo: FFNatation/deepbluemedia

Une autre conséquence de ces tribunes vides, c’est que les joueurs ne ressentent plus vraiment une différence entre les matchs domicile et extérieur. Les choses qui peuvent éventuellement varier entre les deux, c’est l’environnement, le bassin. Dans une piscine où ils s’entrainent tous les jours, ils restent un peu plus à l’aise mais sinon la différence domicile/extérieur n’existe plus. L’ambiance qu’il pouvait y avoir, la poussée sur les buts, les arbitres qui pouvaient être influencés, tout ça n’est plus là pour le moment.

Même sans leur public, les clubs essayent de garder un lien avec eux. Ils ont instauré à Douai et dans tous les clubs un système de lives Facebook où les matchs sont diffusés en direct. « Ça reste virtuel, mais les gens regardent et on peut voir combien continuent à nous suivre. Bon, nous c’est pas comme au foot, on a pas 15000 à chaque match mais justement ce qui était bien c’était qu’après les matchs on allait discuter avec eux, boire un verre et on échangeait beaucoup. » Les joueurs sont également en contact avec eux sur les réseaux sociaux, mais rien ne peut remplacer un match comme avant, le « vrai » contact. C’est un club familial, tout le monde se connait et les matchs étaient avant tout un moment de convivialité pour le public. Il y a même certaines personnes qui ne venaient pas spécialement pour le water polo mais pour l’ambiance, le spectacle, le partage. Le huis-clos enlève ce côté émotion finalement aussi bien pour les joueurs que pour les spectateurs.

Des répercussions sur le water-polo et sur tous les sports

Hugo sait que si son équipe a pu reprendre les entrainements et compétitions, cela n’a pas été le cas de tout le monde. Dans les divisions inférieures, pour les jeunes, pour les féminines, pour les équipes réserves ou même pour les amateurs jouer n’est plus possible, que ce soit dans le water-polo ou les autres sports. Ces catégories sont privées de matchs et pour la plupart d’entrainements. « Je pense que le water-polo va être touché, et les autres sports aussi d’ailleurs. Il n’y a que les hautes division qui peuvent continuer normalement. Le niveau général va régresser, et c’est dommage. » Ça a de grandes conséquences pour tout le monde évidemment, mais encore plus pour les jeunes qui souhaitent se professionnaliser. Leur progression est clairement impactée par cette crise, l’entrainement ne peut pas remplacer les matchs officiels. Il a aussi une pensée pour tous les sportifs, mais plus particulièrement ceux qui pratiquent un sport individuel. « Nous ça va encore c’est un sport collectif. Pour eux ça a dû être encore plus difficile. L’isolement, être un peu seul, le manque de public, tout ça fait que ce n’est pas facile. »

 

Le FNC Douai lutte actuellement au sein de l’élite du water-polo français pour tenter d’accéder aux play-offs. Hugo est aussi engagé avec l’équipe de France. Ils ont réussi à se qualifier pour les quarts de finale du TQO (tournoi de qualification olympique). Les Bleus espèrent obtenir l’une des 3 premières places du tournoi et ainsi décrocher leur ticket pour les JO de Tokyo. Il espère (et nous aussi!) pouvoir retrouver au plus vite des conditions de jeu plus normales.

Eliot Rullier
Crédit photo – lvdsportifs.fr

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