Cyclisme

Sprinters – poissons-pilotes : des cocktails explosifs (2/2)

Le poisson-pilote précède le requin dans les eaux, il précède le sprinter sur la route. Les Olympistes restent sur l’asphalte pour vous présenter les meilleurs duos sprinters – poissons-pilotes du moment. Cette fois, tous sont en concurrence direct. Pour le moment, aucun n’est aussi hégémonique que ceux vus dans le premier épisode. Décryptage des duos du moment.

Bennett – Archbold : le plus fidèle

Trois fois Shane Archbold a rejoint Sam Bennett dans une autre équipe. Et c’est pas fini ! Tous deux issus de la piste, l’Irlandais Bennett et le Néo-Zélandais Archbold étaient fait pour courir ensemble. Leur première rencontre a lieu en 2015 dans l’équipe BORA – Argon 18. Les deux hommes, alors âgés respectivement de 26 et 25 ans, sortaient de leur meilleures saisons. Sam Bennett faisait déjà partie de la structure allemande encore continentale pro. Le « Flying Mulet » évoluait alors dans l’équipe continentale irlandaise An Post – Chain Reaction.

Dés leur première saison réunis, ils partagent 33 jours de course en commun, au Qatar, au Canada, en Norvège et en France notamment. Ils commencent leur tour du monde à deux. Mais la grave blessure du Néo-Zélandais sur le Tour de France 2016 (fissure du bassin) va les séparer (provisoirement). Après un an sans courir, Archbold n’est pas conservé par l’équipe de Ralf Denk qui devient BORA – Hansgrohe et accède au World Tour. L’arrêt de Peter Kennaugh chez BORA en plein milieu de la saison 2019 va lui permettre de retrouver l’équipe et Bennett. Les deux hommes ne se quitteront plus.

Deceuninck-QuickStep on Twitter: "Our three national champions in the #UAETour are ready for the start of the race 😃… "
Sam Bennett entouré par Shane Archbold (à droite) et Michael Morkov (à gauche). Crédits Photo : Deceuninck Quick Step

Le Néo Zélandais fait gagner l’Irlandais sur le Dauphiné puis sur la Vuelta. Quand Bennett, barré par Sagan et Ackermann chez BORA, décide de rejoindre Deceunick Quick Step, il fixe une condition : Shane Archbold doit l’accompagner et rester son poisson-pilote. Patrick Lefevère accepte. En 2020, le duo a été intégré au train déjà impressionnant de l’équipe belge. Le « Flying Mulet » est resté le lanceur de Sam Bennett. Sa position dans le train est interchangeable avec celle de Michael Morkov, autre référence dans la matière. Sam Bennett, autre fois sprinter craintif en manque de confiance, s’est imposé comme l’un des meilleurs mondiaux. Il a remporté le maillot vert et deux étapes du denier Tour de France. Désormais, c’est l’un des chefs de meute du « Wolfpack ».

Démare – Guarnieri : le plus posé

Les sprinters sont souvent explosifs sur le vélo comme en dehors. Beaucoup ont le sang-chaud, roulent dans des voitures sportives et ont pour obsession la vitesse. Arnaud Démarre fait figure d’exception à ce niveau. Le Picard est décrit comme quelqu’un de très calme. Son poisson-pilote Jacopo Guarnieri dit même qu’il est « comme Docteur Jekyll et Mister Hyde« , déterminé dans les sprints sans être dans la prise de risque maximale et détendu en dehors. L’une de ses passions est le jardinage. Arnaud Démare n’est pas le plus casse-cou parmi les grosses cuisses. C’est pourquoi il a besoin d’un train rodé et huilé.

Chez FDJ, on lui a donné de la liberté en le privilégiant à Nacer Bouhanni en 2015. Surtout, Marc Madiot lui a offert le train de ses rêves. En effet, trois lanceurs ont été recruté : Davide Cimolai, Jacopo Guarnieri et Ramon Sinkeldam. Le premier est parti, les deux autres sont restés. L’Italien, ancien poisson-pilote d’Alexander Kristoff et le Néerlandais, ex-coéquipier de Marcel Kittel, sont les hommes à tout faire de Démare. Lanceur ou avant dernier lanceur, ils sont là pour remonter le Français, qui a longtemps eu tendance à se faire enfermer.

https://sport24.lefigaro.fr/var/plain_site/storage/images/cyclisme/tour-de-france/actualites/demare-je-regrette-que-l-on-remette-en-cause-mes-performances-918993/24651842-1-fre-FR/Demare-Je-regrette-que-l-on-remette-en-cause-mes-performances.jpg
Jacopo Guarnieri (à gauche) et Arnaud Démare (à droite) à Pau sur le Tour 2018. Crédits Photo : Reuters

Plus que de le remonter en tête de peloton, ils le protègent des autres sprinters et le lancent avec une efficacité devenue chirurgicale. L’organisation est maintenant parfaite. Aujourd’hui, le Beauvaisien a une confiance absolue en ses coéquipiers, il les suit les yeux fermés. En 2020, Arnaud Démare est le coureur le plus victorieux. Il a remporté quatorze victoires dont quatre sur le Giro où il a marqué les esprits. Cette réussite s’explique aussi par l’amitié qu’il a noué avec Guarnieri. Il a notamment offert un lecteur MP3 après un Tour de France à l’Italien francophone. Ensuite, leur confinement passé ensemble sur l’UAE Tour a aussi renforcé leur cohésion. Arnaud Démare a passé près de deux semaines enfermés dans son étage d’hôtel avec ses coéquipiers. Ses abonnés sur Instagram s’en souviennent.

Ackermann – Selig : le plus prometteur

28 victoires en trois ans pour Pascal Ackermann quand il avait pour poisson-pilote Rudiger Selig. Il n’y a aucun doute Ackermann est le digne héritier de Marcel Kittel et André Greipel. Selig est son John Degenkolb ou son Marcel Sieberg. Les deux Allemands se sont rencontrés chez BORA hansgrohe en 2017, âgés respectivement de 23 et 28 ans. S’ils ne se sont quasiment pas côtoyés la première année. Leur connexion a tout de suite été automatique quand le Rhénan et le Saxon ont commencé à courir ensemble en 2018. Pascal Ackermann, moins précoce que les autres stars montantes du sprint (Ewan, Gaviria, Groenewegen), s’est révélé cette année là. Rudiger Selig est devenu son équipier personnel. Au point que les victoires ne se sont pas fait attendre. Depuis 2018, la paire a remporté ainsi 9,5 victoires par saison en moyenne avec un pic à 12 succès en 2019.

https://cdn-s-www.vosgesmatin.fr/images/F9F8032A-B267-4FA6-AA0E-E17A18719AF4/NW_raw/pascal-ackermann-a-fait-parler-sa-puissance-sous-la-pluie-photo-luk-benies-afp-1557935698.jpg
Pascal Ackermann n’avait pas encore dépassé Gaviria que Rudiger Selig levait déjà les bras. Crédits Photo : AFP

Michael Schwarzmann en tête de train au kilomètre, puis, Rudiger Selig en poisson-pilote à 400 mètres et, enfin, Pascal Ackermann en sprinter à 250 mètres. C’est une combinaison huilée. Quand le train se met en place, cela fait souvent du tableau noir. Pascal Ackermann est un coureur très puissant qui lance souvent ses sprints d’assez loin et qui n’a pas peur du vent de face. L’Allemand aime particulièrement la pluie. Il a obtenu certains de ses plus beaux succès sur des routes humides. Rudiger Selig est lui un gentlemen sur le vélo. Le coureur de Leipzig avait secouru un Marcel Aregger dans un état grave sur « À Travers la Flandre » 2015 après avoir lui-même lourdement chuté. Selig était recouvert de boue. Cette année, dans le sprint du Grand Prix de l’Escaut, il a prêté secours à August Jensen dont la chute avait été provoqué par son sprinter.

Néanmoins, Rudiger Selig a une confiance absolue en Pascal Ackermann. Il lève les bras en toutes circonstances en observant de loin les sprints de ce dernier après s’être relevé.  Il lui arrive de commettre des erreurs de jugement quand la victoire se joue à la photofinish. Enfin, pour devenir le meilleur du monde, le duo devra confirmer sur le Tour de France 2021 après avoir déjà brillé sur le Giro et la Vuelta.

Peter Sagan et Caleb Ewan, les solistes

Si la plupart des sprinters comptent sur un train, certains préfèrent la jouer seul au moment du sprint. Peter Sagan, qui n’est pas un pur sprinter, n’a jamais souhaité avoir un train à son service. En effet, que ce soit chez Liquigas, Tinkoff ou BORA hansgrohe, il a toujours été un soliste. Ses coéquipiers Daniel Oss et Marcus Burghardt se limitent à le remonter en haut du peloton. Une fois replacé, le Slovaque jongle de roue en roue. Il ne se place pas derrière n’importe quel coureur. Il s’arrange pour ne jamais se faire enfermer et être placé dans le sillage de celui qu’il a séléctionné au briefing.

Un coup dans la roue de Bennett, l’autre dans celle d’Ewan. Les épaules sortis pour ne pas se faire voler la place. Sagan est un expert en la matière. Son agilié sur le vélo et son sens inné du placement lui permettent de ne pas gaspiller de l’energie. Il est ainsi au niveau des meilleurs sans être le plus rapide ni avoir un train. C’est en suivant cette stratégie qu’il a conquit tous ses maillots verts et qu’ils raflent quelques sprints massifs chaque saison.

Caleb Ewan, 1st in Poitiers: a close sprint for the win in stage 11 - Ride Media
Caleb Ewan, au premier plan, en train de prendre le dessus sur ses rivaux avant la ligne finale. Crédits Photo : Bettini

Caleb Ewan est lui aussi remonté par des coéquipiers. En l’occurrence, Roger Kluge et Jasper de Buyst. Dans le sprint, il choisit ensuite la roue à suivre à l’instar de Peter Sagan. Si lui se fait parfois enfermer et ne peut pas sprinter comme sur les Champs Élysées cette année, il ne peut pas faire autrement. Caleb Ewan est un sprinter de poche (1m65, 67kg). C’est l’homme le plus explosif du peloton. Mais cette explosivité dû à son gabarit le contraint à lancer ses sprints le plus tard possible.

Il ne doit pas être placé à l’avant au moment de se découvrir. Il se trouve dans la boule jusqu’au moment de lacher les cheveaux. Sa position favorite est dans la roue du sprinter qu’il a choisi de déborder. Ses victoires sont souvent trés serrées. En lançant si tard, entre 150 et 100 mètres de l’arrivée, la photo-finish est quasi systématique. Sur la Grande Boucle, il a réussi à sauter Sam Bennett sur la ligne à Poitiers et Sisteron mais à l’Ile de Ré, il lui a manqué quelques mètres supplémentaires. En 2021, auront-ils le dessus sur le trains en place ? Réponse prochainement.

Crédits Photos : Getty Images
Aymeric Peze

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :