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L’impact économique de l’épidémie sur la Formule 1

La Fédération Internationale de l’Automobile (FIA) annonce semaine après semaine les annulations des différents Grands Prix. La saison 2020 sera amputée et on ne sait ni comment ni où elle pourrait commencer. Les écuries voient leurs recettes s’enfoncer dans le mur tel Romain Grosjean dans un tour de safety car.

Le manque de GP est synonyme de trous d’air dans les portefeuilles des petites comme des grosses écuries. Williams, Haas ou autres Alpha Romeo Sauber se rapprochent petit à petit de la faillite alors que Red Bull, Mercedes et Ferrari connaissent des pressions financières inédites. Dans ce contexte économique compliqué, la FIA décide de repousser d’une année la révolution technique prévue initialement en 2021.

Pourquoi avoir repoussé d’une année ?

Comment gagner de l’argent s’il n’y a pas de course le dimanche ? Les patrons des écuries continuent de se le demander. Hors ventes de goodies, les recettes sont nulles. Cependant, cette année, la Formule 1 devait se réinventer. Les écuries avaient une année pour sortir des usines une monoplace correspondante aux différents accords signés entre les écuries et la FIA. Le style futuriste de la F1 2021 attire l’oeil. La nouvelle édition de la voiture la plus rapide du monde sort tout droit de Star Trek. Le concept aérodynamique a été totalement réinventé pour le simplifier au maximum. Finis les appendices et complexifications des ailerons. L’objectif était de pouvoir construire des voitures de manière efficace à moindres coûts. Car oui, outre la révolution technique, la Formule 1 aurait dû devenir beaucoup moins inégalitaire. Un plafond financier est donc instauré pour sortir les bijoux.

Qu’est-ce que c’est que ces bolides ? Des Mercedes ?
Crédit Photo : Motorsport

Le plan financier est prédominant aujourd’hui, avec la crise sanitaire. Il faut sauver le maximum d’écuries en diminuant leurs coûts. C’est pourquoi les dirigeants de la FIA et de la Formule 1 ont décidé de repousser d’une année ces révolutions. Jamais une écurie telle que Williams n’aurait pu développer une voiture efficace pour l’année prochaine. Ce changement est, de ce fait, purement logique. Sur le papier, les écuries ne doivent pas réfléchir aux différentes innovations cette année. On remettra les compteurs à zéro en janvier 2021 et la course au développement sera lancée, toujours avec le plafond financier. Mais avec une saison 2020 amputée, ce report suffira-t-il ? Les petites écuries pourront-elles développer une voiture après une année sans rentrées d’argent ?

2022 ou 2023 ?

Le principe de réduction des coûts est maintenant dans toutes les bouches des fans et acteurs du championnat. Si deux mois en arrière on se demandait comment Ferrari allait arriver à contourner le règlement financier, aujourd’hui, le cap a changé. Toto Wolff, Mattia Binotto ou Christian Horner (Mercedes, Ferrari et Red Bull) font face à un réel problème. Ils se transformeraient même en supporters inconditionnels de la « stricte égalité » entre les écuries, ou en tout cas une apparente égalité sur les coûts. Le plafond financier n’est plus une mauvaise idée mais considéré comme indispensable dans la F1 moderne. Comment le sport peut-il intéresser les fans si les écarts sont trop importants entre les premiers et le milieu de tableau ? Il n’est donc pas rare d’entendre des déclarations de droite et de gauche allant à l’inverse de ce que les managers des top-teams pensaient il y a quelques temps. Certaines écuries font  même pression pour pouvoir influer sur les décisions de Jean Todt (président de la FIA).

Plouf, Plouf, ça sera-toi qui te fera avoir ! Ah zut, encore Renault ! C’est con ça !
Crédit Photo : Racefans

Un manager sort du lot dans ce jeu de quémandages. Il s’agit du responsable de l’écurie autrichienne Red Bull, Christian Horner. Le meilleur ami de Renault est prêt à tout pour pouvoir assurer le maintien financier de son écurie. Après avoir mené une fronde pour repousser les accords, il repart à l’attaque pour un nouveau report d’une année. On peut comprendre le Britannique. En effet, celui-ci s’inquiète fortement de la stabilité économique des différentes écuries ainsi que pour le maintien des équipes instables financièrement. C’est pourquoi, Horner nous annonce il y a très peu de temps :

 « Il semblerait que nous ayons obtenu un accord mais il doit être ratifié par la FIA pour repousser ces développements à 2022 pour préparer la saison 2023. »

Les écuries gèleront donc certains coûts sur une période de deux ans pour revenir en opulence financière. Cette période permettrait aussi à certaines petites équipes de trouver de nouveaux sponsors capables de les sortir de l’impasse. Cette décision permettrait d’entamer les saisons 2021 et 2022 dans le plus grand des calmes. Les pressions financières après une telle crise peuvent être fatales, spécialement dans un sport où l’argent compte plus que tout. On a souvent tendance à dire que l’argent emmène l’argent. En Formule 1, c’est vrai ! Les écuries investissant des gros sous ont plus de chances de jouer les points aux championnats, devenir champions et ainsi pouvoir empocher un gros butin. Aujourd’hui, les temps ont changé et aucun sous ne rentre.

Donc pour la survie de la discipline, il semblerait que des concessions doivent être faites. Même si on se languissait de voir des bolides futuristes sortir des stands en janvier 2021, de voir des pépites tels Leclerc ou Norris titillés les plus grands, rendons-nous à l’évidence et soyons patients pour le bien commun.

Conséquences sur les prochaines saisons

Partons du principe que le règlement technique soit installé en 2023. Ceci pourrait être la meilleure décision afin de sauver des écuries proche du mur. La fédération doit laisser les écuries sortir la tête de l’eau et ne les autoriser à développer leurs voitures qu’en janvier 2022. Après cette année 2020 tronquée et une année 2021 biaisée par un manque de moyens, les écuries survivantes pourront investir dans les nouveaux projets et nous offrir une saison 2023 inattendue. Mais à quoi ressembleront les prochaines saisons de Formule 1 avant les changements ?

Mercedes indétrônable ?
Crédit Photo : FormulaPassion

Même si la domination de Mercedes s’est étendue grâce à un aspect technique de la monoplace qu’ils maîtrisaient jusqu’à maintenant, il n’est pas sûr qu’ils restent intouchables. Avec les pertes enregistrées sur les saisons 2020 et peut-être 2021, les écuries à gros budgets souffriront d’une crise inattendue. Ils devront chercher des solutions financières durables pour ne pas sombrer. Le développement des monoplaces atteindra un plafond rapidement, selon certains spécialistes. En revanche, les petites structures qui survivront à la crise pourront s’adapter plus rapidement grâce à un modèle financier déjà basé sur les économies d’argent et de matériels.

Alors oui, ne rêvons pas, le trio infernal sera toujours largement devant, mais il se peut que l’on assiste à un championnat beaucoup plus resserré entre la tête et le milieu de tableau. On pourrait alors prédire une victoire de McLaren pendant ces deux saisons. L’écurie anglaise reste sur une lancée exceptionnelle et souhaite revenir aux premiers plans. Une pierre sur la base de la reconstruction pourrait donc être déposée.

Cyril sourira-t-il un jour ?
Crédit Photo : F1 Lead

Finissons sur une touche de patriotisme. Quid de Renault F1 Team ? Ce n’est un secret pour personne, l’écurie française est mal-en-point. Malgré le recrutement du splendide et souriant Daniel Ricciardo et la reprise de notre Frenchie Esteban Ocon, l’écurie a du soucis à se faire. En plus d’avoir un moteur plutôt défaillant sur leur monoplace, mais très stable chez McLaren (cherchez l’erreur), les jaunes et noirs n’arrivent pas à innover sur un concept aérodynamique performant. L’annonce du report des règlements à 2022 a, sans nul doute, été perçu comme un coup de poignard dans le coeur d’Alain Prost et Cyril Abiteboul à Viry-Châtillon.

Les fans français entendent depuis deux années que l’écurie attendait 2021 pour revenir aux avants-postes de la Formule 1. Les différents transferts étaient donc prévus pour que les pilotes soient préparés à performer à partir de la date fatidique. Avec le report de cette échéance, le château de cartes construit par la firme française s’est fracassé. Ils devront abandonner des espoirs de victoires et se re-concentrer sur un type de monoplaces qu’ils ne maîtrisent pas. Et même si Renault peut espérer un podium grâce au probable resserrement des niveaux des écuries, il est plus probable de voir les Orange de McLaren voire les Roses de Racing Point arrivés plus rapidement à chatouiller les top-teams.

Crédit Photo : Autoplus
Thomas FRAISSE

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