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Sportives de demain #1 – Maëlys Jouault : surfer la vague de la simplicité

Tiens et si on regardait vers l’avenir ? Aujourd’hui, Les Olympistes vous proposent une toute nouvelle série, « Sportives de demain » ; l’occasion pour nous, de partir à la découverte de ces jeunes femmes qui feront le sport français dans les années à venir et de comprendre, aussi, leur place dans le système sportif actuel. Aujourd’hui, on vous emmène surfer dans les vagues de Maëlys Jouault, le jeune talent breton du surf français. Promis, pas de chutes en perspective, seulement quelques mots et un portrait, tout en simplicité.

Chacun d’entre nous a forcément une passion. Si non, alors c’est que vous ne l’avez peut-être pas encore découverte. Peu importe, cette chose-là elle nous anime et nous transcende, quelle qu’elle soit. Et bien, selon le théorème de Maëlys Jouault, cette passion c’est le surf. Elle n’a pas encore 18 ans, pourtant son talent parle pour elle. Même si avant d’être une athlète, c’est avant tout une passionnée. Sa recette ? Mettez de côté grandiloquence, discours pompeux et phrases toutes faites. Ajoutez simplement beaucoup de spontanéité et une (grande) dose de bonne humeur. Détails.

Enfant de Bretagne

Ah la Bretagne ! Ravalez vos clichés, puisque croyez-le ou non, c’est là-bas que notre surfeuse a fait ses débuts. Autour d’elle, le surf est loin d’être la sacro-sainte « histoire de famille » que tant de sportifs sont ravis de vendre. Au contraire, tout est made in Maëlys. « Quand j’étais petite, je m’amusais à faire du bodyboard et à me mettre debout. Et c’est parti comme ça. » À 6 ans, elle débute le surf puis tout s’enchaîne : à 12 ans, elle fait déjà partie du Pôle Espoir à La Torche (Bretagne), 2 ans lors desquels elle se perfectionne, puis se décide à « postuler au Pôle France. »

© Instagram maelys_jouault

Depuis 3 ans, la jeune fille est donc membre de la prestigieuse institution qu’est le Pôle France. Situé à Biarritz, il accueillait cette année 8 jeunes surfeurs qui ont intégré ses rangs sur dossier ou sélection ; « Mais généralement quand tu poses ton dossier, on voit qui tu es. Tu n’arrives pas en touriste. » Tous ont du talent et doivent mener à bien le double-projet si important dans tous les Pôles France. La bretonne rentre en terminale cette année et confie avoir grandi grâce à ces deux expériences « La première année j’ai un peu galéré ; mais maintenant c’est ma vie. »

Alors parlons peu, parlons bien, même si stats et résultats ne sont pas toujours des révélateurs de talent, Maëlys Jouault a su faire parler d’elle à plusieurs reprises. En 2017, elle remporte le Pro Junior à Biscarosse. « Les Pro Junior c’est ce qui te fait intégrer les tours pro et c’est de 0 à 18 ans, il n’y a pas de catégories. C’est ça qui m’a fait rentrée au Pôle. » D’autres bons résultats en championnats de France (Hossegor, 2019) et deux championnats du monde plus tard (25ème), la Costarmoricaine possède déjà un bagage bien rempli.

Travail + passion = succès

Elle n’a pas hésité une seconde à nous avouer : « le surf représente ma vie. » Loin d’être un cliché, c’est en fait, une réalité, parce que « quand je prends ma planche, c’est comme si j’allais au boulot. » Alors vous, vous n’avez peut-être aucune idée de ce que le surf procure comme sensation, mais pour elle, c’est simplement « la liberté. » La native des Côtes d’Armor aime son sport par dessus tout…et sa région également parce que oui, oui, « il y a pleins de spots aussi en Bretagne. C’est peut-être même un peu mieux chez moi. Au niveau structure d’entraînement, c’est mieux à Biarritz. » 

Sa vie, elle la passe désormais à sillonner les vagues du monde entier. Voyages, déplacements, compétitions, tout est rythmé en fonction du surf chez Maëlys. « Je m’entraîne tous les jours, tous les après-midi. » Le surf est, en effet, l’un de ces sports dans lesquels il faut des années de travail pour parvenir au geste parfait (si tenté qu’il puisse exister), il faut donc « beaucoup de technique, de l’équilibre, et puis il faut être assez solide sur ses appuis. » Sans oublier quelques heures de préparation mentale, de la natation ou du skateboard pour la gestuelle.

Être passionnée c’est bien, mais sa réussite elle la doit aussi aux fameux sacrifices, si compliqués parfois quand on est encore une adolescente. « Quand tu pars comme ça, tu sais que tu vas faire une croix entre guillemets sur tes potes, sur ta vie en soit, tes frères, tes parents, tes soirées, tes sorties,… Des fois c’est un peu dur […] tu as envie de dire oui mais en fait non, j’ai entraînement. » Assurément pas une partie de plaisir donc, mais une nécessité pour faire la différence au plus haut niveau.

La tête sur les épaules

Même jeune, la bretonne fait preuve d’une maturité évidente. Conséquence d’un départ si jeune loin de sa famille ou simple force de caractère ? Le surf est un sport qui coûte très cher, il est donc propice à l’association avec des sponsors et c’est une manière pour elle, de pouvoir aider ses parents.  Sur ce phénomène d’actualité, sa réaction est sans appel, « Des fois on a des sponsors, qui te demandent de mettre si ou ça sur Instagram. Moi ça me gonfle, franchement je ne ferai pas de surf je n’aurai pas Instagram. » Une réalité qui en cache d’autres, bien moins drôles en revanche.

« Le premier mec a gagné 900 euros et la première fille, elle a du gagner environ 200 euros. »

Aimer son sport, ça ne veut pas dire oublier qu’il existe des fléaux bien encrés. Sport ultra sexualisé depuis des années, dans lequel on est plus un sex-symbol qu’une athlète, le surf n’a pas évolué sur ces questions. Maëlys y a vite été confronté « Quand on te dit pour avoir ton sponsor, il faut que tu montres ton cul sur les réseaux, moi je dis non merci. » Regrettable qu’en 2020 on en soit toujours là mais passons. Le fait est que c’est aussi un sport dans lequel les femmes sont en large minorité et le pas à franchir pour l’équité homme/femme est grand : « Une fois, on a fait une Coupe de France […], et sur ce genre de compétition, tu gagnes un peu de sous ; le premier mec a gagné 900 euros et la première fille, elle a du gagner environ 200 euros. »

Et des rêves plein la tête

La suite alors ? « Je pense prendre une année sabbatique (après la terminale ndlr). Je me donne 2/3 ans pour essayer d’accéder au tour pro. » De l’ambition, évidemment. On ne peut s’empêcher de penser déjà aux Jeux Olympiques de Paris 2024, ce serait le rêve d’une vie. « On travaille pour, mais c’est dans longtemps, tu ne sais pas ce qui peut arriver entre temps. Mais oui, on est dans cet objectif là, on l’a dans la ligne. Rien que d’y participer ça serait énorme. » Elle qui, il y a quelques mois, est partie en stage à Hawaï avec le Pôle aurait alors l’occasion de surfer les vagues de Tahiti, endroit préféré aux plages de Biarritz ou d’Hossegor, par le comité d’organisation.

Ses rêves à elle n’auraient finalement pas été possibles sans le soutien sans faille que lui apporte sa famille. Un moteur au quotidien pour la jeune fille, qui s’estime heureuse et sait à quel point eux aussi, chaque jour, font des sacrifices, pour qu’elle puisse réussir. « Sans eux, je ne serai pas là. » Enfin, quelques mots pour ceux qui veulent commencer à côtoyer les vagues : « ceux qui aiment la mer, c’est le kiff parce que tu es en contact avec la nature. Moi ça me donne envie de me dépasser, mais bon parce qu’aussi on est arrivé à un stade où il faut. » Et on lui laisse le mot de la fin, probablement le meilleur des conseils « prendre du plaisir surtout. »

Justine ROY

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