Cyclisme

Les Strade Bianche, un Monument en devenir ?

Alors qu’une partie du peloton professionnel a fait sa reprise sur le Tour de Burgos, d’autres coureurs ont choisi les Strade Bianche pour effectuer leur reprise. Première classique World Tour post-confinement, cette classique italienne s’est imposée au fil des années comme une course incontournable du calendrier classique. Au point de devenir un Monument au côté de Milan-San Remo, du Tour des Flandres, de Paris-Roubaix, de Liège-Bastogne-Liège, et du Tour de Lombardie ? Décryptage.

Un parcours digne des Monuments

Pour faire d’une course un Monument, il est indispensable d’avoir un parcours alléchant, avec des passages emblématiques. Par exemple, Milan-San Remo a ses mythiques Capo, des petites côtes destinées à faire une sélection parmi les sprinteurs alors que Paris-Roubaix peut compter sur ses secteurs pavés historiques, connus de tous. De leur côté, les Strade Bianche présentent un parcours très particulier. En effet, les 184 kilomètres que comptent le tracé autour de la ville de Sienne sont composés de 63 kilomètres de secteurs de routes blanches, non asphaltés, appelées sterrati. Ces chemins sont la marque de fabrique de la course italienne et font sa difficulté. De même que les nombreuses côtes, dont le mur de la Via Santa Caterina aux pourcentages dépassant les 15 %. Parlez en à Wout Van Aert, incapable de l’escalader il y a deux ans sans mettre pied à terre !

Tous ces éléments font des Strade Bianche une course unique et très hasardeuse. Habituellement programmée au début du mois de mars, le scénario des Strade Bianche peut être chamboulé par une météo capricieuse, comme ce fut le cas en 2018. Ainsi, les Strade Bianche ont toutes les caractéristiques géographiques pour être considérées comme une classique grâce à son côté unique. Sur un format plus réduit que les autres Classiques, la course n’en est pas moins plus facile car les temps morts y sont rares et on se retrouve avec une course de mouvement même à plusieurs dizaines de kilomètres de l’arrivée. Il s’agit sûrement d’une des dernières courses à offrir un parcours et des scénarios à l’ancienne.

L’édition 2018 avait été marquée par des conditions météo dantesques.
Crédit photo : Kramon

C’est ce côté unique et extrêmement motivant qui permet aux organisateurs de pouvoir compter sur un plateau prestigieux et varié chaque saison. Des chasseurs de classiques aux coureurs de Grands Tours en passant même par certains sprinteurs comme Fernando Gaviria (2 participations), les Strade Bianche rivalisent largement avec les autres Monuments sur la qualité de la startlist.

Seuls les Strade Bianche offrent ce type de difficulté
Crédit photo : AFP/Archives/Marco BERTORELLO

Une startlist cinq étoiles

Chaque année, du beau monde se présente en Toscane et 2020 ne fera pas exception. Peter Sagan, Julian Alaphilippe, Mathieu Van der Poel, Wout van Aert, Philippe Gilbert ou encore Jakob Fuglsang seront de la partie. Et depuis quelques années ce sont les meilleurs puncheurs qui se disputent la victoire. La saison dernière a par exemple vu Julian Alaphilippe s’imposer. Fabian Cancellara a levé les bras à trois reprises, un record, alors que le champion du monde 2014 Michal Kwiatkowski s’y est imposé deux fois. Philippe Gilbert, Tiesj Benoot ou encore Zdenek Stybar ont eux aussi déjà inscrit leur nom au palmarès ces dernières saisons.

Cette année, difficile de dégager un favori car il s’agit d’une reprise pour l’ensemble du peloton après 5 mois sans compétition. L’armada Deceuninck-Quick Step avec Bob Jungels, Julian Alaphilippe et Zdenek Stybar jouera un rôle essentiel. En face, Wout van Aert, troisième sur les deux dernières éditions, a annoncé qu’il visait la victoire. Ineos jouera la carte Kwiatkowski accompagné de Gianni Moscon, alors qu’AG2R misera sur le Belge Oliver Naesen.

Tenant du titre, Julian Alaphilippe pourra compter sur Zdenek Stybar.
Crédit photo : AFP/Marco Bertorello

En général, tout ce beau monde prend le départ dans l’optique de préparer la campagne des Classiques qui suit dans les semaines suivantes. Milan-San Remo a lieu dans une semaine et les Strade Bianche permettront de regoûter au rythme de la compétition une semaine avant la Primavera. Néanmoins, la classique italienne s’inscrit de plus en plus comme un objectif majeur pour de nombreux coureurs et non plus comme une course de préparation en vue des autres classiques à venir. Sur ce point là, les Strade Bianche voient leur crédibilité monter en flèche face aux autres Monuments. Le palmarès comporte de très beaux noms, mais la liste n’est pas très longue et c’est bien là le hic…

Une histoire très pauvre

En effet, les Strade Bianche sont une course très récente. La première édition a eu lieu en 2007, et n’a intégré le calendrier World Tour qu’en 2017. Mais la course a eu le droit à une exposition importante en 2010. En effet, le Tour d’Italie, organisé par RCS Sport comme les Strade, a emprunté les fameux sterrati lors de la 7ème étape. Cette étape a marqué les esprits de par les conditions climatiques chaotiques. Beaucoup considèrent encore cette étape comme l’une des plus exigeantes de l’histoire du Giro. Cela a permis de mettre en lumière le parcours très particulier de cette classique, entre monts et chemins de cailloux.

Lors du Giro 2010, Cadel Evans et Alexandre Vinokourov avaient terminé sur le podium de cette étape mythique.
Crédit photo : AFP

Originellement organisée en octobre sous le nom d’Eroica Strade Bianche, la course italienne a eu du mal à trouver sa place tant au niveau du calendrier que du parcours. Et c’est bien son histoire qui différencie la classique italienne des autres Monuments. En effet, tous les Monuments ont une histoire au moins centenaire. Mais dans un pays de culture vélo comme l’Italie et avec le soutien de l’UCI, il ne manque que du temps pour faire de cette classique un Monument du cyclisme.

Matthieu Heyman
Crédit photo : Gruber Images

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