Cyclisme

Pavel Sivakov, bons baisers de Russie

Il a le nom d’un méchant espion russe dans James Bond et sera en mission en France dans quelques jours. Pas de panique, Pavel Sivakov ne compte rien faire exploser (si ce n’est la concurrence). Le jeune Russe sera le lieutenant d’Egan Bernal, dans sa quête d’un deuxième succès consécutif sur le Tour. Pavel 007, au service de sa Majesté. Mais face aux incertitudes régnant dans son équipe, notre James Bond en cuissard pourrait dégainer son arme sur les routes du Tour.

Un symbole du renouveau sportif d’Ineos

27 août 2017, Pavel Sivakov vient de remporter la dernière étape du Tour de l’Avenir en solitaire. Au terme de cette dernière, il remporte le maillot de meilleur grimpeur devant un certain Egan Bernal. Personne ne sait alors que leurs chemins vont très vite se recroiser. En effet, dès le lendemain, la Team Sky officialise l’arrivée du Franco-Russe. Ce transfert témoigne alors d’un changement important de la politique sportive de la formation britannique.

Fondée en  2010, la Team Sky avait pour ambition d’encadrer le développement de jeunes talents britanniques. Cette ambition sera alors matérialisée par les succès de Bradley Wiggins, Chris Froome et Geraint Thomas. Mais, après quelques échecs sur de jeunes talents anglophones, l’équipe de Dave Brailsford décide de chercher ses futurs cadors à l’international. Les jeunes pépites Bernal, Sivakov et Halvorsen ont signé en 2018. Enfin, en 2019, Ineos chipe le Colombien Ivan Sosa, futur crack du peloton mondial. Cette saison, c’est Carlos Rodriguez, jeune Espagnol de 19 ans considéré comme le plus bel espoir du cyclisme hispanique, qui a rejoint Ineos.

Pavel Sivakov et Egan Bernal incarnent le virage sportif pris par Ineos depuis quelques saisons.
Crédit photo : Getty Images

Seule l’arrivée de Tao Geoghegan Hart en 2017 semble rappeler les racines anglophones d’Ineos. Alors que le pourcentage de coureurs anglophones était d’au moins 50 % jusqu’en 2015, il tourne désormais depuis trois saisons autour des 30 %. Pour la première fois de l’histoire de l’équipe, seul un coureur britannique prendra le départ du Tour. Depuis 2010 et la première participation de l’équipe, il y avait au moins deux coureurs anglo-saxons au départ. Et les coureurs non-anglophones font partie des coureurs essentiels de l’équipe. On parle par exemple de Michal Kwiatkowski, vainqueur de Milan-San Remo, du Tour de Pologne, des Strade Bianche et de la Clasica San Sebastian sous les couleurs de la Sky ou d’Ineos. On peut également évoquer l’armada colombienne : Sergio Henao, vainqueur de Paris-Nice, évidemment Egan Bernal et Richard Carapaz mais aussi la pépite Ivan Sosa. L’équipe de Dave Brailsford mise sur de jeunes coureurs comme Bernal et Sivakov pour renouveler sa formation. La plupart des coureurs qui ont brillé ces dernières saisons ont pris leur retraite ou sont proches de la prendre.

Sur ce graphique, on voit en noir la proportion de coureurs anglophones, et en bleu la proportion de coureurs non-anglophones.

Les courses par étapes dans le viseur

À l’instar de son leader colombien, Pavel Sivakov est un très bon grimpeur avec une très bonne capacité de récupération. La saison dernière, le coureur de 23 ans avait terminé dans le Top 10 du classement général du Giro. Pour son deuxième Grand Tour, le grimpeur avait alors largement comblé sa hiérarchie : « Pavel dépasse les attentes, il était venu pour apprendre comment performer sur un Grand Tour et il termine dans les dix premiers » réagissait Dave Brailsford. Moins précoce qu’Egan Bernal, le Franco-Russe apprend tout de même très vite. Dès sa deuxième saison chez Ineos, le natif de Venise remporte le Tour des Alpes et le Tour de Pologne.

« Pavel dépasse les attentes. » Dave Brailsford

Bon rouleur, il est sans aucun doute l’un des futurs meilleurs grimpeurs-rouleurs, comme l’ont été ses coéquipiers Chris Froome et Geraint Thomas. Chez les jeunes, Pavel Sivakov a brillé sur les Classiques. Il a notamment remporté le Tour des Flandres Juniors sous les couleurs de la prestigieuse BMC Development. Mais le coureur d’Ineos a vite compris que ses qualités seraient bien plus intéressantes sur les courses par étapes. Depuis son arrivée dans l’équipe de Dave Brailsford, le coureur n’a participé qu’à 4 courses d’un jour (championnats nationaux et mondiaux exclus) contre 23 courses par étapes.

Sur le Tour des Alpes 2019, Pavel Sivakov a levé les bras pour la première fois sous les couleurs de la Sky.
Crédit photo : Team Sky

Sur la dernière étape du Critérium du Dauphiné, Pavel Sivakov a semblé avoir du mal à encaisser les changements de rythme. C’est pourtant ces changements qui sont décisifs sur les courses par étapes. Le Russe venait de tomber quelques kilomètres auparavant et se retrouvait au milieu d’une bataille tactique pour la victoire finale. Sa chute dans la descente de Saint-Gervais-les Bains peut montrer ses limites à suivre les meilleurs descendeurs du monde comme Julian Alaphilippe. Si Egan Bernal venait à ne pas retrouver son meilleur niveau, Pavel Sivakov pourrait alors avoir une plus grande liberté. S’il n’est pas largué au général, un Top 10 est dans ses cordes. S’il est trop tard pour jouer une place, il pourrait alors se muter en chasseur d’étapes comme lors de la dernière étape du Dauphiné.  

Le pompier Carapaz pour éteindre l’incendie

Comme chaque saison, le Critérium du Dauphiné a sonné comme la répétition générale avant la Grande Boucle. Impossible de tirer des conclusions définitives évidemment, mais force est de constater que Ineos est dans le brouillard. Pour la première fois depuis 2010, l’équipe de Dave Brailsford ne place aucun de ses coureurs dans le Top 10. Conséquence, ni Chris Froome ni Geraint Thomas ne seront au départ du Tour, une première depuis 2012. Le manager britannique a su faire un choix fort, en désignant explicitement Egan Bernal comme unique leader avant le départ. Néanmoins, la formation britannique arrive avec quelques incertitudes. L’abandon de leur leader sur le Critérium du Dauphiné sème le doute sur son véritable état de forme. Certes, les étapes décisives du Tour sont encore dans trois semaines mais le temps presse : « Ceux qui arriveront à 80% de leur forme sur le Dauphiné ne pourront pas combler les 20% jusqu’au départ de Nice » estime Thibaut Pinot.

Chris Froome ne sera pas au départ de la Grande Boucle pour la deuxième année consécutive.
Crédit photo : F. Faugère/L’Equipe

Derrière le tenant du titre, le pompier Richard Carapaz arrive à la rescousse pour éteindre l’incendie. Annoncé jusqu’alors sur le Giro, le Colombien de 27 ans ne défendra pas son titre sur les routes italiennes et sera un coéquipier de luxe pour son compatriote. Excellent grimpeur (1m70 pour 62 kilos), sa préparation était alors axée sur le Giro, prévu au mois d’octobre. La sélection du vainqueur du Giro 2019 n’était pas prévue et semble contrainte par les mauvaises performances de Froome et Thomas sur le Dauphiné.

Richard Carapaz participera à son premier Tour de France.
Crédit photo : Getty Images

En délicatesse sur le Tour de Burgos puis vainqueur d’étape sur le Tour de Pologne, sa condition peut poser question. Personne ne sait s’il pourra tenir son rang sur les trois semaines d’un Tour de France aussi exigeant. À ses côtés, le jeune Pavel Sivakov a montré de très bonnes choses sur la Route d’Occitanie et sur le Critérium du Dauphiné. Sur ces deux épreuves, il fut à chaque fois le dernier coéquipier de Bernal, cadenassant ainsi la course et mettant même à mal certains cadors. Alors, si Egan Bernal venait à flancher, le Franco-Russe aurait sûrement sa carte à jouer. Et à ce petit jeu, il se pourrait bien que Pavel fasse tout exploser. 

Crédit photo : Russ Ellis/Team Ineos
Matthieu Heyman

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