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GP de Sakhir : les enjeux de Mercedes

Alors que l’on pensait la saison terminée, la Formule 1 nous réserve encore de nombreuses surprises. En début de semaine, on apprenait que la Covid frappait de nouveau les paddocks, en l’occurrence cette fois-ci, Lewis Hamilton. La maladie met un terme à une série de 265 Grands Prix consécutifs et force le pilote à sa deuxième absence en 14 ans. 

Ce mercredi, quatre « Breaking News » ont été publiées sur les réseaux sociaux. Deux concernant Haas, avec la sortie de l’hôpital de Romain Grosjean et la signature de Mick Schumacher. Puis deux autres offrant le siège Mercedes du GP de Sakhir à George Russell, et celui de Williams à Jack Aitken. Malgré le caractère alléchant de la venue surprise du jeune Britannique chez Mercedes, des enjeux internes seront à surveiller.

Bottas-Russell, duel sous haute tension

George Russell aura donc les honneurs de piloter la voiture championne du monde à la place de son compatriote britannique. Une nouvelle excitante pour tous les observateurs : on va enfin voir ce que vaut réellement cette voiture. Quelle est la meilleure solution pour montrer la puissance d’une voiture ? Enlever le pilote phare et prouver qu’elle est encore la plus rapide. George Russell n’était pas le premier choix qui nous venait en tête. On aurait très bien pu voir un Stoffel Van Doorne, pilote belge réserviste Mercedes et pilote de l’étoile électrique, prendre le volant vendredi. Mais Mercedes fait confiance à sa filière jeune pour la première fois. Russell est sous l’aile de Toto Wolff depuis trois ans, comme l’était Esteban Ocon. A contrario du second, le premier posera ses fesses dans un baquet d’une voiture championne du monde. Il essayera de se montrer pour passer le Français dans l’échelle de la filière.

George Russell, Williams Racing. Crédit Photo : Sports 24 – Le Figaro

Cette décision, en se penchant un peu plus sur le sujet, peut paraître dangereuse, spécifiquement pour Valtteri Bottas. Le Finlandais n’a pas le droit de se faire manger par Russell, auquel cas il pourrait bien voir le jeune Britannique lui prendre sa place. Comprenez bien qu’il serait inadmissible, pour un pilote expérimenté dans une écurie, de se faire surclasser par un jeune ne connaissant ni la voiture ni les avant-postes de Formule 1. Bottas n’a qu’une seule solution : vaincre.

Que dit la loi en F1?

Avant de miroiter sur une possible victoire de Russell et un licenciement de Bottas, intéressons-nous sommairement au droit en Formule 1. Chaque équipe possède des contrats, négociés avec ses pilotes. Un simple accord tacite, mais contenant de multiples complications. Ceux-ci sont d’ordres commerciaux, combinés à des contrats de travail, puisque chaque pilote vend son image à une écurie et est subordonné à celle-ci. On y retrouve des centaines d’informations financières, des obligations du pilote envers l’écurie et vice-versa. La FIA, par les suites de l’affaire Schumacher/Benetton/Jordan, a créé le Contrat Recognition Board (CRB). Cet organisme est, avant toute chose, présent afin de faire respecter les intérêts des pilotes.

Mais alors peut-on réellement couper un contrat et licencier un pilote ? La réponse est finalement assez simple : tout dépend des conditions des contrats. Dans certains, il est stipulé que l’écurie se réserve le droit de rompre un contrat pour diverses raisons (fautes graves, manquements aux obligations, manque de performances etc.). Ainsi, si le contrat de Bottas chez Mercedes possède cette mention et que le CRB ne s’est pas opposé à la signature, alors rien ne les en empêche. Plusieurs exemples de licenciements chez les écuries sont à relever, avec en tête la froideur du management autrichien de Red Bull. Mais deux Français ont fait les frais du management Red Bull: Jean-Eric Vergne et Pierre Gasly. Les enjeux étaient plus internes et nous ne savons pas ce qu’il s’est passé d’un point de vue contractuel mais dans tous les cas, ils ont tous les deux été licenciés. Mais Van der Garde est l’exemple le plus marquant, avec un contrat rompu par l’écurie suisse Sauber après négociations. Mercedes suivra-t-il cet exemple?

Bottas sous pression

Bottas n’a donc pas le droit à l’erreur. Il ne peut se permettre de se pavaner en baissant la tête en attendant de se faire battre par Hamilton. Il doit la lever et s’imposer en tant que leader. Les détracteurs de Valtteri affirmeront qu’il n’aura pas le niveau de Russell, c’est à prendre avec des pincettes. Comme nous l’avons affirmé sur notre second podcast « Planète Sport » (disponible sur toutes les plateformes), George Russell pourrait surpasser Bottas pendant une saison entière lorsque l’on se questionnait sur la possible retraite de LH. Mais sur une seule course, soyons logique, Valtteri Bottas connait sa voiture, en plus de maîtriser la course de tête et les assauts de Max Verstappen. Il ne peut pas prendre une correction par le jeunot.

Jolies lunettes, joli t-shirt. Crédit Photo : Pranav_F1

Il a donc deux solutions : ça passe ou ça casse. Même s’il est peu probable que Mercedes décide de rompre un contrat, en raison de valeurs et d’une déontologie de respect des engagements, cette situation ne s’est jamais présenté dans l’ère Mercedes-AMG. Si Bottas ne s’impose pas on pourrait voir le Finlandais être obligé de quitter le navire allemand. En effet, Bottas n’a signé qu’une extension de contrat jusqu’à fin 2021. Même si cette course aurait pu être anodine en attendant la saison prochaine, Bottas joue sa carrière. On espère juste qu’il ne prendra pas la confiance en dictant sa meilleure punchline envers ses détracteurs en cas de victoire.

Une course jouée d’avance

La course en elle-même est jouée d’avance entre les écuries. On assistera tout le week-end, sur un circuit de Bahreïn repensé, à une course sur un carré. 11 virages effectifs dont 3 passant pied au plancher, ce circuit avantagera forcément les écuries avec un paramètre moteur/vitesse performant. En d’autres termes, Mercedes ne peut pas ne pas gagner sur ce circuit. La principale menace de la voiture noire depuis le début de la saison reste Red Bull. Sauf que l’écurie autrichienne est davantage favorisé sur les circuits sinueux car ne possédant pas leur propre moteur, l’écurie ne travaille en elle-même que sur les parties aérodynamiques et surtout le châssis. Ce châssis Red Bull permet à ses monoplaces de prendre les records sur chaque secteur sinueux de chaque circuit. On se rappelle d’un Verstappen reprenant jusqu’à une seconde aux Mercedes dans les secteurs en descente de Spa et d’Autriche. Mais regardez bien ce carré, où peut Verstappen reprendre du terrain? Les virages 1, 2, 4, 7, 10 sont des virages lents et les autres se passent à fond ou en rétrogradant légèrement. Ce circuit est typé Mercedes, quand bien même Racing Point et Williams pourront briller à leurs échelles.

Crédit Photo : Formula 1

En bref, la course se disputera sans doute à deux voitures noires, même s’il ne faut pas sous-estimer l’apport de performance de Verstappen à sa monoplace. Sans Lewis Hamilton on pourrait espérer voir un combat beaucoup plus abrupt entre les Mercedes. Russell essayera de se montrer tandis que Bottas ne peut décevoir une nouvelle fois. Cette course risque donc d’être plutôt intéressante, pourvu qu’ils ne se mettent pas dehors au premier virage.

Crédit Photo : F1Lead
Thomas Fraisse

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