Cyclisme

Jeison Rujano, le fils du Condor est prêt à voler de ses propres ailes

José Rujano, troisième du Giro 2005 et seul à suivre Alberto Contador lors du Giro 2011, en montagne, n’a plus couru en Europe depuis 2013. S’il avait perdu l’amour pour son sport et qu’il rêve aujourd’hui de retrouver sa gloire d’antan, c’est son fils Jeison qui pourrait écrire la suite de l’histoire des Rujano. Le jeune Jeison, 19 ans, courra en Espagne en 2021. Le Vénézuélien s’est confié auprès des Olympistes. 

Une histoire familiale

En Europe, les amateurs de cyclisme n’ont vraisemblablement plus entendu parler de José Rujano depuis 2013. Il faut dire qu’il a disparu des radars depuis son départ de Vacansoleil DCM. Le Vénézuélien plus grand cycliste de l’histoire de son pays avait perdu la flamme pour le cyclisme. Celui que l’on a surnommé le Condor et l’Aigle de Merida s’est brûlé les ailes tel Icare en menant une vie dissolue. José Rujano a été propulsé au rang d’icône national après ses grands résultats sur le Giro, « SA » course ». Dans les rangs de l’équipe italienne Androni Giocattoli, Rujano a terminé troisième du Giro 2005 à 23 ans. Il a également remporté trois étapes au total sur la Corsa Rosa dont deux lors de l’édition 2011. Ses duels en montagne avec un Alberto Contador, au sommet de son art, ont marqué les esprits.

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José Rujano, vainqueur au Großglockner. Le Condor battait le Pistolero. Crédits Photo : Getty Images

De retour au Venezuela en 2014, José Rujano s’est concentré sur l’éducation de ses trois enfants. Parmi eux, Jeison, l’aîné, qu’il a eu à seulement 19 ans, l’âge qu’a ce dernier aujourd’hui. Le jeune Jeison n’a pas toujours été habité par la même passion que son père qui avait pour idole Marco Pantani. « Le cyclisme a toujours été présent dans ma vie depuis que je suis enfant mais cela ne m’intéressait pas beaucoup jusqu’à l’âge de 13 ans. » déclare-t-il.

Jeison Rujano a commencé le cyclisme en balade à Santa Cruz de Mora (Mérida). Il n’a pas toujours voulu suivre les pas de son père. « Mon père m’a donné un vélo pour que je débute mais je ne partageais presque rien avec lui au début » ajoute le Vénézuélien. C’est plus tard que le cyclisme est devenu sa routine notamment grâce à sa mère Maria Velázquez qui l’emmenait aux compétitions locales. « Mon père est entré dans ma vie sportive, peu à peu jusqu’à ce que nous commencions à sortir nous entrainer tous les jours ensemble. Il a aussi commencé à me donner des conseils pour savoir comment m’entraîner. Aujourd’hui, je m’entraîne avec lui au quotidien » conclue-t-il sur ce point.

Déjà une référence au Venezuela

Le Venezuela manque de grands coureurs contrairement à ses voisins colombien et équatorien. Seul Orluis Aular (Caja Rural Seguros RGA) évolue actuellement au niveau mondial. Le pays est en crise tant au niveau économique qu’au niveau sportif. Mais cela n’enlève rien aux performances du fils de José Rujano. Il a remporté le titre de Champion national espoirs du contre la montre dès sa première année dans la catégorie qui s’étend jusqu’aux moins de 23 ans. Il a aussi terminé deuxième, chez les élites, d’un contre la montre ou son père José se classait quatrième.

Ciclismototal.net - Jeison Rujano primer líder de la Vuelta Venezuela País de Futuro
Jeison Rujano est un grimpeur mais il apprécie l’effort solitaire. Crédits Photo : Venezuela Pais de Futuro

Jeison a enchainé en terminant quatrième de son tour national, disputé en quatre étapes et remporté par le professionnel Orluis Aular.  « Je pense que c’était une saison très courte, peu de courses ont eu lieu, mais finalement, il y a eu des résultats positifs lors du Championnat national et de la Vuelta a Venezuela. ». Le Vénézuélien est satisfait de ces courses à domicile avec la Fundación Venezuela País de Futuro où Miguel Ubeto, ancien coureur de la Lampre fait office de mentor. « On était heureux de donner des résultats à la fondation qui m’a soutenu dans les compétitions ces dernières années.« 

Des rêves d’Europe

Cependant, il ne peut pas être pleinement comblé. En effet, Jeison avait planifié ses débuts en Europe dès 2020. Pour cela, il avait trouvé un accord avec l’équipe espagnole Hotel Tres Anclas ULB Sports Moll Autos de la Peña Beniopa. Cette équipe basée à Gandia dans la communauté valencienne participe depuis près d’une décennie à la Coupe d’Espagne U23. Elle prend part notamment au Tour de la Province de Valence et au Tour d’Alicante. Elle joue dans la même catégorie que les équipes filiales des ProTeams Caja Rural et Kometa ainsi que Lizarte, l’équipe satellite de la Movistar. Mais Jeison n’a pas pu rouler en Espagne. « En raison de la pandémie, je n’ai pas pu rejoindre l’équipe. Je n’ai pas encore couru en Europe, j’avais prévu de le faire cette année mais tout a été chamboulé.« 

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Jeison Rujano savourant la victoire de son coéquipier Xavier Nieves lors du Tour du Venezuela. Crédits Photo : Chivacoa

Jeison Rujano a dû retarder ses premiers tours de roues sur le vieux continent d’un an. Il doit débuter sa saison 2021, chez lui, lors de la Vuelta al Táchira (2.2), première épreuve UCI de la saison. Lors de cette course de huit étapes, en janvier, il cherchera à faire mieux que sa 18ème place de l’an dernier. Après cela, il prévoit de voyager vers l’Europe. « Mon programme actuellement est de faire la Vuelta al Táchira puis de prendre un avion pour l’Europe« .

Ne pas répéter les mêmes erreurs que son père

Néanmoins, s’il a très envie de briller en Espagne, le Vénézuélien fait de la Vuelta al Táchira un rendez-vous très important. Les ProTeams Androni Giocattoli Sidermec et Bardiani CSF Faizanè y participent. Elles haussent le niveau général. Surtout, battre les coureurs de ces équipes, c’est taper dans l’oeil de leurs recruteurs. Certains sont d’ailleurs là avant tout pour scruter les talents locaux. le coureur de 19 ans s’en est rendu compte l’an dernier. Il avait rencontré Gianni Savio, l’ancien manager de son père chez Androni. « J’ai échangé des mots avec lui et il m’a dit que j’étais encore jeune » dit-il avant de rajouter qu’il se verrait bien dans la formation italienne. « Bien sûr que j’aimerais être dans cette grande équipe. Je pense que le temps nous le dira et s’il voit que j’ai du potentiel, tout peut arriver.« 

Ça tombe bien. La Vuelta al Táchira correspond à son profil. « Je me considère plus comme un grimpeur, je me démarque dans la haute montagne et dans les contre-la-montre« . Jeison a de grandes ambitions. Il souhaite d’abord disputer plusieurs saisons complètes en Espagne pour devenir un meilleur coureur. Ensuite, il « rêve d’intégrer une équipe professionnelle et de gagner des courses de renom« .

Pour cela, il ne faudra pas répéter les mêmes erreurs que son père José. Ce dernier en est conscient. Il aurait aimé faire des choix différents et souhaite à 38 ans rattraper le temps perdu. Il fait tout pour retrouver son coup de pédale de 2011. La progression de son fils le motive à aller plus loin dans l’effort. Et il n’est pas impossible de les retrouver tous les deux, père et fils, dans les pelotons européens. Le Condor et son fils pourraient bien refaire parler d’eux pour le plus grand bonheur des Vénézuéliens.

Crédits Photo : Bicirock
Aymeric Peze

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