Basket-ball NBA

Jimmy Butler : revanche d’un bad guy pour le hit de la bubble

From 240p to 4K. On ne parle pas de résolution d’écran mais bien de l’évolution de l’image de Jimmy Butler. Autrefois considéré comme un leader bon marché voire comme un pur bad guy, l’ailier est aujourd’hui LE guide de la bande de Miami. Comment monsieur « je fais des vagues partout où je circule » est-il passé du bon côté de la lumière ? Analyse entre Heat Culture, petits chats trop tendres et business trip.

Pour conter le personnage de Jimmy Buckets, il faut savoir enfoncer des portes ouvertes. C’est à 13 ans que le natif de Tomball a vu sa mère le mettre à la porte. Épisode vraisemblablement fondateur dans la construction du caractère de Butler. Jimmy est le compétiteur par excellence. Le plus fidèle hater des notions de défaite ou de fainéantise. Depuis sa sélection en 30ème position de la Draft 2011, cette rage ne l’a pas quitté. Et si depuis ses débuts chez les Bulls, Jimmy n’avait jamais changé ? La question est volontairement caricaturale mais la vérité, c’est qu’au cœur de la carrière de Jimmy B, le contexte de Miami a fait la différence.

Le successeur

Deux classiques livrés en Finales NBA et une campagne de playoffs façon météorite. Voici la trace que laisse Butler sur cette saison, où seuls les Lakers ont pu éjecter Miami de l’autoroute du succès (4-2). Un flashback suffit pour réaliser qu’un an et des broutilles plus tôt, Wade tirait sa révérence. Laissant le Heat le nez brisé sur la porte de la postseason.  Il n’en a pas fallu plus à Riley pour signer son move de l’année : téléguider Jimmy B jusqu’à Plage Sud. Le Godfather finalisait là son inscription sur Winamax en misant un contrat max sur un joueur ô combien clivant.

À l’époque, Butler et Philly se relèvent à peine du passage de Kawhi. Durant cette saison positive, l’ailier s’est appliqué à retirer l’étiquette de garçon turbulent flanqué à son jersey. Mais comme il avait forcé sur la colle au préalable, tous les voyants n’affichaient pas encore vert. Miami attirait un joueur clutchissime, un top two-way player. Et les casseroles allant avec. Y compris son incapacité à fédérer tout un vestiaire autour de lui. Chez les Sixers, Butler avait pris son temps pour s’acclimater au système de Brett Brown. Ne manquant pas l’occasion de critiquer son coach qui ne lui donnait pas assez la balle. Finalement, Buckets ne s’en sortira pas trop mal. Plantant notamment deux game winner et nouant certains atomes crochus avec Embiid dans un vestiaire dopé aux gros ego.

Auprès de Riley et Spoelstra, c’est Dwyane Wade himself qui a fait la pub de Jimmy, son ancien équipier aux Bulls. D’après Coach Spo, Flash voyait en Butler un vrai « Heat guy ». C’est donc adoubé par la légende de Miami que Butler se pointait l’été dernier en Floride. Et les résultats ont dépassé toutes les attentes.

Les clés du collectif

« Une chose que j’ai dite à Jimmy quand il est arrivé c’était : « Hey, c’est l’ère Jimmy Butler. » »  Difficile d’être plus clair que D-Wade (source : ESPN). Le patron, c’est Jimmy. Un statut essentiel pour lui. Or, durant son parcours, tout n’a pas toujours été si limpide. Comme à Philly : « Chaque jour, moi, en tant que joueur, je ne savais pas qui était le putain de patron, mitraillait Butler dans le podcast de Redick. » Faits similaires dans le Minnesota. Butler voulait voir coach Thibodeau lui donner plus d’importance. C’est qu’il a besoin d’attention le Buckets.

Bref, Jimmy le routier hérite des clés du camion du Heat. Mais n’est-il pas trop solo dans le cockpit ? Eh bien, alors que le star system fait fureur en NBA, South Beach privilégie le collectif. Chaque joueur est responsabilisé et connaît ses fonctions. De Crowder à Adebayo. Spoelstra lustre le tout, entre systèmes léchés et défense de zone infernale. Butler et Dragić se partagent la gonfle, et Jimmy prend le surplus de pression sur ses épaules. De plus, les jeunes ne se cachent pas, et ne jouent pas les vedettes. « Je n’ai jamais été un joueur important au lycée. Je jouais en troisième division. » Mots de Duncan Robinson, aujourd’hui sophomore non-drafté. Auteur de 26 points au Game 5 des Finals.

Jimmy pourrait presque se retrouver en lui, en Nunn voire Herro. Auparavant, Butler a pourtant galéré avec la next gen. Towns ou Wiggins doivent encore se rappeler des « Vous avez besoin de moi putain ! Vous ne pouvez pas gagner sans moi. » Echos du fameux entraînement des Wolves où Butler avait transformé les titulaires trop soft en moutons. Avec l’équipe des remplaçants, et en ne tentant qu’un unique shoot. Jimmy Terreur.

Heat Culture

Butler savait ne pas être le plus talentueux. Mais contrairement à certains, il « joue dur ». « Je pousse mon corps à la limite à chaque foutu entraînement, lançait-il à Rachel Nichols. » N’en demeure pas moins que cette histoire a chiffonné l’image de Butler. Le mauvais coéquipier. La diva choisissant ses matchs tout en forçant son départ de Minnesota. KAT héritait pendant ce temps d’un contrat de 190M. Derrick Rose résume bien cette situation dans son bouquin, s’invitant dans les pensées de Butler : « Pourquoi est-ce que vous leur proposez un beau contrat, eux, en premier, alors que c’est moi qui vous ai conduit en Playoffs ? »

D’ailleurs en parlant postseason, DR1 met indirectement le doigt sur un point paradoxal. Si Jimmy fout souvent son boxon pour ensuite se casser, les franchises ne se portent pas mieux sans ses dreads. Cette année, Philly a mangé un sweep vert. Minnesota ne revoit pas les PO.  Les Bulls eux, aperçoivent à peine le fruit de leur reconstruction. Un bazar qui tranche avec l’ordre régnant à Miami. Pat Riley y a installé la Heat Culture de sa poigne de fer.

Le cadre est solide et complété par des employés investis. Spoelstra a déjà géré les egos du Heatles. Aujourd’hui, il est épaulé par Haslem et Dragić, chacun capable de sacrifices. Une atmosphère de travail, de sueur, de dureté et de franchise transpire des travées de la triple A. Dans la bulle, Miami est la seule équipe à avoir exploité chaque jour la plage horaire disponible pour s’entraîner. Jimmy se sent comme une balle dans un panier dans cette ambiance. En témoigne l’interview menée par The Athletic, où Butler est questionné depuis le bord du terrain de practice. Le numéro 22 s’interrompant régulièrement pour encourager et recadrer ses partenaires.

Pat’ la gagne

Dans cette équipe, Butler peut être franc et c’est ainsi à tous les étages de l’organisation. Pour Spoelstra, les mots discipline, camaraderie et honnêteté sont la clé. Une vraie bande de pote s’est créée, et Jimmy n’a même pas besoin de mettre les formes quand il engueule ses coéquipiers. « Il est le compétiteur ultime, démarrait Meyers Leonard. Tout le monde se demandait : « Oh, est-il trop compétitif ? Ou est-il un connard ? » Non, il ne l’est pas. C’est un gagnant. »

D’ailleurs, Scottie Pippen avait développé une théorie sur l’impopularité de Butler sur le plateau d’ESPN. « Ils n’aiment pas gagner à Minnesota, c’est pourquoi ils ne l’aimaient pas. » Cette recette de la gagne du chef Riley, ne convient pas aux palais de chaque franchise. Butler peut le certifier. Pêle-mêle : il révélait à Goodwill qu’à Philly, « tout le monde ne bossait pas autant que (lui). » À Chicago, dans son management, Fred Hoiberg n’était pas assez rentre dedans. Et lorsque Butler et Wade avaient ouvertement critiqué l’implication des joueurs Bulls, c’est Rondo, qui avait critiqué le leadership des deux bougres.

Dans le Minnesota, en plus des jeunes divas, c’est le board qui posait problème. Thibodeau se perdait entre toutes ses casquettes et quand Glen Taylor, le proprio, voulait envoyer Jimmy se faire voir, Thibs s’accrochait à ses lacets pour le retenir.

Business in the bubble

Un périple bourré de queues de poissons qui a finalement mené Jimmy au Heat, et à cette bulle. Lieu où la complicité des guys du Heat a explosé à la vue des plus myopes. Butler s’est affiché avec les jerseys des anciennes équipes de Herro ou de Spoelstra. Dévoilant au passage ses passions méconnues, comme son maillot du PSG. Jimmy Buteur.

« Je suis un féroce compétiteur. Je suis tout ce que vous pouvez imaginer car je veux gagner, mais en dehors de ça, je suis un gars normal, lance-t-il pour The Athletic. » Oui, un type si normal qu’il se pointe à Orlando avec son matos pour préparer du café… et vendre la tasse à 20 dollars. Jimmy Business. Plus sérieusement, Buckets n’était pas venu pour se marrer et l’a montré sur les lattes. Alors que certains ont invité leurs proches, lui n’en comprenait pas réellement l’intérêt : « C’est [la bulle, ndlr] un voyage d’affaire pour moi. » Jimmy Punchline. S/o tous les joueurs pères de famille et Orelsan.

Totalement rincé à l’issue du Game 6 des Finales, le compétiteur a tout donné. Exemplaire, il est devenu the leader. Butler ne cesse de peser sur le terrain, tout en distribuant un peu de lumière aux autres Floridiens. Playmaker à plein temps et go-to-guy lorsque le money time sonne.

En février déjà, Robinson décrivait le phénomène ainsi : « Je ne pense pas qu’il soit très courant de voir une star comme lui s’en remettre, surtout aux plus jeunes. Nous avons joué un match où il a pris trois tirs mais nous avons gagné et il a fait tout le reste. Il fait tout ce qu’il faut pour gagner. » Aussi, il apporte de la variation au jeu du Heat. Entouré de gros shooteurs – ce qui n’a pas toujours été le cas dans sa carrière – il laisse le large aux autres et préfère pénétrer. Il provoque les fautes, fini en douceur ou s’arrête à mi-distance pour claquer du fade away. Le tout alors que les défenseurs l’attendent au drive.

Mariage arrangé mais bon ménage

Dans ce collectif bien huilé, sur demi-terrain Jimmy profite aussi bien des mouvements derrière l’arc de Herro ou Robinson que de la présence intérieure et des mains de Bam Adebayo. Pour prendre deux matchs aux Lakers, Butler a aussi sorti sa défense et sa lucidité des grands soirs. En fin de match 5, à 3-1 dans la série, il fallait être bien téméraire pour partir en aide sur un LeBron omniscient. Résultat, un service du King pour son shooteur : Danny Green était ouvert mais les Lakers ont fini tout vert.

Jimmy B n’avait jamais fait aussi bien et pourtant, il a évolué dans des équipes – semblant – mieux armées. Mais quelque part, le Texan doit aimé être sous-côté. Et n’a pas peur de déranger, quitte à lâcher à LeBron  qu’il est « in trouble » à mi-série. Du trashtalking qui laisse à penser que si Jimmy s’est racheté une popularité, son côté border est toujours dans le coin.  Confère les bisous et les balles envoyées en direction de TJ Warren, le sweepé d’Indiana.

Finalement, Jimmy Business avait sans doute besoin du Heat, franchise où personne n’est élevé au-dessus de l’institution. Ça tombe bien, à Miami on a souvent entendu qu’il manquait un franchise player à cet effectif homogène. Wade a arrangé ce mariage parfait. Tout un symbole expliqué par Jimmy Butler : Wade « m’a dit : « Tu pourrais jouer n’importe où. Tu es ce calibre de joueur. » Mais il a dit : « Pour devenir le meilleur joueur que tu puisses être, Miami Heat est l’endroit rêvé car ils travaillent comme tu travailles. Ils sont honnêtes comme tu es honnête. Et bien que tu puisses te disputer avec quelqu’un de l’organisation ou sur le terrain, ça ne sera jamais personnel parce que vous avez tous le même but en tête. Celui de gagner un championnat. »

Crédit photo : Slam
Marius Veillerot

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