Tennis

Un Open d’Australie enfermé

À l’aube de la prochaine édition de l’Open d’Australie, jamais les stars du tennis n’auront connu une telle préparation à un tournoi du Grand Chelem. La crise sanitaire présente dans le monde entier depuis maintenant un an, en est la cause. Retour sur les étranges préparatifs pour le tournoi australien. 

Déjà décalé de plusieurs semaines, l’Open d’Australie 2021 sera inédit. Malgré la bonne gestion de la crise du pays hôte, les mesures sanitaires strictes n’ont pas manqué. Isolement quasiment total, pas d’accès aux terrains et aux salles de sport, la plupart des participants ont vécu une quarantaine on ne peut plus difficile. Une épreuve à la fois physique et morale. Ajouté à cela, le déséquilibre entre la situation à Melbourne et celle à Adélaïde a fait des jaloux. Beaucoup de contraintes qui laissent penser que cette quinzaine sera très spéciale.

La faute au Covid

Et il faut dire que l’épopée sur l’île du Pacifique a mal commencé. D’emblée soumis à une quarantaine de quinze jours à leur arrivée sur le sol australien, les joueurs savaient à quoi s’attendre: 19h sur 24 enfermés dans leur chambre d’hôtel et 5h par jour autorisées pour s’entrainer avec un seul partenaire. Contraignant certes, mais encore supportable. Sauf que tout ne s’est pas passé comme prévu. Des cas positifs présents dans trois vols en direction de Melbourne ont contraint l’isolement total à 72 joueurs de ces avions. La quarantaine s’annonce plus compliquée que prévu…

Des mesures prises par l’organisation de l’Open, bien décidée à maintenir le tournoi. En Australie, là où on ne recense aucun cas de Covid depuis de nombreuses semaines, la pression des organisateurs était maximale. Surtout ne pas gâcher tous les efforts des Australiens pour ce que beaucoup considèrent comme un « simple tournoi de tennis ». Car au pays du kangourou, la vie est comme avant: restaurants, stades pleins, pas de masque, comme sur une autre planète. Alors quand des dizaines de joueurs débarquent des quatre coins du monde, il faut prendre les mesures nécessaires. Le problème, c’est que le gratin du tennis mondial échappe quelque peu à ces règles.

Adélaïde et Melbourne, deux salles deux ambiances

Car si la majorité des participants sont quasiment, voir totalement confinés à Melbourne, les « tops 3 » (trois meilleurs hommes et trois meilleures femmes) jouissent d’un certain traitement de faveur. Exilés à Adélaïde, cette poignée de stars a la belle vie. Salle de gym à l’hôtel, staff élargi, séances de sport non comptabilisées dans la limite des 5 heures (comme c’est le cas à Melbourne). Une exhibition a même été organisée pour qu’ils puissent se mettre en jambe en plus de faire le show. Un fort contraste avec les prisonniers de Melbourne où certains ne peuvent franchir le palier de leur porte.

Nadal, S. Williams et Djokovic. Crédit photo: wearetennis.bnpparibas.fr

Une situation qui divise. C’est sûr, ces joueurs sont les meilleurs du monde et profitent donc de privilèges. Et si certains trouvent ces avantages mérités et légitimes, d’autres les voient comme une grande inégalité. L’Open d’Australie pourrait effectivement manquer d’équité sur le plan sportif. Alors pour remédier à cette polémique et chasser les tensions, les chanceux de la « bulle d’Adélaïde » se taisent. Aucun post sur les réseaux sociaux, pas de stories, rien. Tous, sauf un : Novak Djokovic. Le numéro 1 mondial s’est beaucoup exposé depuis son arrivée en Australie. Depuis son balcon (chose que n’ont pas les confinés à Melbourne), le Serbe se met en scène. Une attitude critiquée par de nombreux joueurs, dont Rafael Nadal.

L’entraînement de chambre: entre humour et désespoir

Pendant ce temps-là à Melbourne, l’heure est à l’humour. La plupart des joueurs préfèrent rire de la situation plutôt que de se morfondre… sauf Benoît Paire ! Le Français à déclaré avoir passé 14 jours dans son lit. Étonnant n’est-ce pas? Dans les chambres voisines, on innove. Parcours, guitare, surf sur le matelas, court de tennis improvisé, soin du visage, un panel d’activités plus délirantes les unes que les autres. Car malgré les restrictions, il faut bien continuer à s’entraîner pour ne pas perdre la forme !

Mais malgré tout, l’attente est longue et difficile pour ces habitués du sport et des allers-retours. Beaucoup se plaignent des conditions déplorables dans lesquels ils sont traités. Une « prison avec wifi », c’est l’expression employée par l’Espagnol Roberto Bautista-Agut. Le parallèle avec des prisonniers en cellule est peut-être un peu fort, mais c’est pourtant l’impression caricaturale donnée. Alors quand on lui annonce que son entraînement du jour est annulé, Nicolas Mahut n’a rien d’autre à faire que de déprimer. Sans oublier les malheureux ayant croisé la route du Covid, comme Stan Wawrinka. Le Suisse a attrapé le virus fin décembre et s’est senti affaibli. Bonne nouvelle, il a tout de même pu rallier l’Australie. D’autres ont été testés positifs à leur arrivée. Et le protocole est intransigeant: un cas positif dans un hôtel entraîne l’isolation de tous les joueurs, staff et officiels résidents. Un cercle vicieux.

Lots de consolation

Tout n’est pas noir dans ce « pré » Open d’Australie. Déjà parce que plusieurs tournois ont été organisés pour permettre aux joueurs et joueuses de retaper la balle. Deux ATP 250, le « Murray River Open » (Melbourne 1) et le « Great Ocean Road » (Melbourne 2). Chez les femmes, idem. En plus du « Gippsland Trophy » et du « Yara Valley Classic », la WTA a décidé d’organiser un tournoi interne, le « Grampians Trophy », entre les 27 joueuses totalement confinées depuis le début. En plus de cela, le tournoi d’exhibition d’Adélaïde mis en place pour les meilleurs mondiaux. Sans oublier l’ATP Cup qui opposera la Russie et l’Italie en finale. Un bref retour sur les courts avant la grande échéance de lundi.

Mais le plus beau à voir est sans aucun doute le retour des spectateurs autorisés à assister aux matchs. Les organisateurs ont convenu d’accueillir 30 000 personnes chaque jour, puis 25 000 à partir des quarts de finale. Une jauge doublement inférieure à celle de l’année dernière, mais exorbitante au vu de la situation actuelle. La gestion parfaite du virus en Australie offre au Grand Chelem ce que le sport mondial attend avec impatience: le come-back du public. Et certains sportifs ont pu gouter en avant première à cette merveilleuse sensation lors de l’exhibition à Adélaïde. La présence des fans, une façon de nous rappeler le bon vieux temps, l’euphorie et l’ambiance d’un court de tennis.

Mila Buchet
Crédit photo: sport.francetvinfo.fr

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