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Le jour où…George Eyser a détruit la concurrence

Les Jeux Olympiques nous servent de base de données immenses concernant des anecdotes sportives folles et parfois inconnues. Aujourd’hui, après avoir raconté les histoires de Cantona ou encore de Ferrari, on s’attaque à une légende olympique américaine : George Eyser. 

Petit par la taille, 1m70 pour 65kg, mais sportif possédant un immense mental, l’Américain surprend plus d’un spécialiste en raflant six médailles olympiques en une seule journée. Dans son pays adoptif, l’Américain met le monde de la gymnastique à son pied. Car oui, ce sportif est unijambiste ! Mais trêve de mondanité et revenons dans le passé.

Un immigré devenu gymnaste

Le passif de Monsieur George Eyser est un peu flou et les ressources bibliographiques rares. Il est né à Kiel en Allemagne et immigre aux Etats-Unis dans la fin du XIXème siècle. Il se prend rapidement d’affection pour la gymnastique en s’inscrivant dans le club de sa ville d’adoption, le Concordia Turnverein de Saint-Louis dans le Missouri. Le nom est effectivement d’origine allemande et signifie Le Club De Gymnastique. Comme de nombreux Allemands durant cette période, la famille Eyser quitte l’Europe pour le rêve américain et les paillettes outre-atlantique. Les Allemands viennent peupler en nombre diverses villes. C’est le cas de Saint-Louis, où atterrit ce fameux George après quelques années à Denver.

Impressionnant son biceps droit

Peu de temps après son arrivée sur le territoire de l’Oncle Sam, son destin va basculer. Il est victime d’un accident de train et subit une amputation complète de la jambe gauche. À ce jour, deux options de vie s’offrent à lui : poursuivre son métier de comptable ou persévérer dans son sport. Pour l’amour de la gymnastique, il décide de continuer sa carrière, peu importe s’il est unijambiste. Il achète une prothèse en bois pour remplacer sa jambe et renfile les collants, essayant tant bien que mal de cacher son handicap aux yeux du monde. Il s’entraîne d’arrache-pied pour revenir à son niveau d’antan. Et ça marche ! Il surpasse ses concurrents et se qualifie pour les Jeux Olympiques qui auront lieu dans sa ville de Saint-Louis en 1904. Après être comptable, ça aurait pu être bien aussi !

1904, l’exploit inimaginable

Les IIIèmes Olympiades modernes se déroulent sur le sol missourien. Après Athènes et Paris (1896 et 1900), Saint-Louis est prêt à entrer dans l’histoire du sport et être le théâtre d’exploits sportifs inénarrables. Ces JO sont un peu particuliers car ils se déroulent sur plusieurs mois, commençant en juin et finissant en octobre avec la gym. Mais concentrons-nous sur la gymnastique catégorie Homme (il faut dire qu’il n’y avait que des hommes). Le St-Louisan n’est pas donné favori. En même temps, qui peut en vouloir à des spécialistes de ne pas miser sur un petit américain unijambiste aux côtés des cadors de la discipline ? Il est totalement improbable qu’Eyser remporte ne serait-ce qu’une médaille olympique dans l’une des épreuves auxquelles il est inscrit. Et pourtant, c’est bien lui qui marquera l’histoire de ces Jeux.

Le seul qui n’est pas en short, c’est notre héros

Alors qu’en 1900, aux Jeux Olympiques de Paris, il n’y avait qu’une seule épreuve de gymnastique au programme, en 1904, ce sont 12 épreuves qui figurent sur la liste. Le 29 octobre 1904, les sportifs doivent donc enchaîner sur une journée sept épreuves et se reposer jusqu’à une seconde partie de compétition. Avant cela, le club de gymnastique de Saint-Louis remporte une médaille de bronze en gymnastique-athlétisme par équipe. George Eyser est déjà aux anges mais la magie ne vient que de commencer.

En cette fin de mois d’octobre, en plein automne capricieux du Missouri, deux Américains vont sortir du lot : Anton Heida et George Eyser. Ce dernier va remporter six médailles olympiques, dont trois en or (barres parallèles, saut de cheval et le 25 mètres grimper corde), deux en argent sur le concours sur quatre agrès et au cheval d’arçon ainsi qu’une en bronze en barre fixe, époustouflant les nombreux supporters tassés dans les petits gradins du stade ouvert. Et tout cela en une seule journée, au risque de me répéter. Malgré une jambe en bois, l’Américain prouve au monde entier qu’il ne suffit pas d’être valide pour gagner. Anton Heida remporte également six médailles olympiques, dont cinq en or. Mais bon étant valide et grand favori, sa performance ne restera pas dans les annales. George Eyser ne participera malheureusement pas à la seconde partie de compétition en raison d’une blessure.

Une fin de carrière terne

Sa fin de carrière reste une énigme. Après des Jeux Olympiques impressionnants, il apparaît comme un favori indiscutable pour régner sur sa discipline. Les spectateurs en oublient presque son handicap. Il continue de s’entraîner au sein de son club du Missouri. Son équipe remporte deux meetings de gymnastique en équipe, un au niveau international, dans son pays natal et un au niveau national à Cincinnati. Il arrête sa carrière suite à cette victoire dans l’oubli total de sa performance quatre années auparavant.

Les collants étaient quand même bien costauds à l’époque

Avec la création des Jeux Paralympiques en 1960, cette performance ne pourra plus être égalée. Une personne handicapée ne participe plus aux Jeux Olympiques et c’est très logique dans un soucis d’égalité des chances. Mais comme George en 1904, les sud-africains Natalie du Toit et Oscar Pistorius participent respectivement au marathon de natation à Pékin en 2008 et aux 400 mètres à Londres en 2012. Ces trois athlètes prouvent que malgré un handicap plutôt important, le sport ne peut être qu’un challenge et un exutoire.

Crédit Photo : Gymnastics Coaching.com
Thomas Fraisse 

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