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Premier League : quel avenir après le Brexit ?

C’est officiel, depuis le 1er février, le Royaume-Uni ne fait plus partie de l’Union européenne. À compter de cette date, les deux camps ont onze mois pour négocier les modalités de rupture. D’un point de vue sportif, cette séparation soulève de nombreux questionnements quant à l’avenir du plus grand championnat européen. 

Vers une réduction du nombre d’étrangers dans les équipes

Si aujourd’hui, 17 joueurs dit « extracommunautaires » sont autorisés sur un effectif professionnel de 25, cette limite devrait s’abaisser à douze maximum. À titre indicatif, on recense, actuellement, 332 joueurs étrangers en Premier League soit 65% des footballeurs du championnat. À terme, on peut redouter une perte de compétitivité  du championnat d’Angleterre si ce dernier n’arrive plus à attirer les grands noms du football européen.

Cette diminution suggère par ailleurs moins de joueurs titulaires européens. Pour rappel, l’UEFA applique la règle suivante à tous ces clubs affiliés : chaque équipe a le droit d’aligner cinq « non-homegrown player ». Ce terme concernera bientôt les européens, ce qui risque de restreindre les choix des coachs et de bouleverser la hiérarchie au sein des effectifs. Parmi les rapports mensuels établis par l’Observatoire du football (CIES), l’un d’eux dévoile des données intéressantes. Par exemple, on peut observer que le pourcentage de joueurs anglais titulaires a très largement chuté depuis la création de la Premier League (nouvelle appellation remplaçant Football League).

« Pour la saison 1992-1993, on évaluait le nombre de titulaires anglais à 70%, tandis que lors de la saison 2018-2019, ce chiffre avait décru à 33%.« 

Le poids des joueurs européens se fait également ressentir dans le jeu. Il est renseigné que « 43,3% des buts de la saison 2018-2019 ont été inscrits par des ressortissants d’Europe Continentale. »

Bien que cette annonce fasse trembler de nombreux clubs, la fédération anglaise de football y voit l’occasion de donner de meilleures opportunités à ses jeunes. L’Observatoire du football (CIES) salue cette initiative et ajoute que « la montée en puissance d’une nouvelle génération de joueurs anglais très prometteurs » devrait assurer « la compétitivité des équipes de Premier League. » Cela permettrait également de relancer l’équipe nationale, jugée moins flamboyante lors des dernières compétitions. La mise à jour de cette nouvelle politique de transfert devrait s’effectuer lors du mercato d’été 2020.

L’instauration d’un nouveau permis de travail

Le Brexit mentionne la fin de la libre-circulation des hommes entre le Royaume-Uni et les pays membres de l’Union européenne. Par conséquent, dès 2021, un joueur européen sera considéré comme « extra-communautaire », ce qui correspond au cas actuel des sud-américains en Europe. Il lui sera nécessaire d’obtenir un permis de travail. Ceci afin de prouver, comme n’importe quel autre travailleur étranger, qu’il ne prend pas la place d’un Anglais. Cette obtention pourra être légitimée si, le joueur concerné est régulièrement sélectionné en équipe nationale ou, s’il fait l’objet d’un transfert conséquent accompagné d’un salaire très élevé. Ces changements pourraient bien remettre en cause la compétitivité du championnat européen le plus côté.

Prenons en compte ces changements sur le transfert de N’Golo Kanté, arrivé à Leicester en provenance du SM Caen, en 2015. À ce moment-là, le joueur ne jouissait d’aucune sélection en équipe nationale et n’a pas fait l’objet d’un transfert important. C’est aussi le cas de Riyad Mahrez, arrivé chez les Foxes en 2014, alors inconnu du grand public.

N’Golo Kanté sous le maillot du SM Caen
Crédit photo : SM Caen

Fin des transferts pour les joueurs mineurs

La Premier League perçoit en effet le Brexit comme une menace pouvant lui faire perdre ses jeunes vedettes. Jusqu’ici, les centres de formation britanniques pouvaient recruter les jeunes joueurs en provenance de l’étranger dès lors qu’ils avaient plus de 16 ans. À partir de 2021, les footballeurs européens ne pourront pas être recrutés en Premier League avant leurs 18 ans. En effet, la FIFA exclue la possibilité de tout transfert de joueur mineur, excepté au sein de l’Espace économique européen (EEE). De plus, une des caractéristiques du championnat anglais est sa capacité à attirer les nouvelles pépites mondiales. C’est ce que confirme une étude de l’Observatoire du football, datant d’octobre 2016. Elle démontre que l’Angleterre était, la première destination des joueurs de moins de 18 ans. La nouvelle restriction, imposée par le Brexit, va nécessiter de trouver une nouvelle stratégie de transfert.

Des joueurs marquants du championnat auraient, dans de telles conditions, vu leur transfert impossible. On pense à Cesc Fàbregas, recruté dès l’âge de 16 ans par Arsenal à La Masia de Barcelone ou à l’international français Paul Pogba, acheté par Manchester United au Havre AC alors qu’il n’avait que 16 ans.

Cesc Fàbregas sous le maillot d’Arsenal.
Crédit photo : Sportsskeda

Des retombées économiques importantes

Depuis le 24 juin 2016 et l’annonce des résultats du référendum, de nombreuses interrogations, quant à l’avenir de l’économie britannique, demeurent sans réponse. La valeur de la livre fait face à un risque de dépréciation rendant la vie plus chère aux Anglais. Les fluctuations monétaires compromettent les recrutements des clubs qui pourraient se voir amoindris. Effectivement, cela entraînerait une forte variation des prix des joueurs car la monnaie de référence dans les transferts modernes reste l’Euro. Lorsque l’Argentin Mauricio Pochettino était à la tête de Tottenham, il avait justifié le faible recrutement des Spurs à l’intersaison 2017 pointant du doigt la faiblesse de la monnaie.

Au-delà de la dévaluation de la livre sterling, le Brexit pourrait aboutir à une réelle récession économique pour le football anglais. De tous les championnats européens, la Premier League est le plus attractif en étant diffusé dans 180 pays à travers le monde. Si le championnat perd en attractivité, cela peut enrayer les campagnes de réabonnement dans les stades, diminuer le nombre d’abonnement aux chaînes telles que Sky Sports ou BT Sport. Conjointement, les prix des droits TV sont en baisse ces derniers temps ce qui n’est pas pour arranger les affaires des clubs anglais.

Autant de facteurs qui chambouleront à coup sûr le marché national de la Premier League. Il est évident que des clubs risquent d’y perdre gros. Néanmoins, d’autres pourraient être bénéficiaires du Brexit. Dans ce cas, il faut espérer que ce ne soient pas les plus riches qui en profitent et les « petits poucets » qui en soient les victimes. Même si la relation Brexit/Premier League semble compliquée, cela donne la possibilité à ce championnat de se renouveler, de prendre un nouvel élan, en retrait du Vieux Continent.

Crédit photo : Scissports
Emma Charon

(3 commentaires)

  1. Très bon article présentant une situation plus qu’inquiétante pour l’avenir du football anglais, et britannique en général ! En souhaitant d’autres articles du genre 🙏

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