Cyclisme

Tom Pidcock, le nouveau joyau de la couronne

Il a 21 ans et rêve de devenir Champion du monde à la fois en cyclisme sur route, en cyclo-cross et en VTT  tout en gardant le Tour de France et Paris Roubaix dans un coin de sa tête. Tom Pidcock est le jeune du moment. Il vient de battre Mathieu van der Poel en cyclo-cross à Gavere. C’est même la nouvelle pépite de l’équipe INEOS. Le Britannique, actuellement dans les sous-bois, rejoindra l’équipe de Dave Brailsford en mars. On fait le point sur le phénomène Pidcock.

Un lutin d’une grande précocité

Tom Pidcock est le plus petit coureur du peloton. Personne ne peut rivaliser avec son mètre 57, pas même les petits grimpeurs colombiens ni le retraité Samuel Dumoulin (1m59). Pour autant, cette petite taille combinée à un poids plume (57 kg) n’est pas un désavantage pour le Britannique. Pidcock est présent sur la scène mondiale depuis ses 16 ans. C’est un coureur que le monde du cyclisme a vu grandir années après années alors qu’il n’avait pas encore fini sa croissance. Son premier amour est le cyclocross, ce qui est étonnant quand on sait que cette discipline est privatisée par les Belges et Néerlandais et qu’aucune compétition internationale de cyclo-cross n’a lieu en Grande Bretagne. Par ailleurs, il a vu, à 14 ans seulement, le Grand Départ du Tour de France 2014 avoir lieu dans sa ville de Leeds. Pour autant, le Britannique a débuté sa carrière de crossman en 2015 en étant d’entrée de jeu performant et régulier.

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Tom Pidcock en cyclo-cross sans son maillot de champion national. C’était lors des Championnats de Grande-Bretagne ! Crédits Photo : Getty Images

Les succès ne se sont ensuite pas fait attendre. Le jeune Thomas a réalisé son premier triplé dès l’année suivante. Il a accumulé les titres de Champion du monde, Champion d’Europe et Champion de Grande-Bretagne, chez les juniors. À partir de cette année 2016, Tom Pidcock est devenu un boulimique, un chasseur de maillots distinctifs. Premier triplé, car en 2018 il a réédité sa performance mais cette fois chez les espoirs. Une catégorie il a également remporté deux Coupe du Monde et deux classements généraux du Superprestige de cyclo-cross face à son grand rival Eli Iserbyt. Pidcock n’a en revanche jamais remporté le Trophée des Assurances AP. Il n’a glané « que » trois manches de cette épreuve dans toute sa carrière, laissant les autres à Iserbyt. L’explication de ce paradoxe est simple : sa polyvalence.

La polyvalence à l’extrême

Cyclo-cross, route, piste et VTT, le coureur de 21 ans est un touche-à-tout. À l’instar de Mathieu van der Poel, à la différence près que ce dernier ne pratique pas la piste, Pidcock a des objectifs multiples. Il s’engage sur tous les fronts, ne s’accordant que peu de plages de coupures. Si c’est d’abord en cyclo-cross que le prodige Britannique s’est illustré, il n’a jamais laissé la route de côté. Il l’a dans un premier temps pratiquée en complément du cyclo-cross, il effectuait des courses sur route l’été pour construire sa forme hivernale. Une démarche inverse à ce que font, aujourd’hui, Mathieu van der Poel et Wout van Aert en préparant leur saison sur route dans les sous-bois. Puis, c’est devenu du 50-50 entre cyclo-cross et route. Pidcock a poursuit sa moisson de maillots arc-en-ciel en devenant Champion du monde juniors du contre la montre. Il a aussi remporté Paris Roubaix chez les juniors et les espoirs. Peut-être le fera t’il également chez les élites ? Cette année, le Britannique a survolé le Tour d’Italie espoirs en remportant 3 étapes.

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Pidcock en passe de devenir Champion du monde espoirs de VTT cross-country. Crédits Photo : Moritz Ablinger

On n’oubliera pas qu’en 2019, il semblait idéalement lancé vers un doublé inédit Tour d’Alsace – Tour de l’Avenir avant qu’une chute ne brise ses rêves de succéder à Tadej Pogacar et Egan Bernal. Peu importe, le Britannique a décidé d’exploiter pleinement une autre discipline. Celle-ci n’est pas la piste. Pour le moment il n’a pas donné suite à son titre de Champion de Grande-Bretagne du scratch juniors de 2017. C’est le VTT. Le natif de Leeds est devenu cet automne champion du Monde de cross-country espoirs et plus anecdotiquement, quoique, champion du Monde de cross-country à assistance électrique. Le coureur du Yorkshire s’est même fixé de nouveaux rêves encore plus ambitieux que les précédents. Il souhaite devenir Champion olympique de VTT à Tokyo en 2021 et être sacré Champion du monde à la fois en cyclo-cross, en VTT et sur route.

Un diamant à polir

Pour autant, Tom Pidcock est encore un talent en formation. Il lui reste des axes de travail à approfondir et c’est normal à son âge. Son principal défaut est son endurance. Il lui reste à « prendre de la caisse » afin de pouvoir briller lors des longues épreuves sur route dépassant les 200 kilomètres. Ce point faible s’est vérifié lors des Championnats du monde élite d’Imola. Sur les 258 kilomètres du parcours italien, Pidcock s’est classé 42ème à près de dix minutes d’Alaphilippe. Néanmoins, il faut relativiser cette contre-performance quand on sait qu’il n’avait jamais effectué une telle distance en course. Chez les espoirs, sa catégorie ne l’oublions pas, les course excèdent rarement les 150 kilomètres. Cette progression passera par de longues séances de foncier. Les cyclocrossmen devenus routiers sont tous passés par là. Ce n’est pas Lars Boom, Zdenek Stybar et le duo van der Poel – van Aert qui diront le contraire.

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Le Britannique progresse palier par palier comme lors des cyclo-cross. Crédits Photo : Shackleton

En ce qui concerne le contre la montre, Tom Pidcock n’est guère avantagé par sa morphologie de pur grimpeur. Mais il se débrouille très bien dans l’effort solitaire grâce à une position aérodynamique travaillée. Il a été Champion du Monde juniors de la discipline. Plus récemment, à Plouay, lors des Championnats d’Europe, seuls trois espoirs pouvaient rouler plus vite que lui : Andreas Leknessund, Stefan Bissegger et Ilan van Wilder. En rejoignant INEOS, le Britannique sera dans la structure idéale pour améliorer ses points faibles relatifs.

À quand les grands tours ?

Le phénomène Pidcock était courtisé depuis de nombreuses années par l’équipe INEOS. Déjà à l’époque du Team Sky, Dave Brailsford avait un œil sur lui comme il avait des vues sur les frères Yates quelques années auparavant. L’équipe a annoncé son transfert le 25 septembre en même temps que ceux de Richie Porte, Adam Yates, Daniel Felipe Martinez et Laurens De Plus. Il fait donc partie du très gros recrutement INEOS réalisé cette intersaison pour rajeunir l’effectif après une saison 2020 des plus compliquées. Il est prévu qu’il rejoigne la formation britannique le 1er mars une fois la saison de cyclo-cross achevée. Pidcock sera choyé dans la meilleure équipe du monde. On ne lui fixe pas d’objectifs pour ses débuts, cela viendra courses après courses en fonction de ses sensations. Il sera d’abord là pour apprendre.

Tom Pidcock wins final stage of under-23 Giro d'Italia and wraps up the overall - Cycling Weekly
Amore Infinito, Pidcock a gouté au maillot rose lors du « Baby Giro ». Crédits Photo : Isola Press

Par ailleurs, le Britannique ne devrait pas être engagé sur les Grands Tours et les classiques flandriennes avant 2022. Son premier objectif sera les Strade Bianche. « J’aime courir sur du gravier et la course ne dure que 180 kilomètres. Cela devrait fonctionner. » a t’il déclaré au Het Nieuwsblad. Enfin, Pidcock a également évoqué une possible participation aux classiques ardennaises. Une chose est sûre : qu’importe la discipline, on entendra parler de lui en 2021.

Crédits Photo : Getty Images
Aymeric Peze

 

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