Sports d'hiver

Antoine Adelisse : Histoires de freestyle

À 24 ans, Antoine Adelisse s’est fait un nom dans le monde spectaculaire du ski freestyle. Chaque saison, il multiplie les grands sauts en Big Air et sillonne les obstacles en slopestyle. Au travers de ces lignes, suivent les détails d’une vie, un parcours singulier au confluent de l’optimisme et de la créativité. Histoires.

Freestyle. « Style libre ». Ou de quoi se prendre à rêver d’une liberté sans contraintes. C’est cette quête, au-delà des clivages, qui a poussé Antoine Adelisse à se tourner vers le Big Air, un seul saut « plus gros que d’habitude ». Pourtant, le jeune homme a fait ses premières gammes en slopestyle. En bref, une descente qui « comprend plusieurs modules, souvent 3 sauts et 2 rails ». Aujourd’hui, le Français excelle en Big Air mais, rieur, il se plait à lancer : « c’est les deux ou rien ! ». En réalité, c’est surtout « un 50/50 […], j’affectionne les deux disciplines à parts égales ».

Loin du cliché ordinaire, Antoine Adelisse n’est pas né dans les montagnes, ni dans une famille de skieurs. Originaire de Nantes, il arrive à la Plagne (Savoie) dès ses 3 ans et « j’ai directement chaussé les skis ». Jamais vraiment convaincu par le ski alpin, le freestyle s’est imposé à lui comme une évidence. « J’étais un peu casse-cou et le freestyle me correspondait beaucoup plus. Pourquoi je pratique ce sport ? C’est pour la liberté d’expression dans les sauts. » Détails.

Coupe du monde Big Air 2019 (Atlanta) © Getty Images/Kevin C. Cox

Sois créatif

Le freestyle, Antoine Adelisse l’appréhende comme une manière d’exprimer sa créativité. Dans ce milieu, elle est aussi importante que la technicité et l’exécution. En Big Air, où l’athlète doit créer, imaginer un saut, le cheminement n’est pas un long fleuve tranquille. « Ça passe par des petites notes sur un carnet jusqu’aux sessions d’entraînement à essayer de visualiser à partir d’un saut un peu simple, le mettre en double ou ajouter une rotation dans n’importe quel sens. » 

Alors oui, tout ne peut pas être parfait dès la première tentative. « Il y a des ratés, des fois ça marche super bien, il y a tout un parcours avant que le saut soit réalisé à la perfection en compétition. » Cette idée du travailleur acharné, Antoine Adelisse la cultive, non pas par prétention, mais parce qu’il sait à quel point réussir en Big Air est un long processus. « L’idée en compétition c’est qu’on fasse croire que ça ait l’air facile mais en réalité ça ne l’est pas du tout, c’est vraiment beaucoup de travail et ça ne sort pas du jour au lendemain. »

En compétition, un seul objectif : réussir à tirer son épingle du jeu et ce, constamment. D’ailleurs, « les personnes les plus performantes aujourd’hui, sont celles qui font ce que les autres ne font pas ». Discipline dans l’ère du temps, en prise directe avec les nouvelles aspirations, le ski freestyle change souvent de leaders. Une réalité surtout due à la forte densité du niveau des freestylers. Son style à lui ? Des axes de rotations moins désaxés. « La tête ne passe pas vraiment en bas, c’est ce qui me particularise, là où on me reconnaît assez facilement. »

« C’est super de pouvoir pratiquer un sport qui évolue tout le temps. Ça permet qu’il n’y ait pas de routine qui soit mise en place. Au-delà de ça, le côté artistique, ça me correspond totalement. »

Persévère dans l’épreuve

Au cœur du parcours d’Antoine Adelisse, il y a pourtant eu des débuts difficiles, hésitants. « Malheureusement, avant l’année dernière, je n’étais pas rempli de résultats, j’ai enchaîné quelques saisons en dents de scie avec des résultats moyens et des grosses blessures ». Ligaments croisés, fracture de la clavicule ; il y a de ces épisodes qui vous font douter, questionnent votre capacité à persévérer. De ces évènements qui nécessitent de rebondir vite, bien, mieux surtout. Alors comme n’importe qui, le sportif de haut niveau se remet en question.

Pour lui, « le déclic s’est fait vraiment avant la saison (2020 ndlr). À partir du moment où je n’ai fait que me blesser, j’ai essayé d’analyser un petit peu ma façon de travailler. J’ai complètement changé, je me suis plus détaché de la compétition. J’arrive à être beaucoup plus souriant, beaucoup plus détendu au départ, ça a changé du tout au tout. »  Dans ses paroles, un athlète optimiste, revanchard de toutes ces années de galère, qui, depuis 1 an, se concrétisent enfin en très belles performances.

En mars 2020, le jeune homme gagne en Big Air lors de la coupe du Monde en République Tchèque. Puis, par la force des choses, s’impose lors des X Games, prestigieuse compétition des sports extrêmes. « C’était assez dingue parce que je suis arrivé aux X Games l’année dernière en tant que remplaçant. » Quelques heures avant le grand saut, le Plagnard apprend qu’un athlète s’est blessé, c’est à lui de jouer désormais. Antoine Adelisse se paie même le luxe de poser un saut qu’il n’avait jamais vraiment réussi. La soirée tourne à l’extraordinaire. Et c’est à son coach Grégory Guenet, qu’il veut rendre hommage. « Le fait que ça soit lui qui soit présent alors que dès mes 11 ans, il m’a proposé et m’a dit de venir faire du freestyle, ça a bouclé une boucle. »

Aujourd’hui, il se nourrit de ces épreuves, véritables leçons de vie. Le 8 janvier dernier, il briguait même l’argent en Coupe du monde à Kreischberg (Autriche). Et le 29 janvier prochain, Antoine Adelisse remet son titre en jeu lors des X Games à Aspen (Etats Unis). Une place qu’il dit ne pas avoir l’habitude de défendre. Avec philosophie, il lance : « c’est un nouveau challenge, mais je l’accepte et je suis plutôt excité à l’idée de défendre mon titre et d’avoir cette position particulière ». C’est dire que désormais il est très bien connu du circuit et sait qu’il devra batailler pour espérer ramener son titre.

Rêve plus grand

En mars dernier, lorsque la Covid-19 a mis un terme à la saison 2020, Antoine Adelisse n’y avait pas trouvé grand chose à redire, lui qui avait atteint ses objectifs. Mais dans une discipline où l’entraînement est permanent, la pandémie ne permet pas aux athlètes de s’entraîner en France, faute d’infrastructures. Selon le skieur, c’est même « assez complexe de défendre le freestyle en France, on est une des seules fédérations qui n’a pas ses propres structures, on n’est pas une priorité pour les stations ». Malheureux quand on sait à quel point le sport est jeune et « mérite plus de visibilité et d’actions dans ce sens. »

D’ailleurs, dans ce milieu, où « tout le monde s’encourage, tout le monde amène à la créativité », le jeune homme sait que « l’industrie du ski va moins bien, il y a énormément de choses qui reviennent à nos frais ». Antoine Adelisse est un passionné, de ceux que l’on sait porté par leur discipline et la soif d’ambition. En somme, des objectifs qui lui tiennent trop à cœur pour ne pas relativiser la situation. « Cette saison, on la prend comme elle est mais l’objectif à long terme, bien sûr que ça reste les Jeux Olympiques (Pékin 2022 ndlr). C’est ça qui motive à fond ». Qu’à cela ne tienne, le natif de la Plagne compte bien ne pas s’arrêter en si bon chemin. Et qui sait ? Peut-être aura-t-il d’autres histoires de freestyle, à raconter.

Crédit photo – FIS
Justine ROY

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