Basket-ball

Dans les petits papiers de Sandy Brondello

Il est de ces merveilleux parcours, qui n’éloignent jamais vraiment un joueur des parquets. Sandy Brondello a tracé le sien, cette fascinante destinée. L’ancienne arrière, désormais coach de Phoenix (WNBA) et sélectionneuse de l’équipe nationale australienne a presque tout vu, tout vécu. Pour Les Olympistes, Sandy Brondello se raconte,  elle, sa philosophie et ses combats. Sans jamais perdre l’étincelle qui la guide depuis toujours : la passion.

8h02, heure française. 18h02, heure australienne. Sandy Brondello décroche, de l’autre bout du globe. De l’Europe à l’Océanie, 15 000 kilomètres nous séparent. Aucune interférence cependant. De chez elle, tout sourire, elle respire la sérénité. À l’isolement depuis quelques jours après être revenue des Etats-Unis, la coach a enfin le temps de respirer ; la Covid-19 lui aura au moins offert un peu de répit, lui qui est devenu si rare dans cette vie à deux cents à l’heure. D’ailleurs, c’est déjà la quatrième interview de la journée. Pourtant, elle aime à rappeler que « c’est [son] métier ». Alors, sur l’air de la tranquillité, se posent sereins et passionnés, les premiers mots de Sandy Brondello.

De l’Australie à la WNBA

La longue histoire d’amour entre Sandy Brondello et la balle orange débute à Sydney en Australie. Le point de départ d’une riche carrière, passée entre la WNBL (Ligue australienne), le championnat allemand puis espagnol, l’Euroligue et…la WNBA évidemment. Cinq saisons outre-Atlantique qu’elle décrit comme « le grand moment de ma carrière ». Draftée en 1998, elle fait partie des « pionnières » de la WNBA, un an seulement après le lancement du plus grand championnat de basket féminin au monde. Détroit, Miami, Seattle, l’ancienne arrière a vécu de belles expériences. Pourtant, une pointe de regret dans la voix, elle confie : « J‘avais 30 ans quand je suis arrivée en WNBA  […] et c’est dommage que je n’ai pas été plus jeune à ce moment-là ».

© Julio Aguilar/Getty Images

C’est en 2005, après une dernière saison au Ros Casares Valence, qu’elle choisit son autre vocation. Difficile passage des parquets aux bords de terrain. Assistante coach puis coach aux San Antonio Silver Stars, puis aux Los Angeles Sparks, Sandy Brondello trouve l’apogée de sa carrière d’entraîneure dans la « vallée du soleil », à Phoenix. Vainqueure du championnat dès sa première épopée avec le Mercury, elle ne les a, depuis, jamais quitté. Vouée par cette passion du basket, la coach s’estime chanceuse de pouvoir inculquer à ses joueuses ce qu’elle a elle-même vécu sur les terrains. « J‘ai joué sur ces parquets, j’ai eu beaucoup d’expériences différentes et je crois que je peux très bien m’identifier à elles ».

On en aurait presque oublier de mentionner l’autre casquette de Sandy Brondello, sélectionneuse de l’équipe nationale australienne. Cette autre fonction que l’on sent profondément muée par une forte attache au maillot national. En pleine pandémie de Covid-19, elle espère « que les Jeux Olympiques pourront avoir lieu, parce que nous avons vraiment besoin de passer du temps avec notre équipe ». C’est d’ailleurs la raison de son retour à la maison. Les Opals devraient se retrouver pour un stage de préparation en janvier 2021.

À force de passion et de leadership né

Lorsqu’on a presque déjà tout connu, il arrive ce moment dans une vie, où trouver à se renouveler devient potentiellement compliqué. Mais pour Sandy Brondello, l’objectif est toujours le même, « c‘est de s’assurer que nous allons continuer à grandir et apprendre ». À coups de communication et de bonnes relations, son style de leadership veut sans cesse tirer le meilleur de chacune « même si certaines pensent que ce n’est pas la meilleure chose pour elles ». Une nouvelle fois, ses mots renvoient cette même impression de sagesse et de facilité. Elle réfléchit quelques instants, mais sait pertinemment ce qui l’a façonné : « Nous sommes tous des athlètes professionnels mais en fait, ce n’est pas vraiment notre métier, c’est notre passion ».

« Je peux toujours faire mieux et je ne suis pas parfaite évidemment. […] Vous devriez demander aux joueuses ce qu’elles pensent de moi, ça pourrait être intéressant. »

C’est difficile de gagner, c’est « la meilleure ligue du monde, les meilleures équipes du monde ». Et il y a de ces saisons où les éléments sont contre vous. Dans le scénario un peu fou de cette saison, la coach déclare qu’il y a « juste eu trop de blessures à la fin ». Les dures lois du salary cap avaient déjà amputées le Mercury d’une joueuse pour démarrer l’exercice 2020. S’en est suivie la décision médicale d’exempter Jessica Breland, elle qui avait connu un cancer il y a quelques années. Phoenix partait ainsi avec seulement 10 joueuses. « Diana Taurasi revenait d’une saison blanche après une grosse blessure et il y avait cinq nouvelles joueuses, donc ça nous a pris du temps pour avoir cette alchimie. On jouait très bien à la fin de l’année mais j’ai senti que peut-être une ou deux joueuses étaient trop justes ».

D’autant plus que Bria Hartley, l’internationale française, qui avait alors battu des records en sortie de banc, s’est blessée rapidement en début de saison. Ligaments croisés, la jeune arrière ne rejouera pas ; « ça a été très dur. […] Nous aurions pu aller un peu plus loin avec Bria, c’est quelqu’un qui joue un basketball très dur, qui s’adapte très bien ». Pour Phoenix, l’aventure s’arrête au second tour des playoffs face à Minnesota (80-79). Attristée, Sandy Brondello n’en oublie pourtant pas sa philosophie et sait à quel point tout est « très prometteur à mesure que nous avançons ».

« Une façon de s’éduquer ensemble »

Son métier, Sandy Brondello le dit, elle l’adore. Mais elle sait également son rôle important dans la longue campagne pour promouvoir le basket féminin. À l’entendre, c’est sûrement aussi l’une des raisons qui l’a poussée à nous accorder un peu de son temps. Dans ses paroles, la frustration, le désarroi aussi. « C’est surtout la façon dont les médias en parle vous savez. Par exemple, je ne sais pas comment est couverte l’actualité de l’équipe nationale féminine en France mais ils devraient s’y intéresser parce qu’elles ont tellement de succès ». Sur la couverture médiatique de la WNBA, en revanche, l’entraîneure est un peu plus optimiste. Même si en réalité, pour Sandy Brondello, c’est une autre grande question qui fait défaut : « Je crois qu’on a aussi besoin de plus d’argent derrière tout ça ».

« Pour avoir joué en France, Bourges a un très bon public […] et les communautés locales ce n’est pas le problème, c’est juste qu’il faut que tout ça s’étende. Voyez, personne ne sait qui sont Sandrine Gruda et Marine Johannes. »

Des paroles qui rejoignent et se fondent avec un autre grand combat. Celui de l’égalité, de la lutte contre les différences d’opportunités. Forte de toutes ses expériences, elle qui a vécu de très près l’évolution du basketball féminin sait à quel point le chemin est encore long sur ces questions de société. « Bien sûr qu’il y a plein d’hommes qui jouent bien au basket, mais les femmes ne devraient pas être regardées différemment juste parce qu’elles sont des femmes ». Les mots sont tranchants, portés par cette volonté que tous doivent être égaux, quand il s’agit de pratiquer sa passion. Non, ce n’est pas une question de travail, de connaissance ou de technique, simplement une question de mentalité qui ne demande qu’à évoluer.

Sandy Brondello a vu et revu le basket, dans ses moindres détails, ses plus fines imperfections. Pourtant, s’efforcer d’être « juste et honnête » demande souvent de constants ajustements. Et de continuer à apprendre, même sur des sujets sociaux comme le Black Lives Matter. « Quand vous êtes une coach blanche, même si vous avez la compassion, on ne peut pas se mettre à leur place. On a tous appris, c’est une façon de s’éduquer ensemble ».  Ainsi s’achève son propos, à sa façon, rempli de sagesse et de sérénité. Sûrement la plus belle manière de conclure ce voyage, dans ses petits papiers.

Sandy Brondello et son staff portant le tee-shirt « Black Lives Matter » en hommage aux victimes de violences policières. © @PhoenixMercury
Crédit photo – Getty Images / Ned Dishman
Justine ROY

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :