Cyclisme

Le cyclisme espoir, grand perdant du confinement ?

Le mois d’août marque le retour du cyclisme professionnel et espoir après plus de quatre mois d’interruption suite à la pandémie de Covid-19. Durant cette période, aucune compétition et donc aucune occasion pour les espoirs de briller en vue de rejoindre l’élite. Edouard Bonnefoix, espoir au sein de l’UC Monaco nous explique la situation.

Des annulations en cascade

Au début de cette saison 2020, Edouard Bonnefoix nourrissait de belles ambitions. Le cycliste de 23 ans avait affirmé en février dernier son objectif : devenir professionnel. Mais tout ne s’est pas passé comme prévu. En effet, l’interruption de toutes les courses entre mars et août pose un véritable problème pour le coureur de la formation monégasque : « Quasiment toutes les courses UCI espoirs ont été annulées et pour tous ceux désireux de passer pro c’était les principaux tremplins ». Dernier exemple en date, le Tour de l’Avenir : les organisateurs de cette épreuve, prévue à la mi-août, ont estimé qu’il était « complexe d’assurer scrupuleusement le processus de précaution sanitaire. » Il s’agit pourtant d’une des courses espoirs les plus prestigieuses, qui compte parmi ses derniers lauréats des pointures du peloton professionnel comme Nairo Quintana et Egan Bernal.

La solution du redoublement

Ces annulations de course en cascade posent un problème éminent pour les coureurs en dernière année chez les espoirs. Pour ces cyclistes, il s’agit de la saison du tout ou rien. Soit ils rejoignent une équipe professionnelle, soit leur projet tombe à l’eau. Malgré ce marasme, Edouard Bonnefoix garde la foi : « Je ne pense pas que tout cela réduise mes chances de passer pro car la situation est la même pour tout le monde ». Ce dernier ne perd pas espoir et rappelle tout de même que certaines équipes françaises prennent des stagiaires. C’est le cas par exemple du prometteur Kévin Vauquelin, 19 ans, qui rejoint en tant que stagiaire la formation Arkéa-Samsic.

Toutefois, Edouard Bonnefoix est déçu de ne pas avoir pu prendre le départ de courses intéressantes : « Je devais aller courir en Pologne, en Tunisie, en Espagne et en Italie. C’était une belle occasion de briller donc ça fout les boules ne pas avoir pu honorer ce beau programme. »

Edouard Bonnefoix sous ses nouvelles couleurs. Crédit photo : Alps bike cycling team

Pour venir en aide à ces Espoirs, l’UCI (Union Cycliste Internationale) est en pleine réflexion. L’idée d’un redoublement des catégories Juniors et Espoirs est sur la table et est soutenue par les principaux concernés. C’est Davide Cassani, directeur technique italien, qui est à l’initiative de cette réforme, estimant qu’il ne fallait pas « enlever les rêves de ces jeunes ». « Ils ne peuvent pas voir leurs ambitions s’évanouir à cause d’un satané virus. Nous ne pouvons pas voler à nos jeunes une des rares choses qu’ils peuvent encore se permettre » estime l’Italien.

Edouard Bonnefoix est partisan au gel des catégories estimant « qu’un bout de saison ne serait pas représentatif ». Pierre-Yves Chatelon, sélectionneur de l’Équipe de France Espoirs, est aussi favorable à ce redoublement généralisé : « Les Espoirs 4 qui ont tardé à confirmer ou qui ont fait des études jusqu’à récemment sont lésés par la situation actuelle. Ceux qui veulent décrocher un contrat pro n’ont pas la possibilité de prouver quoi que ce soit. »

L’UCI pourrait autoriser les natifs de 1998 à rester en Espoirs.

La pandémie de Covid-19 a aussi bouleversé les budgets des équipes professionnelles. Durant le confinement, beaucoup ont pointé du doigt la fragilité du modèle économique du cyclisme. La disparition de la CCC en est l’exemple le plus criant. Toutefois, Edouard Bonnefoix n’est pas inquiet sur ce point là : « Cela ne me touche pas forcément. Beaucoup d’équipes ont retrouvé des sponsors. Les sponsors ont décidé d’étaler les frais sur plusieurs années. De plus, les équipes que je vise n’ont pas de gros budgets donc ce n’est pas trop grave. Les équipes les plus touchées sont les World Tour et je n’ai pas la prétention de rejoindre l’une d’entre elles. Il y a peu de risques que je sois lésé. »

En juillet, Edouard Bonnefoix a préparé la reprise de la saison avec un stage en altitude pendant 18 jours. Au même titre que les professionnels, les Espoirs reprennent la compétition au début du mois d’août. Le coureur de l’UC Monaco a remis son premier dossard post-confinement dans le Var au Grand-Prix de Bras. Cette course de reprise a attiré beaucoup de monde dont de nombreuses DN1. Le coureur de 22 ans a terminé à la 8ème place. « Ce ne sont pas des courses qui font rêver mais on prend ce qu’il y a car d’un jour à l’autre tout peut s’annuler. Ça m’a fait plaisir d’être devant et de jouer la gagne, d’autant que j’ai aidé mon sprinteur Adam Karl à finir 2ème. »

Edouard Bonnefoix est satisfait de sa 8ème place pour sa reprise.
Crédit photo : William Cannarella

Pour la suite, Edouard Bonnefoix est perplexe : « L’équipe a gardé contact avec beaucoup d’organisateurs, on devait avoir un beau programme en Italie. Mais tout a été réannulé donc on se retrouve avec un programme très léger. » Le coureur originaire de Saint-Étienne devrait participer à des courses élites en Italie mi-août puis à la Vuelta Valencia en Espagne en septembre : « Chaque course sera une occasion de se montrer donc il faudra être performant à chaque fois. » Avec toujours en tête ce rêve de signer un contrat professionnel dans quelques mois…

Crédit photo : William Cannarella
Matthieu Heyman

 

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