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8 ans de gloire en Bavière

Les saisons se suivent et se ressemblent du côté de l’Allemagne. De nouveau sacré champion, le Bayern Munich a récemment raflé son 8ème titre consécutif en Bundesliga. Le 30ème de l’histoire du club, plus que jamais Rekordmeister. Alors que la course au titre semblait plus serrée que jamais, les hommes d’Hansi Flick ont assommé la concurrence dès le restart et écrit une page de plus dans l’histoire du club. Un titre complété par leur récente victoire en Coupe d’Allemagne, signe d’une domination écrasante. L’occasion pour nous de revenir sur ces 8 années de titres, de joie, et de douches à la bière !

Covid-19 oblige pas de douche à la bière cette saison, dommage…Crédit AFP

On arrête plus le Bayern. Après un début de saison poussif sous les ordres de Niko Kovac, on pouvait penser retrouver un peu de fraicheur dans le nom du champion d’Allemagne. Mais c’était sans compter sur l’arrivée de l’adjoint Hans-Dieter Flick sur le banc bavarois. Parachuté numéro 1 début novembre, il a redonné un grand bol d’oxygène aux joueurs et aux supporters et permis au plus grand club d’Allemagne d’assoir encore un peu plus sa suprématie. Pressing haut, maîtrise totale du ballon, gestion impeccable du vestiaire, 4-2-3-1 parfaitement maîtrisé, « Hansi » a rapidement mis tout le monde d’accord.

Fini la possession stérile et le pressing apathique. Le Bayern a repris le contrôle du jeu, s’est remis à presser, à courir et à faire circuler le ballon. Le CIES note d’ailleurs que le Bayern de Flick est l’équipe qui fait parcourir le plus de distance au ballon en Europe devant Manchester City. Révélateur d’un mouvement retrouvé. On peut le dire, le club bavarois est redevenu cet ogre craint aux quatre coins de l’Europe.

Les stats parlent d’ailleurs d’elles-mêmes : plus de buts marqués (3,2 contre 2,5 sous Kovac), beaucoup moins de buts encaissés (0,7 contre 1,6) et plus de points pris par match (2,5 contre 1,8). Réussite totale. Ajoutez à cela un Lewandowski plus chirurgical que jamais (34 buts) et un Thomas Müller régénéré (21 passes décisives) et vous (ré)obtenez un rouleau compresseur inarrêtable. Ce Bayern-là n’a même pas été coupé dans son élan par le Covid-19. Au contraire, 10 matchs, 10 victoires après le restart. Un 8ème titre consécutif qui marque une domination sans partage.

 

8 années au sommet

Cette hégémonie dure sans discontinuer depuis huit années maintenant. Ne nous trompons pas, le Bayern est un monstre Allemand depuis bien longtemps. Mais jamais dans son histoire il n’avait exercé une telle domination pendant une période aussi longue. Une série qui commence donc lors de la saison 2012/2013. Cette année-là, le Bayern sort d’une saison à la Poulidor : deuxième de Bundesliga, finaliste de Ligue des Champions (face à Chelsea) et finaliste de la coupe d’Allemagne.

Le sauveur habituel, Jupp Heynckes, avait repris le club à l’été 2011 et avait réussi à ramener de la stabilité à la Sabener Strasse alors que le club alternait le très bon et le décevant. Mais dès le début de la saison 2012/2013, Don Jupp fait mieux que remettre le club sur les rails. Une année sous forme de boulet de canon. Un titre en Bundesliga, une coupe d’Allemagne et une Ligue des champions plus tard, le Bayern est devenu Super Bayern. 91 points marqués, 25 d’avance sur le second, 29 victoires, une seule défaite, 18 petits buts encaissés et 21 clean sheets, les hommes en rouges font tomber les records. Ajoutez à cela des cartons en LDC (7-0 cumulé face au Barça) et ce titre qui les fuyait depuis 12 ans et vous obtenez une saison parfaite. Ces hommes-là ne sont pas près de lâcher les sommets.

Un sauveur, un Kayser et une coupe d’Allemagne. Crédit photo : Sofoot

Une réussite qui attire celui qu’on considère déjà comme le meilleur entraîneur du monde : Pep Guardiola. En quête d’un nouveau challenge le catalan débarque en Bavière pour prouver qu’il peut tout gagner ailleurs qu’au Barça. Pep ne renie pas ses principes, impose son style si connu au Bayern tout en s’adaptant aux spécificités du championnat.  Contrairement à ce que certains pouvaient penser, Guardiola est loin d’être dogmatique. Il prend des cours intensifs d’allemand, s’adapte à l’ADN du club et plus que jamais, fait évoluer son système. Cinq, quatre ou même 2 deux défenseurs annoncés, le schéma évolue sans cesse pour s’adapter au mieux aux joueurs à disposition. Neuer en onzième joueur de champs, des ailiers explosifs et un Lahm régulateur, les joueurs sont mis dans les meilleures conditions. Et ça marche.

Coté résultats, dès la première saison, le Rekordmeister écrase toute concurrence et entérine le titre dès le mois de mars, une première. 90 points dans la musette, une coupe d’Allemagne supplémentaire, une coupe du monde des clubs et une Supercoupe d’Europe. Seule la Ligue des Champions échappe aux bavarois, privés de finale par un Real au sommet. Un début en fanfare pour Pep.

Adoubé par le vestiaire, ses joueurs n’hésitent pas à en dire le plus grand bien comme Xabi Alonso cette année-là : « Pep est en avance sur son temps. Il est très exigeant avec lui-même et avec ses joueurs, mais une fois que vous avez compris son style, cela devient la façon dont vous aimez jouer ». Habile. Le Catalan réalise deux saisons supplémentaires en Bavière et glane deux championnats, et une Coupe d’Allemagne. Il partira à la fin de la saison 2015/2016 portant un bilan national remarquable mais sans avoir pu remporter la Ligue des Champions.

La régression avant la renaissance

Pour succéder à Guardiola, la direction veut un poids lourd. Elle le trouve en la personne de Carlo Ancelotti. On ne présente plus le Mister italien. Discret, charismatique, le bonhomme a tout gagné. Comme le dit si bien Mourinho : « tout le monde dans le football admire Ancelotti ». Mais le passage de l’Italien en Bavière ne se passe pas tout à fait comme prévu. Certes les Bavarois raflent un nouveau titre en Bundesliga, mais l’équipe peine à convaincre réellement sur le terrain.

Un arrêt en quart de finale en Champions League et une triste demi-finale de Coupe d’Allemagne plus tard : Ancelotti est déjà menacé. Mais au delà du bilan comptable, qui reste acceptable, le Mister est lâché par son vestiaire. Ribery, Boateng, Hummels et consorts ne comprennent pas ce que veut mettre en place leur coach et lui reprochent la faiblesse des entraînements. Arjen Robben ira même jusqu’à déclarer : « Il y avait des meilleurs entraînements en U12 dans l’équipe de mon fils… » Aïe. Le début de saison suivant est poussif et Ancelotti sera limogé après la défaite du club face au PSG en Ligue des Champions.

Malgré des stats plutôt flatteuses (42 victoires, 9 matchs nuls et 9 défaites en 60 matchs) l’Italien n’aura pas réussi à entamer le changement de cycle entraîné par les départs de Philipp Lahm ou de Bastian Schweinsteiger un peu plus tôt. Le Mister aura malheureusement incarné un Bayern champion sans convaincre, stérile dans son jeu et en quête de renouvellement profond. Un renouvellement difficile à déceler dans les transferts du club. Le Bayern compte ses dépenses et son plus gros transfert se nomme Corentin Tolisso. Bien, mais compliqué de construire le renouveau du Rekordmeister à lui tout seul.

Un passage compliqué pour le grand Carlo.  Crédit AFP

Après un cour intérim du Français Willy Sagnol, un nouveau coach reprend la main. Il est Croate et ancien de la maison : il s’appelle Niko Kovac. Un profil moins huppé que les précédents coachs bavarois, mais la discipline de ses vestiaires et son organisation tactique millimétrée séduisent les dirigeants qui veulent lui faire confiance pour incarner le nouveau Bayern. Encore une fois pari raté. Kovac prend la continuité d’Ancelotti dans la médiocrité. Possession stérile, vestiaire toujours aussi compliqué à gérer, cadres en grande souffrance (Müller en est l’exemple parfait), le Croate ne marque pas le renouvellement attendu.

Malgré les critiques le Bayern est toujours sans rival sur le plan national et finit la saison en remportant une BuLi et une Coupe d’Allemagne supplémentaire. Une domination qui tient de plus en plus au manque de régularité criant de ses concurrents. Dortmund, Leipzig et consorts peuvent s’en mordre les doigts. Coté européen le Bayern régresse et sort dès les huitièmes de finale, éliminé par un grand Liverpool FC. Une année qui ne résout rien des problèmes de fond du club auxquels viennent s’ajouter le départ du duo iconique que formait Arjen Robben et Franck Ribery.

L’ère Robbery

Difficile de revenir sur les 8 derniers titres du Bayern sans parler du duo magistral que formait Franck Ribery et Arjen Robben. Partis l’été dernier comme 2 légendes, le Français et le Hollandais ont longtemps été considérés comme le meilleure duo d’ailiers du monde, et à juste titre. Respectivement arrivés en 2007 et en 2009, ils se sont rapidement imposés comme incontournables à leur poste et leur complémentarité a vite crevé l’écran. En témoignent leurs statistiques impressionnantes au club : 124 buts et 182 passes décisives en 425 matchs pour Kaiser Franck contre 144 buts et 101 passes décisives en 309 matchs pour Robben. Le tout auréolé d’un palmarès incroyable.

Robbery et leurs stats de génie.    Crédit : BeinSport

Mais Rib und Rob auront marqué le club bien au-delà de leurs stats. Avec leur association, c’est l’ensemble du jeu du Bayern qu’ils ont fait évoluer. Exit 4-4-2 et autre 3-5-2 historique, place au 4-3-3 leur permettant d’exprimer au mieux leurs capacités d’ailiers « faux pied ». Ribery le droitier à gauche et Robben le gaucher à droite. Un système parfaitement adapté aux percussions et aux retours dans l’axe des deux compères. Robben en aura même fait sa spéciale. Un geste devenu prévisible mais toujours réalisé à la perfection, laissant ses adversaires récupérer le ballon au fond des filets.

Se trouvant les yeux fermés, le duo Robbery aura laissé une trace indélébile au Bayern Munich et aura été un des grands artisans des titres glanés par les bavarois ces dernières années. Leur départ en 2019 marque une très lourde perte à la Sabener Strasse. Qui plus est quand on sait que le club peine déjà à enclencher un nouveau cycle.

Hansi Flick à redonner de l’appétit au Bayern.                                  Crédit : AFP/ Kai Pfaffenbach

Vous l’aurez compris, rien en début de saison dernière ne laissait présager un Bayern au sommet de son art. L’entame du championnat ne fait d’ailleurs pas mentir les pronostics puisque Kovac et ses joueurs peinent à démarrer. On retrouve alors le même Bayern, en manque d’idées et de solutions. Une défaite 5-1 face à l’Eintracht Francfort aura finalement raison du coach Croate. Auf Wiedersehen Niko.

La suite, on commence à la connaître. Hansi le sauveur arrive sur le banc bavarois et comme par magie le Rekordmeister respire un grand coup. Une bouffée d’oxygène qui leur permet d’accrocher un nouveau doublé national et cette fois si avec la manière. Plus que ça, le Bayern peut plus que jamais espérer retrouver les sommets européens en remportant la Ligue des Champions. Elle qui leur échappe depuis 7 ans. On peut le dire, ce Bayern là est Kolossal.

Crédit photo à la une : A.Hassenstein / Getty Images
Marius JOLY

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