Cyclisme

Mads in Denmark

Mads Pedersen tient sa première grande classique. Le Danois a remporté Gand-Wevelgem ce dimanche. Il montre par sa polyvalence qu’il n’était pas un champion du Monde par défaut. Moins clinquant que Mathieu van der Poel et Wout van Aert, Pedersen s’impose petit à petit comme un cador.

À Wevelgem pour la première classique flandrienne depuis la reprise de la saison, tous les regards étaient braqués sur Mathieu van der Poel et Wout van Aert. Leur rivalité a pris le dessus sur la course. Les deux hommes ont couru l’un contre l’autre, surtout le Néerlandais, quitte à préférer voir un autre coureur que l’adversaire de toujours lever les bras. Ce scenario a permis à Mads Pedersen, de plus en plus fort fort physiquement et fin tactiquement, de s’imposer. Analyse d’un champion sous estimé qui a été à tort qualifié de maillot arc en ciel au rabais.

Pas champion du monde par hasard

Pour beaucoup Mads Pedersen a été un champion du Monde par défaut. Presque au rabais. Il faut dire que le Danois n’était pas cité parmi les favoris ni même parmi les outsiders sur le parcours vallonné du Yorkshire. Pourtant, ce n’était pas un inconnu pour les connaisseurs. En effet, Pedersen a brillé dans toutes les catégories. Il a remporté Paris Roubaix juniors ainsi que Gand-Wevelgem espoirs. Il a également terminé vice champion du Monde juniors en 2013 à Florence derrière un certain Mathieu van der Poel. Autant de bons présages. Et surtout, sa première victoire chez les pros a été obtenue à tout juste 20 ans sur l’Arctic Race of Norway. Son podium lors du Tour des Flandres élites en 2018 avait déjà marqué les esprits. En bref, il n’y avait rien d’étonnant à voir Pedersen sacré à Harrogate devant Matteo Trentin et Stefan Kung. D’autant plus que le Danois évoluait sous ses conditions météorologiques favorites : le froid et la pluie.

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Trentin impuissant, Pedersen champion du monde dans le Yorkshire ! Crédit Photo : AFP/ Ben Stansall

Un vrai flahute

Mads Pedersen est ce que l’on appelle un flahute, un flandrien. C’est un spécialiste des classiques du Nord comme le sont Paris Roubaix, le Tour des Flandres, Gand Wevelgem, l’E3 Binck Bank Classic ou encore le Circuit Het Nieuwsblad. Le Danois est un dur au mal, un coureur robuste presque trapu. Mais les « avaleurs de pavés » ont besoin de ces qualités. C’est ce qui les distingue des montagnards. Pour ne pas rebondir sur les pavés et tenir la distance sur des courses avoisinant les 250 kilomètres, il faut être lourd et résistant. Pedersen a ces deux qualités.

À la différence de certains classicmen moins performants dans des conditions extrêmes comme Alaphilippe, le coureur de Trek Segafredo n’est pas affecté par la pluie et le froid. Pedersen a été élevé au rude climat danois. Il effectue ses sorties d’entrainements autour de Tølløse ou les températures moyennes dépassent rarement les 15°C avec des hivers particulièrement rigoureux. On peut même dire qu’il est capable de maintenir un rendement identique et cela fait la différence. À ce jour, le natif du Sjælland a réalisé tous ses grands faits d’armes dans ces conditions.

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Le froid ne semble pas atteindre le Danois. Crédit Photo : ASO

Un sprinter en puissance

L’ancien champion du Monde n’est pas à l’aise en montagne bien qu’il ait longuement accompagné Richie Porte sur le Tour de France 2020. Pourtant, il fait partie des coureurs les plus polyvalents du peloton. Pedersen est bien sur un classicmen hors pair mais aussi un remarquable rouleur et un excellent sprinter. À l’instar de tous les autres membres de la nouvelle génération dorée du cyclisme danois que sont Kasper Asgreen, Soren Kragh Andersen et Mikkel Bjerg, Pedersen se débrouille très bien en contre la montre. Il compte deux victoires à son actif face à la montre sur le Tour du Danemark et le Tour du Poitou Charentes ainsi que des top 5 sur des chronos rectilignes lors de Tirreno Adriatico et du Binck Bank Tour.

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Mads Pedersen, vainqueur d’un sprint massif sur le Bink Bank Tour. Crédit Photo : Luc Claessen (Getty Images)

Cette année, le Danois se découvre ou plutôt exploite des capacités de sprinter qu’on ne lui soupçonnait pas. Il parvient à rivaliser avec les grosses cuisses. Il l’a fait en prenant la deuxième place à Nice derrière Alexander Kristoff et sur les Champs Élysées derrière Bennett lors de la Grande Boucle. Le Danois commence même à battre ce gratin du sprint à certaines occasions. Sur le Tour de Pologne et le Binck Bank Tour, il est parvenu à s’imposer au sprint dans un registre de vrai sprinter qu’il n’est pas (encore ?). Ses performances récentes pourraient l’encourager à travailler davantage sa pointe  de vitesse.

L’esprit du collectif

À l’image de Deceuninck Quick Step et du Team Sunweb, Trek Segafredo est une formation qui capitalise sur son collectif. L’équipe américaine a une approche du cyclisme comme sport d’équipe tant sur les grands tours que sur les classiques. Dans ce sens, Pedersen forme un trio de flandriens sprinters très efficient avec Jasper Stuyven et Edward Theuns. Le trio était un quatuor jusqu’à l’année dernière avec la présence de John Degenkolb. Pedersen, Stuyven voire parfois Theuns sont protégés par leur coéquipiers. Un coup c’est Stuyven qui gagne au Het Nieuwsblad, l’autre c’est Pedersen sur Gand-Wevelgem.

Par ailleurs, malgré son jeune âge, Mads Pedersen peut se muer en capitaine de route pour ses équipiers grimpeurs. Il protège ses leaders Richie Porte (Tour de France) et Vincenzo Nibali (Paris Nice) du vent. Il leur permet de se trouver dans le bon éventail en cas de bordures. Pour résumer, c’est la roue à prendre quand on est grimpeur chez Trek Segafredo.

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Pedersen a de larges épaules. On est bien dans sa roue. Ce n’est pas Richie Porte qui dira le contraire ! Crédit Photo : Bettini

Peut-être libéré de la pression du maillot arc-en-ciel, Mads Pedersen vient de remporter sa première grande classique. Il convoite maintenant un monument. Si Paris Roubaix a été annulé, le Tour des Flandres aura bien lieu dimanche prochain. Pedersen compte bien y améliorer sa deuxième place de 2018. Le Danois sera très attendu dans le Mur de Grammont et le Paterberg. En  revanche, il pourra se réfugier derrière les présences des deux grands favoris : Wout van Aert et Mathieu van der Poel.  S’il parvient à avancer dans l’ombre des deux cyclocrossmen devenus superstars sur la route, Pedersen aura son mot à dire sur le Ronde.

Crédits Photo : Luc Claessen (Getty Images)
Aymeric Peze

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