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Charles Milesi : parcours alternatif nippon

Le pilote français Charles Milesi fait ses grands débuts en Super Formula cette année. La Super Formula peut être comparée à une sorte de F1 japonaise. Le jeune Français s’est engagé pour cette saison chez l’écurie germano-nippone B-Max with Motopark. Il nous a confié un entretien pour découvrir le sport automobile au Japon.

La Super Formula, qu’est-ce que c’est ?

La Super Formula est le championnat monoplace le plus élevé au Japon. On utilise un fonctionnement et un format comparable à celui de la Formule 1. Les voitures restent tout de même moins rapides que cette catégorie. C’est l’une des catégories les plus suivis au Japon. Chaque week-end de course, environ 80 000 personnes se déplacent. Les Japonais sont fervents de sports automobiles

Comment es-tu arrivé au Japon ? Quel a été ton parcours ?

J’ai participé aux Championnats de France de karting puis d’Europe et enfin les mondiaux en 2016. En 2017, j’ai intégré la Formule 4 Française. On se battait pour le titre mais j’ai été victime d’un soucis de santé au milieu de l’année, qui a gâché mes espoirs pour le titre (5 victoires, 4 pôles et dizaine de podiums). En 2018, je suis passé en Formule Renault Eurocup (2 pôles, 2 victoires et 3 podiums).

En août 2018, j’avais pris la décision d’aller au Japon. J’avais le choix de retourner en Formule Renault, de partir au Japon ou m’inscrire en F3. Mais au vu du prix à mettre pour intégrer une bonne écurie, cela ne servait à rien de jeter de l’argent en l’air. Au Japon, il y avait plus possibilités : Super Formula ou GT500. Même si tu fais de bonnes performances, il faut mettre un gros billet pour suivre le parcours F3 puis F2. C’était trop compliqué financièrement.

L’année dernière, il y avait un niveau très élevé au Japon. Je pouvais me battre pour le titre mais j’ai eu un accrochage. Je me suis fait opérer et j’ai passé deux mois en dehors des circuits.

Charles dans une F3 nippone
Crédit Photo : Charles Milesi

Quel est l’avantage de venir courir au Japon par rapport à la F2 (voie dite »classique » pour accéder à la F1) ?

L’avantage principal de la Super Formula par rapport à la F2 c’est que les frais sont moins onéreux alors que le niveau est plus élevé.

La Super Formula se rapproche plus d’une F1. Dans les virages, on prend une force de 6G et les allures sont à peu près égales. Cependant, par rapport à la F1, on a de nombreux chevaux en moins et aucun DRS (système permettant de gagner de la vitesse en ligne droite). La vitesse de pointe en ligne droite est donc diminuée. Mais comparé à la F2, les monoplaces japonaises sont plus rapides. Les circuits old school nippons sont aussi beaucoup plus complexes pour l’apprentissage. La F2 brille plus sur le papier mais le championnat japonais est plus difficile. Certains pilotes de F2 n’arrivent jamais à performer ici.

Le format de week-end est aussi plus proche de celui de F1. En F2, le programme est basé sur deux courses courtes. En Super Formula, on roule parfois 2 heures complètes.

Comment se déroule une saison ? Un week-end ?

La saison de Super Formula se divise en 7 meetings par année. Pendant les week-ends, on suit le même programme que les pilotes professionnels de F1. On commence par trois phases de tests, les « essais libres ». Puis nous avons trois séances de qualifications pour faire les meilleurs chronos et définir l’ordre de départ. Par contre, contrairement aux championnats européens, on a également une petite séance de roulage de 10 minutes juste avant la course pour se préparer mentalement et physiquement ainsi que faire les derniers réglages minimes.

Concernant les points au classement général, les trois meilleurs chronos aux qualifications marquent des points. Le dimanche, comme dans tous les autres championnats, les dix premiers sont récompensés.

La Super Formula ressemble-t-elle à la F1 en terme de stratégie de course ?

Cette année on aura seulement un train de pneu car les « médium » ont été enlevés. Ils représentaient plus un handicap qu’un atout. On utilisera seulement les pneus dits « soft » (les pneus allant plus vite mais se dégradant également plus rapidement). Par rapport à la stratégie, je ne pense pas que ça change grand-chose, il faut juste faire attention à ne pas trop les user. Après ce sont toujours des meilleurs pneus que Pirelli. On peut attaquer du début à la fin. On peut donc mettre en place pas mal de stratégies durant un week-end. Après contrairement à la F1, les ravitaillements en essence sont autorisés ce qui rajoutent une stratégie.

Participez-vous à l’amélioration de la monoplace ?

Au quotidien, on a de nombreuses conversations avec tous les ingénieurs s’occupant de l’écurie. Pour l’instant, on travaille surtout sur les essais de Fujii. On peut également participer aux réglages grâce au simulateur. Parfois il est envisageable de parler aux ingénieurs Honda (motoristes) pour pouvoir avoir des réglages moteurs différents entre qualifications et courses ou entre les week-ends.

Avez-vous le statut de pilote professionnel ?

Aujourd’hui, on peut considérer que les pilotes sont professionnels car on est rémunéré stablement. On a également des primes en fonction des points pris en championnat (qualifications et courses).

Quels sont tes objectifs cette année ?

Cette année je vais essayer de bien me montrer en tant que rookie en qualifications et courses. J’espère taper les top 10 voire Top 5 au championnat. Je dois m’améliorer au fur et à mesure de l’année pour pouvoir envisager un podium. Mais il ne faut faire aucune erreur et tout mettre bout-à-bout.

As-tu un circuit préféré, que tu peux nous faire découvrir ?

C’est un circuit Japonais, celui d’Autopolis. Il avait été construit pour remplacer Suzuka en F1. Il y a beaucoup de virages rapides et il est très technique. Je le préfère à Monaco. C’est plutôt l’atmosphère qui compte dans la principauté alors que le circuit est vraiment plaisant à Autopolis.

Crédit Photo : Super GT World

La vie de pilote en confinement

Les Olympistes en ont profité pour lui poser quelques questions par rapport à la pandémie de Covid-19 afin de connaître son quotidien de pilote en confinement ainsi qu’en vue de la saison 2020. 

Je suis rentré en France pour rester avec ma famille. Je suis en confinement à Paris, pour ne pas prendre de risque de contamination, avant de rentrer chez moi. Mon manager a une salle de sport avec simulateur pour s’entretenir. Le simulateur, en ce moment, c’est juste pour passer le temps et s’amuser. Il n’y a pas vraiment de recherches ni d’objectifs.

Pour l’instant, la saison n’a pas été raccourcie ou annulée. Tout est décalé en fin de saison. La plus grande difficulté est d’harmoniser le championnat de monoplace et de GT500. De nombreux pilotes concourent sur les deux tableaux et il ne faut pas qu’il y ait de couacs.

Crédit Photo : Charles Milesi
Thomas Fraisse

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