Football Ligue 1

La promenade des Anglais

« L’aigle, même s’il attrape des poules, reste toujours un aigle »,Valeriu Butulescu, écrivain roumain de renom. Pour sûr, Ineos aimerait bien que son aigle se défasse des poules d’une compétition européenne. Propriétaire du club depuis août 2019, le groupe pétrochimique britannique nourrit de grandes ambitions pour son rapace. À sa tête, la première fortune du Royaume, l’ingénieur Jim Ratcliffe. Rien à voir avec Daniel Radcliffe donc, même si on pourrait bien voir quelques tours de passe-passe en Côte d’Azur.

Peace N’ Lovés

Le projet d’Ineos est très simple, développer le club tant sportivement que commercialement. Le clan Ratcliffe est conscient du potentiel marketing du club et l’image de marque à développer. D’abord, l’atout géographique est évident. Nice, la mer, le charme azuréen, tout est fait pour s’y plaire. Derrière ça, des infrastructures ultra-modernes. L’Allianz Riviera a été inauguré en 2013, un centre d’entraînement et de formation flambant neuf depuis 2017. Ajoutez à cela l’image de l’aigle, roi du ciel, oiseau de Zeus et symbole de Jupiter. Plutôt stylé.

Mais loin de là l’idée d’Ineos de faire du club niçois une machine à gros sous. Le projet s’inscrit avant tout dans la continuité, celle d’un club aux dépenses contrôlées et privilégiant systématiquement le terrain au business. Football is football. Les britanniques n’en sont pas à leur coup d’essai, notamment avec le Lausanne-Sport. Leur expérience en Suisse a prouvé que ce n’est pas nécessairement à coup de millions qu’on bâtit un empire.

Bob Ratcliff, le frérot de Jim. Crédit : Le10sport.com

Dans cette logique, Ineos rime avec retour du duo Rivère-Fournier. Arrivé en 2011, le tandem relance une équipe morose et plumée financièrement. Le président a modernisé le club s’appuyant sur son bras droit pour maîtriser d’une main de fer les finances azuréennes. L’arrivée de la compagnie pétrochimique ne change pas la donne. Julien Fournier se tient à ses principes, lorsqu’un joueur signe au Gym, contrat de cinq ans et pas de transfert ni d’augmentation salariale avant deux ans. Le football est la priorité du club. Une logique de rigueur qui n’impose pas aux Aiglons d’être européens, ni de brader ses hommes en fin de mercato pour boucler les comptes.

Dans le nid niçois

La cellule de recrutement de l’OGC Nice est un vrai point fort du club. À sa tête, Morgan Boullier, au club depuis 2013. Le natif de Rennes a insufflé une dynamique ambitieuse et saine. La cellule n’a pas peur des paris, recrutant très jeune ou relançant des noms ronflants en quête d’un renouveau. Sans être dans une logique de trading, le club est capable de grosses plus-values, en témoigne les Seri, Dalbert et autres Plea.

Mais la direction l’affirme, le club refuse de céder ses meilleurs éléments. Les finances sont saines et vendre n’est en rien une obligation. Autre retour au club dans les valises de Rivère, celui de Serge Recordier. Après une saison passée chez le voisin monégasque, le recruteur revient amener son œil d’expert au Gym. Il est à l’origine de nombreuses réussites de l’OGC, notamment chez les latéraux avec Ricardo Pereira, Dalbert et Atal.

Dans cette valse des retours vous pouvez cocher un nouveau nom, celui de Manuel Pires. Il est de retour à la direction du centre de formation, fonction qu’il a occupée jusqu’en 2014. À ce niveau, le club a des progrès à faire. Pires va découvrir le nouveau complexe niçois mais promet des changements, une philosophie de jeu qui reste ambitieuse avec plus de rigueur dans le travail. Ces dernières années, le club s’est davantage focalisé sur la post-formation et la signature de premiers contrats pros pour des joueurs venant de grands centres de formation. Cette stratégie est payante tant sportivement que financièrement mais pose un problème, peu de Niçois sortent du centre ou sont vendus sans avoir leur chance.

« C’est dur d’être un aigle quand on vole avec des dindons… », auteur anonyme

L’effectif niçois est le plus jeune de Ligue 1 en 2019-2020, coaché par un entraîneur débutant. Et l’équipe a parfois bien des airs de novices sur le terrain. Tactiquement, le constat est pauvre. D’abord, une gestion de l’espace chaotique. L’équipe est coupée en deux. La défense a du mal à défendre haut et impose un bloc bas au collectif, or elle est souvent abandonnée par son milieu. En sentinelle, Cyprien est bien loin de profiter de ses qualités de box-to-box capable de se projeter rapidement vers l’avant à la récupération. Résultat, 38 buts encaissés alors même que Walter Benitez est le troisième gardien effectuant le plus d’arrêts en championnat. Si les Azuréens ont scoré à 41 reprises, ils le doivent à leur efficacité. En réalité, la possession est bien souvent stérile, la troisième équipe ayant le plus le ballon mais seulement la dixième en matière de tirs tentés.

Une cinquième place est un bon résultat comptable en trompe l’œil, tant le Gym a paru poussif. Néanmoins, la deuxième partie de saison a montré du mieux, en témoigne une seule défaite depuis décembre. D’abord, le repositionnement de Danilo en défense, dans un 3-5-2 élaboré par Patpat. Le Brésilien a apporté sa qualité technique et ses relances propres pour une transition vers l’avant plus rapide. Ce système permet un bloc équipe plus homogène avec l’apport des pistons et un milieu davantage équilibré. Repositionné dans l’axe, Alexis Claude-Maurice a pris en aisance, épaulant un Dolberg en manque de soutien. Testé en pointe basse, le jeune Kephren Thuram a livré de belles promesses.

De nouveaux venus

Le mercato a commencé fort en Côte d’Azur. Robson Bambu sera attendu en défense pour sa première expérience en Europe. Réputé pour son jeu aérien, il est aussi capable de casser des lignes de pressing à la relance et profite de sa lecture défensive pour couvrir la zone. Passé par de grands centres de formation, Flavius Daniliuc reste un espoir qui devrait prendre son temps pour se montrer. À gauche, Hassane Kamara a tout de la bonne pioche. Le latéral laisse une belle trace dans la Marne. Sa polyvalence et son gros volume de jeu lui permettent autant d’évoluer en 4-3-3 que piston dans un système à trois centraux.

Au milieu, le poids du nom préféré de Didier Deschamps épaulera la défense. Il peut jouer sentinelle en mode rampe de lancement grâce à son bon jeu long ou dans un double-pivot pour soulager son partenaire à la récup. À voir tout de même sa forme après deux saisons quasi blanches et une opération au ménisque. Enfin, Gouiri aura sa chance en pro. Il ressemble au suppléant parfait pour Dolberg. Sa qualité technique lui permet de décrocher pour amener le jeu à lui quand Kasper est fantomatique lorsqu’il n’est pas servi.

Du niçois dans le texte, malin, osé et peu de risque financier.

Vous pouvez ajouter à cela les arrivées récentes de Jordan Lotomba et Rony Lopes. Le premier cité arrive des Young Boys pour 6 briques. Il vient de réaliser une très belle saison et peut jouer latéral droit mais aussi évoluer dans le couloir opposé. L’autre arrivant est un habitué de la Ligue 1 et va sans doute faire des heureux chez les matrixés de MPG. Il signe sous prêt avec OA de 20 millions.

Ineos vient de lancer son premier Véhicule Utilitaire Léger, le Grenadier. Si Nice veut rouler sur la Ligue 1, il faudra s’armer de patience et les Aiglons le savent. Patoche a créé une belle cohésion de groupe mais est trop limité tactiquement, pour le moment. Finissons avec une ultime citation, pour SCH « le temps est l’unité monétaire qui régit notre monde », plus que l’argent. On dirait bien que le rappeur d’Aubagne est plus écouté à Nice qu’à Marseille.

Crédit photo : Libération
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