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Alain Bernard : « Mon rêve le plus fou était en train de se réaliser »

Après Benoit Peschier, champion olympique de kayak en 2004, c’est au tour d’Alain Bernard, double champion olympique de natation, de nous partager ses souvenirs. Avec quatre médailles olympiques dont deux breloques en or, le nageur d’Antibes possède un des plus beaux palmarès français aux JO. Le temps d’une interview, Alain Bernard revient, avec les Olympistes, sur ses fabuleux parcours olympiques de Pékin et de Londres.

Lorsque vous arrivez pour les JO de Pékin en 2008, quel est votre état de forme ? Et quels sont vos objectifs pour ces Jeux ?

J’étais en grande forme et même un peu plus tôt que prévu ! On pouvait dire que je volais sur l’eau quelques jours avant le début des épreuves. Mon objectif est clair : réaliser mes meilleurs temps sur chacune des courses de la compétition.

Deux jours avant votre sacre Olympique, vous remportez la médaille d’argent sur le 4 x 100 m nage libre. Lors de cette course, Frédérick Bousquet vous passe le relais en première position devant les Américains. Mais vous êtes devancé finalement de 8 petits centièmes, ce qui offre la médaille d’or aux Américains. Quel a été votre ressenti après cette course ?

Je n’ai jamais été aussi mal après une course. J’étais extrêmement déçu et me suis senti responsable jusqu’à ce que je prenne connaissance de mon chrono qui était le meilleur temps que je n’avais jamais réalisé durant ma carrière. C’est ce qui m’a aidé à me rétablir et à rester concentré et motivé pour le reste de la compétition.

Les relayeurs français (avec Alain Bernard à droite) médaillés d’argent du 4x100m nage libre des JO de Pékin, le 11 août 2008. Crédit photo : François-Xavier Marit / AFP

Si vous voulez revoir cette finale du 4 x 100, c’est ici !

Après cette finale du 4×100 m nage, aviez-vous à cœur de vous rattraper pour vos prochaines courses ?

Oui, je savais que j’étais en forme et que j’avais encore beaucoup à jouer. Nous nous étions entrainés depuis des années sur chacune des compétitions, à prendre les courses les unes après les autres et ce n’était pas le moment de changer de tactique…

Le 13 Août 2008, le jour de la finale du 100 mètres nage libre, quelles sont vos émotions avant le départ de la course ? Avez-vous le titre olympique dans un coin de votre tête ?

Bien entendu quand on s’élance avec le deuxième temps de la finale et après avoir battu le record du monde la veille on ne peut que rêver à s’imaginer gagner. J’étais très concentré et plutôt serein paradoxalement aux sensations que j’ai pu éprouver sur d’autres compétitions.

Lors de cette course, votre adversaire australien Eamon Sullivan part comme un boulet de canon et arrive en tête à la mi-course avec 5 centièmes d’avance. A ce moment-là, qu’est-ce que vous ressentez ? Est-ce que vous pensez que le titre olympique peut vous échapper ou que vous pouvez gagner ?

Mon entraineur, Denis Auguin, avait analysé les courses d’Eamon et avait remarqué que j’étais plus rapide sur les 25 derniers mètres de la course. Donc le but était de rester au contact le plus proche possible sur la première partie de course en essayant d’être le plus relâché possible. Mais à ces vitesses là, on est quand même relativement à fond dès le début ! Je savais que la course serait très serrée et la plus grande difficulté était de rester concentré sur soi pour conserver un maximum d’efficacité. Tenir le rythme, l’allonge, le relâchement et surtout la lucidité de tout ça. Quand les muscles brûlent et que notre cerveau envoie des ordres à notre corps de s’arrêter vu la douleur…  J’y ai cru jusqu’au bout et j’ai bien fait !

 

Finalement vous êtes champion olympique du 100 mètres nage libre avec 11 centièmes d’avance sur Sullivan. Quelle a été votre réaction après la victoire ?

J’ai tout de suite pensé : Cool j’ai gagné la finale ! Mais la finale de quoi ? France, Europe, Monde ? Non ! Finale des JO ! Champion Olympique ! Mon rêve le plus fou était en train de se réaliser. C’est un sentiment juste extraordinaire avec mon parcours semé d’embûches après dix années où je m’entraînais deux fois par jour et quatre ans après mon échec de qualification à Athènes (JO 2004) pour 17 centièmes de secondes.

Lors de la remise des médailles, quelles ont été vos émotions ? Qu’est-ce-qui vous a marqué lors de ce podium ?

Bizarrement je ne garde que très peu de souvenirs du podium tellement l’émotion fut intense ! Le président de la FFN (Fédération Française de Natation) me remet la médaille et je m’aperçois qu’il pleure de joie ! J’apprécie ce moment qui passera très vite, j’écoute cette Marseillaise qui vaut tout l’or du monde et qui ne s’achète pas.

Alain Bernard après son sacre olympique à Pékin en 2008. Crédit photo : AFP

Est-ce que ce titre de champion olympique a changé votre vie, que ce soit d’un point de vue sportif ou extra-sportif ?

Oui je pense que je suis l’exemple type de la personne qui réussit parce qu’elle croit en son projet. J’ai misé énormément sur cet objectif et j’ai eu la chance de l’atteindre. Ce titre m’a fait grandir.

Deux jours après votre sacre olympique, vous participez à une troisième finale, avec le 50 mètres nage libre. Est-ce que c’est difficile de trouver la motivation quand on a déjà remporté une médaille d’or et une médaille d’argent ?

Non ce n’est pas difficile quand on travaille depuis 10 ans pour vivre cela. Le manque de motivation n’a pas sa place dans ce contexte.

Si vous deviez retenir une seule chose des Jeux à Pékin, vous choisiriez quoi ?

Le moment où nous sommes rentrés dans l’enceinte de la piscine bras dessus bras dessous avec Denis mon entraîneur et Boris Steiletz mon partenaire d’entrainement à Antibes, on s’est dit : « Ça y est les gars on y est ! » Rien que cela, ça veut dire beaucoup pour nous !

Quatre ans plus tard vous participez aux Jeux de Londres en 2012 où vous décrochez une deuxième médaille d’or avec le relais mais sans nager la finale. Est-ce que cette médaille d’or avait une « autre saveur » que celle de 2008 ?

Bien sûr, cette médaille a forcément une saveur différente mais j’en suis fier car j’ai contribué à l’essor de la relève qui se mettait en place. Et terminer ma carrière en relais par un titre olympique, je ne pouvais pas rêver mieux.

Sport | « Une aventure collective »
Alain Bernard (à gauche) avec le relais français lors des Jeux Olympiques à Londres en 2012. Crédit Photo : Le Courrier Picard.

Lors des JO en 2012, avez-vous eu une certaine pression avec votre statut de champion olympique ?

Oui il y a eu beaucoup de choses à gérer : partenaires, sponsors, médias, interviews à droite à gauche. Ça dépassait le sport et comme j’étais mal à l’aise à l’idée de refuser des choses et malgré le « tri » de sollicitations par mon agent, j’étais beaucoup sollicité et attendu au tournant.

Est-ce que la cérémonie d’ouverture des Jeux est aussi un grand moment d’émotions pour un athlète ?

Je n’ai jamais assisté physiquement à la cérémonie d’ouverture car les épreuves de relais commençaient le lendemain et il n’était pas envisageable de prendre le risque de se fatiguer à un tel moment en restant des heures debout, parfois dans la chaleur.

J’imagine aussi que pendant ces Jeux, vous dormiez au sein du village olympique, est-ce que vous avez une ou plusieurs anecdotes à nous raconter pendant votre « séjour » au village Olympique ?

Pas d’anecdotes en particulier mais cette cohabitation avec les meilleurs sportifs de la planète reste un superbe souvenir. Même si les discussions entre les différents athlètes de tous les pays ne sont pas aussi longues que l’on aimerait. C’est une ambiance extraordinaire que je souhaite à chaque sportif de vivre au moins une fois dans sa vie !

Si, une anecdote ! Lors d’une séance de musculation dans la salle du village olympique de Pékin nous étions à côté de quelques athlètes complètement différents avec un haltérophile ukrainien qui soulevait peut-être 140 Kg à l’arrachée. Entre lui et nous, une équipe de jeunes gymnastes colombiennes de 15 ans faisaient des assouplissements d’un autre monde ! J’en ai pris plein les yeux en me disant que deux morphotypes diamétralement opposés et même d’un point de vue culturel étaient réunis pour un seul objectif : représenter son pays avec toute la fierté que l’on puisse imaginer !

Alain Bernard, tout sourire après sa victoire sur le 100 mètres nage libre à Pékin en 2008. Crédit photo : Point fort

Si les souvenirs olympiques d’Alain Bernard vous ont donné des frissons, n’hésitez pas à aller redécouvrir ceux de Benoît Peschier, champion olympique de Kayak lors des Jeux d’Athènes en 2004, lors de la première interview de cette série « Souvenirs Olympiques ».

Crédit Photo : REUTERS/Wolfgang Rattay (CHINA)
THOUAULT Eloi

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