Rugby

La Renaissance des Bleus

Le XV de France sort d’une année 2020 exceptionnelle. Second du tournoi des 6 Nations derrière les Anglais, second de l’Autumn Nations Cup en accrochant une belle équipe d’Angleterre avec une « France bis », les Français sont redevenus en l’espace de 10 mois, une équipe pouvant et sachant vaincre.

Un Homme (avec un h majuscule car quel Homme !) est responsable de cette illumination : Fabien Galthié. Alors qu’on le croyait fichu après un passage moyen, voire catastrophique, au Racing Club Toulonnais, personne ne s’attendait vraiment à une révolution à son arrivée en tant que sélectionneur. Il a su faire taire les critiques de tous les détracteurs à son propos et sur le XV. En faisant confiance aux jeunes, en faisant tourner, la France est entrée dans une nouvelle ère. Un jeu efficace, plus ou moins académique, très spectaculaire parfois.

Une charnière unique

Dupont-Ntamack, Antoine-Romain. Une bromance venue de Toulouse pour tout déchirer. L’un à 24 ans, l’autre 21.  Fini les Lopez, Trinh-Duc ou autre Machenaud, ces jeunes hommes révolutionnent le poste. Si nous avions déjà eu des prémices de ceux-ci durant la Coupe du Monde au Japon, c’est bien cette année 2020 qui les a fait exploser en Equipe de France. Les deux joueurs sont, certes, talentueux séparément mais c’est bien leur complémentarité qui pousse la France à introduire un jeu flamboyant et léché.

Si on prend les trois finales disputées par la France en Coupe du Monde (1987, 1999 et 2011) ou encore le dernier tournoi remporté en 2010, jamais la France n’a joué avec une charnière provenant du même club. Sur ce coup, Ugo Mola est une aide directe à Galthié. Le sélectionneur n’a juste à travailler que sur la complémentarité charnière-équipe. Et comme la plupart des joueurs phares viennent également de Toulouse, des connexions sont déjà visibles.

Crédit Photo : Sports.fr

Seul bémol sur cette charnière : la pseudo-fragilité de Ntamack. De par son style et son physique, Ntamack se rapproche plutôt d’un ouvreur typé Wilkinson de début de carrière, subissant d’énormes impacts. Ce dernier reconnaît d’ailleurs le talent du jeune homme de 21 ans.

« Ce que je vois chez Romain Ntamack c’est un énorme potentiel. Avec un peu d’expérience, il va mieux comprendre encore comment faire. Je crois que l’avenir de l’équipe de France est énorme. » – Sir Jonny Wilkinson

Pour être le meilleur ouvreur, il faut savoir prendre des bugnes, se relever et recommencer. Cette fragilité de Ntamack a entraîné des blessures à des moments cruciaux, comme le malheureux match à Murrayfield contre le XV du chardon. Ntamack est tellement indispensable pour la charnière, qu’il ne peut sortir de ce match. Derrière lui, malgré le talent de Jalibert (pleinement révélé en novembre/décembre), rien ne remplacera la jeune complémentarité toulousaine. Romain Ntamack doit encore progresser et prendre du coffre mais cette charnière a tout pour briller. Comme le disait Paolo Garbisi, lors d’un entretien avec les Olympistes, « la charnière Dupont-Ntamack est la meilleure du monde« .

Un pack assez convaincant

Le pack français, spécifiquement les deuxième et troisième lignes sont devenus en si peu de temps, une référence mondiale. Ollivon, Le Roux, Willemse, Cros, Alldritt, que de talents sur une composition. Ces cinq joueurs sont devenus titulaires indiscutables lors du tournoi des 6 Nations 2020. Ils ont diversifié un jeu français trop stéréotypé. Ces gros-là sont capables de courir, de passer après contact, d’imposer leurs muscles et d’être élégants. On n’avait pas l’habitude de mettre en place un rugby où le pack court aussi vite que les arrières. Charles Ollivon, Monsieur capitaine, en est la preuve parfaite. Sur de nombreuses actions, il se porte disponible après une percée des arrières pour finir sur une course. Un spectacle assuré, comme en février dernier face à l’Angleterre. Peut-être peu académique vis-à-vis du rugby traditionnel, mais tellement efficace. Le Toulonnais peut tout simplement faire oublier la période Dusautoir.

Attention tout de même. On ne dit pas que le XV de France est parfait, il a tout de même de grosses lacunes. Outre sa gestion parfois partielle de son avance et du score, le problème relatif de cette équipe est la première ligne. Ce n’est pas catastrophique en soi avec des joueurs très solides, mais la comparaison avec les autres grandes nations fait tache. Les mêlées sont plus stables et les touches plus assurées qu’à une époque sombre du XV, mais on en attend forcément plus. Haouas et Baille ont parfois eu des passages à vide alors que leurs remplaçants n’ont pas réussi à relever le niveau. L’Autumn Nations Cup 2020 n’a rien révélé de transcendant non plus. Pour pouvoir passer un cap entre 2020 et 2023, le XV de France doit pouvoir accompagner son équipe d’une première ligne d’exception. Sans doute que Bamba et Gros pourront être cette clé.

Une France unie

Les critiques pleuvaient sur ce XV de France faisant à l’automne. Fabien Galthié est resté sur sa décision, pas plus de trois feuilles de match pour chaque joueur. Un moyen de préserver les Bleus de potentielles blessures, mettant en péril leur saison en club (à l’image de Cros) tout en découvrant de nouveaux jeunes combinés à des joueurs plus expérimentés souhaitant revivre. Le XV de France est devenu une destination alléchante pour tout joueur. Bien plus qu’une équipe de France, ce groupe est devenu uni. Tout le monde se bat pour son copain. Les joueurs sont morts de faim dès l’entame du match. Par exemple, premier ballon du match face à l’Angleterre, les coqs s’imposent d’entrée avec un maul et une touche récupérée. Quinze secondes de jeu, la France est déjà dans son match.

France A, France B ou France C, les joueurs n’en ont rien à faire. Il n’y a qu’un groupe France et qu’une équipe de France. Tout le monde veut faire partie de ce renouveau du XV et surtout grâce à la stratégie Galthié, tout le monde a sa chance (même des joueurs de Pro D2, à l’image de Zegueur appelé 2 fois). Bien que la deuxième et troisième ligne soient devenues indiscutables sur le tournoi. L’Autumn Cup a su rebattre les cartes. Woki, Macalou, Jelonch ont brillé. Attention également à suivre Couilloud et Dulin pouvant subtiliser des places. Fabien Galthié fait face à un problème de taille. Le XV de France a trop de profondeurs. Il faudra faire des choix entre cadres, renaissances et nouveautés. Nul ne doute que l’ancien demi de mêlée columérin saura gérer ses gros.

Crédit Photo : Huffington Post
Thomas Fraisse

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