Foot

Zapata et Muriel, le duo de la Dea

L’Atalanta Bergame connait la meilleure période de son histoire. Remontée en Serie A en 2011, la Dea s’est installée parmi les grosses équipes du Calcio. Elle rivalise avec la Juve et les clubs milanais. Cette réussite, elle le doit en partie à un étonnant tandem : Duván Zapata et Luis Muriel. Focus sur les deux Cafeteros aussi efficaces l’un que l’autre malgré leurs différences de profils. 

Le patte Gasperini

Gian Pierro Gasperini est le Bielsa italien. Le transalpin est lui-même un ancien joueur de Serie A. S’il a été formé à la Juventus et qu’il a disputé une centaine de match avec Palerme et Pescara, c’est comme entraineur qu’il s’est fait un nom. Aux commandes de l’Atalanta Bergame depuis 2016, l’ancien coach de l’Inter (2011) et du Genoa (2013-2016) a imposé sa patte dans la Botte. Gasperini a réussi à mettre en place un système de jeu très offensif dans le championnat le plus tactique d’Europe. La Serie A, longtemps connue comme le championnat du Catenaccio, du verrou, où les équipes donnent la priorité à la défense, a connu une petite révolution avec l’entraineur de 62 ans. Adepte du 3-5-2, l’Italien a trouvé une recette alliant style et efficacité. Il a fait de la Dea, club italien de milieu de tableau faisant l’ascenseur entre Serie A et Serie B et ne comptant aucun Scudetto, une machine de guerre.

https://images2.minutemediacdn.com/image/upload/shape/cover/sport/SS-Lazio-v-Atalanta-BC---Serie-A-c4ebe1bc9cc7170489a11bd0017002d9.jpg
Gian Piero Gasperini est un vrai meneur d’hommes. Les joueurs le suivent à commencer par Zapata. Crédits Photo : Getty Images

Les Bergamasques sont désormais abonnés au top 5 du Calcio. Ils ont terminé troisième du championnat lors des saisons 2018-2019 et 2019-2020. L’an dernier, ils ont même participé à la première Ligue des Champions de leur histoire. L’aventure s’est terminée en quart de finale face au PSG. Mais l’essentiel était ailleurs. L’Atalanta a reproduit son jeu dans la « coupe aux grandes oreilles ». Ce jeu se caractérise par des latéraux ultra offensifs. L’Allemand Robin Gosens, à gauche et le Néerlandais Hans Hateboer, à droite, sont presque des ailiers. La patte Gasperini c’est aussi un football total. Les joueurs courent pendant les 90 minutes. À ce sujet, l’entraineur dit même que « les joueurs pas habitués à travailler dur ont peur de lui ». La défense est haute avec un marquage individuel qui devient un marquage de zone quand le ballon se rapproche du gardien Pierluigi Gollini. Le pressing est intense dès la perte de balle. On assiste à un dépassement de fonctions de la part des joueurs rappelant le style Bielsa.

Des stats affolantes

Surtout, l’équipe joue avec deux attaquants. L’un prend la profondeur et joue en pivot, Duván Zapata, l’autre, Josip Ilicic, est un créateur et joue en second attaquant. Le Colombien, pourtant un grand buteur, ne finit jamais les matchs. Il est remplacé par un autre Colombien, plus vif et qui participe davantage au jeu : Luis Muriel. Les deux Colombiens ne jouent quasiment jamais ensembles. Mais ils sont complémentaires. C’est tout un paradoxe ! Duván Zapata et Luis Muriel, sont tous les deux âgés de 29 ans. Seuls 15 jours les séparent. Ils ont été formés tous les deux à Cali. Mais dans les deux grands clubs rivaux de la ville évoluant en première division. L’América Cali pour le premier, le Deportivo Cali pour le second. D’autres points les rapprochent. Ils se sont côtoyés dans la sélection colombienne U20 entre 2009 et 2011. Par ailleurs, avant de faire le bonheur de la Dea, ils ont tous deux portés les couleurs de l’Udinese, un autre club italien.

https://static.cnews.fr/sites/default/files/icon_spi_024_jm_genoa_atalanta_1_5f329c8e74cc1_0.jpg
57 buts avec la Dea. Zapata est déjà le 3ème meilleur buteur du club. Cristiano Doni et ses 112 buts peuvent trembler. Crédits Photos : Icon Sport

L’an passé le duo a inscrit la bagatelle de 36 buts en Serie A, 18 dans la besace de Zapata et 18 également dans celle de Muriel. Cette année, malgré la blessure du Toro en début d’exercice, ils continuent sur les mêmes bases. À la mi-saison, ils ont planté 17 buts (10 pour Muriel et 7 pour Zapata). Pour le titre de capocannoniere, meilleur buteur de Serie A, ils talonnent les machines à marquer que sont Cristiano Ronaldo (15 buts), Romelu Lukaku (12 buts) et Ciro Immobile (11 buts). Parfois, les chiffres ne reflètent pas tout. Leur ratio but/min cette saison est encore plus impressionnant. Luis Muriel marque toutes les 45,3 minutes, Duván Zapata tous les 145,8 minutes.

Duván fatigue la défense, Luis la crucifie

653 minutes jouées en 15 matchs, le joueur de Santo Tomás joue très peu. Il entre en jeu généralement entre la 60ème et la 70ème minutes de jeu. Mais cette configuration n’altère pas son efficacité bien au contraire. Luis Muriel est aujourd’hui le meilleur supersub des cinq grands championnats européens. S’il score autant c’est grâce à Duván Zapata, le titulaire. L’imposant Colombien d’1m86 est un vrai poison pour les défenses. Pivot et amateur de jeu dos au but, ce dernier fatigue les défenseurs centraux adverses. Entre jeu dans les airs et courses dans la profondeur, le prendre au marquage n’est pas chose simple. Pour autant, il n’oublie pas le principal rôle d’un attaquant, à savoir marquer. C’est également un renard des surfaces près à tacler à tout moment le ballon dans les buts adverses.

Duván Zapata y Luis Muriel, incluidos en el once ideal del fútbol europeo
Duván Zapata qui sort, Luis Muriel qui entre. C’est une scène classique au Gewiss Stadium. Crédits Photo : AFP

Ce travail de l’ombre n’en est pas totalement un puisque Zapata prend aussi la lumière en marquant et permet à Luis Muriel de briller en sortie de banc. Le virevoltant Colombien, plus rapide que son compatriote mais moins bon dans les airs et moins physique en contrepartie, tombe ainsi sur une défense dans le rouge. Il n’a plus qu’à la faire exploser par sa vitesse mais aussi par sa lourde frappe et ses coups-francs supersoniques.. Ses entrées en jeu lui permettent parfois de rétablir des situations compromises ou bien plus souvent d’agrandir le score. La Dea a l’habitude de boucler ses matchs à 4 ou 5 buts. Lorsqu’elle est en tête à l’affichage, elle ne se relâche pas et reste fidèle à son jeu. Elle pousse jusqu’au coup de sifflet final comme si l’objectif est de marquer autant de buts que possible. Les deux Colombiens, longtemps restés dans l’ombre de Falcao, sont dans l’environnement parfait pour exploiter leurs points forts.

Et si on inversait les rôles ?

À l’Atalanta, Duván Zapata démarre les matchs et Luis Muriel les finit. En revanche, en sélection, la situation a longtemps été inverse. Le sélectionneur Carlos Queiroz, licencié en décembre 2020, a d’abord souhaité installer Muriel dans le onze et faire de Zapata son supersub. Aujourd’hui, les deux joueurs sont titulaires avec les Cafeteros. Ils sont associés à James Rodríguez en attaque dans un 4-3-3. Avant que les choses se compliquent face à l’Uruguay (défaite 0/3) et à l’Équateur (défaite 6/1), ce qui a valu la tête de Queiroz, le duo avait signé un récital. Lors de la première journée des éliminatoires pour la Coupe du monde 2022, Muriel avait inscrit un doublé et Zapata un but pour offrir une victoire 3/0 à la Colombie contre le Venezuela. Le gardien lensois Wuilker Faríñez avait été transpercé à trois reprises.

https://s2.dmcdn.net/v/SWQv21VWL--GEMBzb
Avec Zapata et Muriel, les Cafeteros ont trouvé deux successeurs à Falcao. Crédits Photo : AFP

Si l’entente est excellente entre les deux. En mai dernier, Luis Muriel s’est exprimé pour avoir un plus grand rôle à l’Atalanta en débutant les rencontres.  Il n’a pas été entendu. Gasperini continue de s’en servir en joker de luxe. Par ailleurs, rien ne garantit qu’il conserverait ses statistiques en étant titulaire ni même qu’il ferait mieux que le Toro Zapata. La Dea a tout intérêt à rester dans ce système qui pourrait bien la mener vers un premier Scudetto à l’heure où la Juventus parait moins souveraine et que le Milan AC et l’Inter n’offrent pas toutes les garanties. La paire Zapata – Muriel, elle aussi. Avec le défenseur Johan Mojica, elle se rapproche de la réussite qu’ont connu Radamel Falcao, James et Fredy Guarín lors de leurs saisons communes au FC Porto.

Crédit photo : Getty Images
Aymeric Peze

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :