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Andrea San José, la perchiste du Barça

« Mes que un club », le FC Barcelone est plus qu’un club de football. Andrea San José l’a montré lors de Perche en Or, dimanche, à Tourcoing avec son maillot blaugrana. L’Espagnole de 23 ans a pris la cinquième place du concours féminin à 4 mètres 32. Nous l’avons suivi de près ce week-end et nous avons découvert une perchiste en or. Zoom sur un talent qui pourrait en surprendre plus d’un.

De la gymnastique artistique au saut à la perche

Andrea San José n’a pas toujours fait du saut à la perche. La gymnastique artistique est son premier sport. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas des blessures qui l’ont poussé à changer d’activité mais des installations insuffisantes pour continuer à progresser. Elle a donc effectué son grand saut, de la gym à la perche, en 2011, à 13 ans. Le choix du saut à la perche n’est pas une coïncidence. Sa mère Ana Maria López, souffrant d’une déficience visuelle, a décroché une médaille de bronze au saut en longueur des Jeux Paralympiques 1992 de Barcelone. Toutefois, ses parents ne lui ont rien imposé. « Ils m’ont toujours soutenu pour faire n’importe quel sport du moment qu’il me plaisait. ». Il n’y a aucun doute là dessus, le saut à la perche lui a plu. Par ailleurs, le fait d’être une ancienne gymnaste l’a aidé dans cette transition. « Je connaissais très bien mes mouvements et ça a été plus facile de débuter.« 

Les dernières consignes de Roman Martin Zoilo. Crédit Photo : Aymeric Peze

La Madrilène a rapidement progressé dans sa nouvelle discipline. D’athlète locale, elle est peu à peu devenue une athlète internationale. En 2015, elle prend part au championnat d’Europe junior d’Eskilstuna, en Suède. L’année suivante, Andrea San José égale sa meilleure marque chez les moins de 20 ans à Bydgoszcz, en Pologne. Elle avait sauté 4 mètres 10. Son parcours chez les jeunes s’est ensuite terminé là où il avait commencé. En Suède mais cette fois à Gävle, lors du championnat d’Europe U23 2019, elle n’a pas atteint la finale. Cette contreperformance n’a pas altéré sa détermination pas plus que sa grave blessure en 2017. « Je suis tombée en dehors des tapis de sol. Je me suis cassé tout le pied gauche dans la chute. » Encore mieux, elle s’est relevée plus fort qu’elle ne l’était.

Travailler beaucoup mais intelligemment pour progresser

Andrea porte les couleurs du FC Barcelone lors des compétitions. C’est son club et l’inscription « Fundació Barça » vient le rappeler. Mais elle appartient également au Centre de Saut à la Perche de Madrid (NSP) qui est son groupe d’entraînement. On est bien loin de la rivalité footballistique qui oppose les deux plus grandes villes ibériques. Son entraîneur Roman Martin Zoilo l’accompagne dans ses entraînements. « Nous nous entrainons entre cinq et six jours par semaine. On essaie que les entrainements ne dépassent pas les trois heures. On doit bien repartir les séances de technique et de force pour travailler d’une manière optimale« .

Lors de ces séances, elle saute à la perche bien-sûr, mais pas seulement. Si elle avoue ne pas pratiquer d’autres sports en complément de la perche comme un Yoann Diniz qui allie la marche à la natation et au cyclisme, il y a malgré tout de la diversité lors de ses entraînements. « On travaille beaucoup la vitesse et la force avec des poids différents et plusieurs appareils pour chaque exercice. »

Analyse de ses sauts précédents avec son entraîneur. Crédit Photo : Aymeric Peze

Son calendrier est principalement espagnol. Perche en Or à Tourcoing était seulement son deuxième meeting dans l’hexagone après celui de Bordeaux l’an dernier. En septembre dernier, elle est devenue championne d’Espagne senior. Ce jour-là dans le stade madrilène Vallehermoso, non loin du Santiago Bernabeu, elle faisait coup double en portant son record personnel à 4 mètres 32. Elle n’a pas attendu bien longtemps pour en établir un nouveau. Une semaine avant Tourcoing, elle a passé 4 mètres 35 toujours à Madrid, histoire de bien entamer une année 2021 toujours incertaine en raison du coronavirus mais pleine d’ambitions.

Première rencontre avec Stefanidi à Tourcoing

La Grecque championne olympique Katerina Stefanidi et son record personnel à 4 mètres 91 fait figure d’icône pour chaque perchiste. Andrea l’a rencontré pour la première fois dans la métropole lilloise. « Je suis déjà très émue de pouvoir concourir avec elle. Cela me donne beaucoup d’espoir. Bien sûr il va y avoir de la compétition mais ça me fait très plaisir d’être sur la piste avec Katerina » nous confiait-elle avant l’épreuve. Après le concours, la Madrilène n’a pas raté l’occasion de prendre une photo avec la reine de la perche et le clan grec (Nikoléta Kiriakopoúlou et Emmanouil Karalis).

Pour autant, Andrea San José ne s’est pas montrée intimidée devant tout ce beau monde. Si elle n’a pas atteint son objectif de passer 4 mètres 42, soit sept centimètres de plus que son record actuel, elle a tenu son rang en réalisant une marque de 4’32, ce qui reste sa deuxième meilleure performance. Les athlètes sont exigeants avec eux-mêmes. Elle ne déroge pas à la règle. « Il n’y a jamais de déception (rires, ndlr) c’était de la colère parce que je pense qu’en ce moment je vaux ce 4’42. Nous savons exactement ce qui n’a pas fonctionné lors de l’exécution.« 

De la poudre pour plus de grip avec la perche et grande concentration pour Andrea San José. Crédit Photo : Aymeric Peze

La présence de Katerini Stefanidi n’était pas la seule nouveauté en ce qui la concerne. « C’était la première fois que je devais choisir une musique. En Espagne, nous n’en choisissons jamais. Généralement je ne saute pas avec la musique donc je ne savais pas vraiment quoi mettre et finalement j’ai choisi celle-là parce qu’elle est tonique pour me motiver mais pas trop non plus pour ne pas faire me faire sortir du schéma du saut. »  Au moment, d’évoquer la musique et l’ambiance, il a également été question de la crise sanitaire et des restrictions concernant le nombre de spectateurs. « En général le peu de public ne me dérange pas. Je pense qu’avec le public l’expérience est encore bien plus incroyable, même si pour être honnête parfois cela me submerge un peu tellement de monde. Donc dimanche j’étais très à l’aise car il n’y avait pas trop de gens mais l’ambiance était très bonne et tout le monde applaudissait. »

Retour en Espagne et rêve des JO

Aussitôt sa cinquième place à Tourcoing, Andrea San José rentre en Espagne. Elle ne participera donc pas au Perche Élite Tour de Rouen, samedi. À la place, elle retrouvera un environnement plus familier. La perchiste espagnole disputera la Coupe de la Reine en Espagne le week-end prochain, le meeting de Barcelone le 8 et le championnat d’Espagne le 20 ou 21 février. L’objectif restera le même qu’en France : « passer au minimum 4 mètres 42. » Viendra ensuite l’heure des compétitions en plein air avec l’arrivée du printemps. À ce sujet, elle est assez indécise pour établir une préférence. « La vérité, c’est que j’ai du mal à me décider entre les deux. La piste en salle et en plein air ont leur pour et leur contre. Au final, il faut profiter des avantages que les deux offrent.« 

La Madrilène était intercalée entre Chris Nilsen et Lisa Ryzih lors de la cérémonie. Crédit Photo : Aymeric Peze

Les Jeux Olympiques, elle en rêve évidemment comme chaque sportif. Concernant Tokyo, dès cette année, elle ne ferme pas complètement la porte même si les minimas olympiques devraient être de 4 mètres 70. « Il ne faut jamais dire jamais. C’est encore un objectif ambitieux. Je crois qu’il y a des objectifs à atteindre auparavant mais c’est toujours un objectif oui. » Andrea San José a démarré l’année 2021 sur d’excellentes bases. Il sera intéressant de suivre sa progression qui pourrait se dérouler plus vite qu’on ne le pense.

Crédit Photo : Aymeric Peze
Aymeric Peze

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