Cyclisme

Miguel Ángel à l’état civil, Superman López sur le vélo

Le grand public vient de découvrir un nouvel « Escarabajo » (« Scarabée »)  en la personne de Miguel Ángel López. Le Colombien est le meilleur représentant de son pays sur le Tour de France 2020. Moins attendu qu’Egan Bernal et Nairo Quintana, « Superman López » a brillé sur ce Tour. Il a remporté l’étape reine au sommet du Col de la Loze et terminé sixième du classement général. Comme Clark Kent, Miguel Angel López a deux identités : Miguel Ángel López Moreno à l’état civil et Superman López lorsqu’il enfourche son vélo. Découvrez avec nous cet acteur atypique et très populaire du cyclisme mondial.

Aux origines de Superman

Certains coureurs sont des Mozart du vélo, on pense à Alejandro Valverde qui a commencé le cyclisme à six ans. D’autres s’y sont pris très tard, Primoz Roglic et ses débuts à 21 ans en attestent. Miguel Ángel López n’appartient à aucun de ces deux clans. Quatrième frère d’une fratrie de sept enfants, Miguel Ángel López est le fils de Marlén Moreno et Santiago López, deux paysans d’une finca de Boyacá. Il est né dans la ville de Pesca à plus de 2 600 mètres d’altitude et a commencé le vélo en pleine adolescence. D’abord, à 15 ans pour pouvoir étudier, puis, une fois l’enseignement secondaire achevé, à 17 ans, lors d’épreuves de Ciclomontanismo. C’est durant ces courses locales qu’il a impressionné celui qui allait devenir à la fois son premier manager mais également son beau-père, Rafael Acevedo, ancien coureur professionnel dans les années 1980.

Enfin, son surnom « Superman López » date de cette époque. En effet, Miguel Ángel est surnommé ainsi pour avoir empêché le vol de sa bicyclette par deux agresseurs armés. Poignardé  à deux reprises à la jambe droite, l’accident aurait pu lui coûter sa carrière.

VEMOS Y ESCUCHAMOS: EL BOYACENSE MIGUEL ANGEL LÓPEZ, CAMPEÓN DEL TOUR DE L'AVENIR.
Miguel Angel Lopez félicité par ses parents après son sacre lors de la Vuelta de la Juventud 2014. Photo : Vemos y Escuchamos 

Héros du Tour de l’Avenir comme Quintana et Chaves

Pourtant, Miguel Ángel López a connu une progression éclaire après l’accident. Lors de l’année 2014, il remporte le Tour de Colombie espoirs et le Tour de l’Avenir, dès sa première course européenne. López est le troisième Colombien à remporter l’épreuve en cinq ans.  Il marche sur les traces de Nairo Quintana et Esteban Chaves. À cette période, il ne fait plus aucun doute que les « Escarabajos » sont de retours au premier plan. Lucho Herrera et Fabio Parra, icônes des années 1980 tiennent leurs successeurs. « Superman » devient alors une véritable attraction dans son pays, la légende de l’agression commence à se répandre. C’est le Colombien du moment. Après le sacre historique de son ainé Quintana sur le Giro cette même année, toutes les équipes prospectent en Colombie. On s’arrache le nouveau Quintana et c’est l’équipe Astana qui annonce sa signature.

Une ascension linéaire malgré les blessures

Lors de sa première année chez les Kazakhs, en 2015, López veut trop bien faire. Ses entraînements le blessent au genou lors de la Volta a Catalunya. Il parvient cependant à remporter une étape de la Vuelta a Burgos pour sauver sa saison.

2016 et 2017 sont les années de la révélation pour « Superman ». Il remporte sa première grande course par étape, le Tour de Suisse ainsi que sa première classique Milano Torino. Sa victoire à Superga se situe en outre entre les deux autres grands coups durs de son début de carrière : d’une part, son abandon lors de sa première Vuelta (perte de trois dents), d’autre part, sa fracture du tibia à l’intersaison 2016-2017. Réparé, le Colombien obtient ses premiers fait d’armes sur un grand tour en remportant deux étapes de sa deuxième Vuelta. Dans l’esprit de Vinokourov, López a la stature pour succéder à Fabio Aru comme leader numéro un de l’équipe Astana.  On ne cherche d’ailleurs pas à remplacer le Sarde, parti chez UAE Team Emirates.

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Miguel Ángel López lors de sa chute sur la Vuelta 2016. Photo : Bettini Photo

De diamant à polir à leader unique

L’année 2018 marque un changement radical dans la vie de Superman. À 24 ans, il est chez Astana et est le père d’un petit Juan Carlos avec sa compagne Natalia Acevedo, depuis trois ans déjà. Désormais, il n’est plus le plus jeune coureur de l’équipe Astana. Le Kazakh Yevgeniy Gidich lui a pris ce statut. On attend davantage de lui et il aura toute une équipe à son service aussi bien sur le Giro que sur la Vuelta. Toutes les chances sont donc mises de son côté avec des gregari comme Luis León Sánchez, Pello Bilbao, Jan Hirt et Alexey Lutsenko.

Le natif de Pesca ne se rate pas. Mieux que ça, il crève l’écran. En terminant respectivement troisième du Giro derrière Chris Froome et Tom Dumoulin puis troisième de la Vuelta, battu par Simon Yates et Enric Mas, Miguel Ángel López obtient ses deux premiers podiums en grand tour. Il éclipse le temps d’une année Quintana dans le département de Boyacá. Pour la première fois de sa carrière, il fait de l’ombre à l’icône local. Ensuite, Superman profite de l’occasion pour surfer sur sa popularité. Il réalise un grand coup marketing en créant simultanément sa propre marque Sup3rLopez et sa cyclosportive, la Pedalada Sup3r López, à Sogamoso, le fief de sa belle-famille. Il n’est plus seulement un coureur cycliste, il entre dans la caste des personnalités publiques.

El tremendo entrenamiento de Miguel Ángel López en Boyacá
Superman López encouragé par les aficionados colombiens sur la Vuelta 2018. Photo : Bettini Photo

Une pression difficile à supporter

Cette renommée naissante se confirme en 2019 lors du Tour Colombia 2.1 et de la Volta a Catalunya. Superman est adulé aussi bien en Colombie qu’en Catalogne, il a le droit à son cortège de supporters courant à ses côtés, la cape au vent. La pression commence à l’atteindre.

Le reste de sa saison 2019, articulée autour des mêmes objectifs que la précédente, est marqué par la malchance, encore une fois. Son tempérament et son sang chaud marqueront les esprits au moins autant que ses performances sportives. En effet, Il termine d’abord sixième du Giro mais c’est son altercation avec un spectateur qui anime la Corsa Rosa. Sur la Vuelta, mécontent de sa cinquième place finale et désabusé après avoir été piégé sur chute par Movistar, il sort (encore) de ses gonds. López charge l’équipe espagnole et Valverde à chaud – et oui Superman est un coureur très spontané parfois sanguin : « Movistar court toujours de manière stupide, ces idiots. On connait leur manière de courir. […] Quel beau champion du monde nous avons !« 

Superman' López demuestra quien manda en la Volta
Un trophée sur mesure offert par la Volta a Catalunya pour son fils Miguel Jéronimo. Photo : EFE

La découverte du Tour

Miguel Ángel López a attaqué son premier Tour dans la peau d’un outsider arrivant dans une forme ascendante. Le Colombien, qui est peu à peu monté en puissance entre le Mont Ventoux Dénivelé Challenge et le Dauphiné, aurait pourtant pu tout perdre le premier jour. En effet, à Nice, López a eu la tête dure. Après un dérapage, il s’est mangé un panneau de signalisation dans une descente détrempée au moment où son équipe accélérait sans se soucier de la neutralisation de la course par les autres formations. Il a été moqué par une grande partie du peloton, il faut dire que l’arroseur avait été arrosé. Néanmoins, Superman ne s’est pas démobilisé. Au contraire, il s’est vite remis de ses émotions et a accompagné les meilleurs que ce soit à Orcières Merlette (6ème) ou au Grand Colombier (4ème).

López et la Loze, une évidence

López ne s’est pas contenté de suivre, c’est un adepte du cyclisme offensif. Cela s’est confirmé dans le Col de la Loze, un col long et irrégulier taillé pour lui il voltigeait à une altitude familière de 2300 mètres d’altitude. Roglic et Pogacar étaient impuissants face au grimpeur colombien. Au sommet, en larmes, conscient de la valeur de sa performance, il dédiait son succès à sa compagne et à ses enfants. Et oui, entre temps, le petit Miguel Jerónimo a vu le jour.

Tour de France : la 17e étape à Lopez, Roglic accroît son avance | Radio-Canada.ca
Le triomphe sur le toit du Tour 2020. López et la Loze, 4 lettres communes… c’était écrit. Photo : Benoît Tessier / AP

Au soir de l’étape reine du Tour, Superman était troisième du Tour. Tout semblait figé pour qu’il ait à son palmarès un podium sur les trois grands tours. Mais la Planche des Belles Filles, est passée par là. Miguel Ángel López, dans un jour sans (45ème à 6’17 » de la comète Pogacar), a offert sur un plateau sa place sur la boîte à Richie Porte. Il a même dégringolé à la sixième place puisque Landa et Mas lui sont aussi passés devant. En revanche, López promet déjà de revenir plus fort pour cette fois concrétiser son podium.

Et maintenant ?

Superman López n’a pas prévu de ranger son costume. Jusqu’à la fin de la saison, il sera sur tous les fronts. Si sa sélection aux Mondiaux d’Imola est on ne peut plus logique, sa participation au Giro plutot qu’à la Vuelta a de quoi surprendre. Miguel Ángel López devait viser le classement général en Espagne. Au lieu de cela, son équipe va l’envoyer travailler pour Jakob Fuglsang en Italie, seulement dix jours après la fin du Tour. Dans ces conditions, il lui sera impossible de rivaliser avec les Nibali, Yates et Thomas dans la Botte. Seule une victoire d’étape en plus du travail d’équipier parait envisageable. Cette victoire pourrait le faire entrer dans le cercle des vainqueurs d’étapes sur les trois grands tours.

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López regarde loin devant et aura toujours de grandes ambitions en 2021. Photo : Getty Images

Quid de 2021 ?

Du reste, Superman évoluera sous d’autres cieux en 2021.  Son départ de l’équipe Astana est acté, il a été confirmé par Alexandre Vinkourov. L’équipe kazakhe ne pourra plus satisfaire ses réclamations financières, son salaire de 1,5 million d’euros, selon L’Équipe, est trop important pour Astana.

Le 19ème coureur le mieux payé du peloton prendra donc la direction d’une nouvelle formation. Sa destination la plus probable est BORA hansgrohe bien qu’il y serait le seul coureur hispanophone. Mais d’autres équipes sont sur les rangs. Parmi celles-ci, Movistar, – les Espagnols ne sont pas rancuniers après l’épisode de la Vuelta 2019 et Trek Segafredo – qui ne semble plus fermée aux Colombiens malgré la blessure de Julian Aredondo, le contrôle positif de Jarlinson Pantano et le transfert avorté d’Ivan Sosa, ces dernières années. L’équipe AG2R La Mondiale serait même sur les rangs pour en faire le successeur de Bardet. En bref, le Colombien est très convoité et trouvera sans difficulté un point de chute. On n’a pas fini d’entendre parler de Superman López.

Crédit photo : AFP
Aymeric Peze

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