Basket-ball

NCAA : Des alternatives à l’Université ?

Le championnat universitaire américain, appelé NCAA, est considéré de l’autre côté de l’Atlantique comme un sas avant le saut dans la NBA. Cet ogre du basket universitaire américain est plus qu’un championnat de préparation à la Grande Ligue. Un véritable engouement s’organise au mois de mars, pour les phases finales. Les spectateurs peuvent côtoyer de près les prochaines stars interplanétaires et les voir grandir. Le choix d’une université semble donc un choix aussi important que celui d’un trade NBA.

Une organisation attrayante

La NCAA est un championnat mythique du basket américain. Les Universités accueillent des jeunes de 17 ou 18 ans, les poussant dans leur retranchements pour progresser afin de les envoyer sous les feux des projecteurs de la NBA.

Les meilleurs joueurs y sont passés et ont commencé à écrire leur histoire sous les yeux de leurs camarades d’amphithéâtre. Qui ne voudrait pas marcher dans les pas de Bill Russell, Wilt Chamberlain, Kareem Abdul-Jabbar, Michael Jordan et bien d’autres encore ? Des numéros ultra connus de NBA et dans le monde entier flottent en haut des salles universitaires, rappelant que la carrière d’un joueur américain ne se construit pas que dans le monde professionnel. Les premiers exploits des stars internationales se sont produits sur les bancs de l’Université ; on pense forcément au fameux shoot de MJ face à Georgetown en finale (décidément le sang-froid est quelque chose d’inné chez certains).

KAJ UCLA
Kareem Abdul Jabbar sous le maillot des Bruins de UCLA
Crédit Photo : WBUR

La Fac est pour certains un lieu de rencontre avec des adversaires, parfois coriaces, qui deviendront de véritables ennemis une fois professionnels. Certaines grandes rivalités ont débuté bien avant la Draft et de fouler les parquets sur-médiatisés américains. On pense forcément à Larry Bird et Magic Johnson, qui se sont tirés la bourre dès leurs temps NCAA, avant que leur amitié/rivalité n’émerveille des millions de fans à travers le monde. Une autre rivalité est tout aussi importante : celle de Hakeem Olajuwon et Patrick Ewing. Deux monstres offensifs comme défensifs, deux révolutionnaires du poste de pivot. Ils se sont rencontrés deux fois en finale, une en NCAA et une en NBA. Le résultat ? Un partout, mais un titre NBA marque plus les esprits.

The Dream et Pat
Hakeem Olajuwon et Patrick Ewing au Final Four NCAA de 1984
Crédit Photo : Sport à gogo

Au gré de toutes les histoires entendues, partagées et relayées en masse dans tous les États américains, il serait insensé de ne pas passer par la case NCAA. La majorité des joueurs ne passent qu’une seule saison sur les parquets NCAA (technique du one-to-one). Pourtant, certains joueurs ont dénigré l’amateurisme pour gagner leur vie.

Les précurseurs de l’Anti-Fac

Quand on pense à des joueurs n’étant pas passé par la case Université, une phrase nous revient en tête.

« I have decided to skip College and take my talents to the NBA » Kobe Bryant

Cette phrase reste dans les mémoires, pourtant Bryant n’a pas été le premier à faire le saut du lycée au monde professionnel de la NBA. Un an avant lui, Kevin Garnett avait dénigré les facultés. Mais le géant de Minnesota a des raisons beaucoup moins louables que Kobe. En effet, il n’avait pas été retenu en NCAA en raison de ses résultats scolaires. Alors au lieu de patienter une année afin d’être réévalué – comme le fera plus tard Dwyane Wade – il s’inscrit à la Draft 95. Après un début de saison poussif, il s’affirme comme un talent en devenir en fin de saison. Cet exemple a sûrement permis à Kobe et plus tard LeBron de tenter le pari.

LeBron et Kobe sont des ovnis, dans la discussion des meilleurs joueurs. Le numéro 8 de Los Angeles a divisé les fans, notamment à cause de son trade le soir de la Draft contre la star de l’équipe Vlade Divac. Bon finalement, ils n’ont pas regretté. LeBron James, lui, a fait l’unanimité dès son arrivée et s’est imposé comme le leader de son équipe. Un mot peut définir ce dernier : monstre ! On aurait pu également mentionner, le cousin de Vince Carter, le bondissant T-Mac (Tracy McGrady) arrivé en 1997 en NBA, à Toronto.

LBK
LeBron lors de la pré-saison 2003, son année de rookie
Crédit Photo : Flickr

Cependant, effectuer ce saut n’est pas sans risque pour les joueurs n’ayant ni le mental, ni l’abnégation de ces champions. Certains se sont brûlés les ailes en raison d’une fragilité trop importante. Michael Jordan, alors GM des Wizards de Washington, en a fait les frais. En effet, le GOAT avait, en 2001, jeté son dévolu sur le joueur ultra-puissant et plus que prometteur : Kwame Brown. Le joueur n’était pas prêt pour surmonter le passage de son petit lycée de Géorgie aux grandes salles. La différence est immense entre Kwame Brown et les stars précédemment citées : jouer contre des enfants n’est pas la meilleure préparation. Une fois arrivé en NBA, le physique hors-norme ne suffit pas. Le talent ne saurait se dispenser de travail. Désolé Kwame, mais les livres de basket ne se souviendront pas de toi (ou alors dans les pages satiriques).

Une entité mythique en perdition

Une question subsiste : pourquoi, si la NCAA est une entité ayant fait ses preuves, des joueurs souhaitent passer à côté ? Car si les résultats scolaires peuvent peser dans le choix d’un jeune de ne pas poursuivre des études en plus du basket, ce n’est évidemment pas le problème pour la majorité des joueurs. Pourquoi ne pas côtoyer des futurs grands joueurs, de grands coachs ?

Des championnats étrangers en plein essort

Giannis Antetokounmpo, Luka Doncic, Rudy Gobert, Evan Fournier, Manu Ginobili, Yao Ming, Tony Parker et bien d’autres font partie de la nouvelle génération de joueurs. Des joueurs All Star (ou futur pour Vavan) parfois futurs membres du Hall of Fame. Pourtant ces joueurs ont su faire leurs preuves en peu de temps en NBA en ne passant pas par le « centre de formation universitaire ». La preuve irréfutable que les écarts de niveau entre les différents championnats se réduisent. Il y a quelques années, la NCAA représentait le championnat le plus dur et élevé derrière la NBA.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Les temps ont changé, les joueurs également. Si le niveau NCAA stagne à cause de joueurs en proie au « one-to-one », une technique visant à ne rester qu’un an en NCAA, les championnats étrangers, eux, commencent à se développer. Les joueurs sortant d’Europe par exemple peuvent rapidement s’adapter à la dureté de la Grande Ligue. La preuve en est, Luka Doncic massacre tout sur son passage alors qu’il n’a jamais mis un pied en NCAA. L’Euroleague, la CBL, la NBL… sont des championnats relevés, professionnels permettant une formation éclaire aux côtés d’adultes. La différence est frappante avec un championnat de « gamins » que représente les Universités. Les monstres physiques, tels Zion, ne peuvent se confronter à des gabarits de leur niveau qu’au passage au monde professionnel. De plus en plus de joueurs décident donc de s’exporter sur les autres continents, où les règles et les physiques sont beaucoup plus proches de la NBA.

Tony Parker au PSG
Tony Parker en Pro A au PSG Basket
Crédit photo : Paris Canal historique

L’amateurisme en balance

Le statut d’amateurs est un autre problème en NCAA. Car amateur ne veut pas dire la même chose que nos championnats de Départemental 4 en France. Les organisateurs du championnat brassent des millions de dollars de contrats publicitaires, de droits TV ou encore d’autres sources de revenus (maillots, vente de billets, goodies et autres). Le problème majeur est : où va l’argent ? Qui touche les revenus sur le dos des joueurs ? Officiellement, c’est l’organisation du championnat et les différentes universités afin de verser aux salaires aux différents membres du staff. Les coachs en NCAA sont payés – pour les meilleurs – aussi bien que des coachs NBA, ce n’est pas Coach K qui vous dira le contraire. Les joueurs ne doivent pas toucher un rond, que nenni, nada ! Officieusement les choses sont différentes et régulièrement des scandales éclatent.

Des scandales d’a(r)gent

Nous appelons Monsieur James Wiseman à la barre. Vous êtes accusés d’avoir contourné le règlement NCAA en ayant touché de l’argent pour rejoindre la Faculté de Memphis. Une sombre histoire mais qui se répète… Les joueurs talentueux au lycée ont l’habitude de signer des accords de principe avec les entraîneurs d’une Université pour la rejoindre une fois le cursus du secondaire effectué. Mais cette fois-ci, le coach des Tigers — un certain Penny Hardaway — se serait entendu avec la famille Wiseman contre un montant de 11 500 dollars. À côté des salaires faramineux des sportifs, on peut se dire que ce n’est pas grand chose. Malheureusement, les dirigeants de la NCAA sont attachés à l’amateurisme et ont décidé de suspendre le joueur pendant 12 matchs, alors que celui-ci n’en avait effectué qu’un seul, ainsi que de le forcer à rembourser la somme. Un joueur ne peut pas toucher de l’argent de l’Université, même pour aider sa famille. De nombreux joueurs essayent de s’extirper de leur condition  sociale et subvenir aux besoins de leur famille. On peut comprendre alors que la suspension ait pu titiller certains joueurs voulant gagner leur vie.

James Wiseman
James Wiseman, lors de la pré-saison

Le joueur a décidé alors de ne plus retourner à l’Université, trouver un agent capable de lui permettre d’entretenir son image et se préparer « seul » du côté de Miami en vu de la Draft 2020.

Des agents pesants

Maintenant, place à une petite devinette. Mon premier est l’inverse de pauvre, mon second est un homonyme d’un meneur NBA jouant à OKC, mon tout est un agent de joueur influent en NBA et NCAA. Je suis… Rich Paul. Cet homme gère de nombreux jeunes joueurs mais également des superstars telles LeBron ou Anthony Davis. Mais c’est là tout un paradoxe de la NCAA. Pourquoi des joueurs amateurs auraient besoin d’un agent ?  Encore une fois la frontière de l’amateurisme est floue avec le championnat universitaire. Les agents de joueurs essayent d’enrôler des talents prometteurs afin de s’en occuper une fois en NBA. Les gains d’argent sont donc assurés. Mais certains, comme Rich Paul, vont beaucoup plus loin et proposent des contrats aux jeunes.

L’agent essaye de piocher dans les différents lycées du pays, les joueurs auxquels ils prévoient une carrière brillante. Ce fut le cas de Darius Bazley — jouant aujourd’hui chez le Thunder — qui était un joueur exceptionnel au lycée, capable de claquer des riders sous les cris de ses camarades. Ni une ni deux, « Richie » lui fait signé un contrat juteux avec la marque New Balance alors qu’il était pressenti, comme tous les joueurs de son âge, en NCAA. Mais contrat signifie revenus et impossibilité de s’inscrire à l’Université.  Coup dur pour les deux camps. Darius Bazley a donc dû trouver des alternatives afin de poursuivre son développement (cf ci-dessous). Quant à la NCAA, elle est passée à côté d’un des joueurs les plus prometteurs de l’année. Heureusement que les équipes de Duke et de Murray State faisaient jouer d’autres pépites.

Anthony Davis, LeBron James, Rich Paul, Ben Simmons et Miles Bridges
Crédit photo : BasketUSA

Face à ce pouvoir grandissant des agents millionnaires auprès des jeunes, la NCAA réagit pour encore une fois réaffirmer sa plus grande devise :  » Ne gagnez pas d’argent ». L’organisation avait alors mis en place une règle anti-Rich Paul. La ligue voulait mettre en place une limitation du nombre d’agent de joueurs en signant des contrats avec eux. Ces derniers doivent absolument être diplômés de l’équivalent d’une licence en France et acquérir une certification particulière. De nombreux journalistes, joueurs, agents y ont vu une attaque directe à Monsieur Paul car il n’est pas diplômé. Évidemment, les critiques ont plu de la part d’un cercle large de personnes influentes. Le hashtag #TheRichPaulRule en est un exemple parfait.

La règle a finalement été maintenu seulement cinq jours avant d’être nuancé largement par les dirigeants. Les agents non-diplômés peuvent tout de même acquérir les droits des joueurs, à condition qu’ils aient travaillé pendant quelques années dans une agence reconnue. Il existe donc une impossibilité pour le championnat universitaire de conserver ces règles obsolètes de l’amateurisme car de plus en plus de joueurs voudront gagner de l’argent. La NCAA ne peut non plus passer à côté de joueurs exceptionnels à cause de cette valeur. Le championnat universitaire aura donc un choix important pour conserver son statut d’entité mythique : changer ou mourir.

La NBA s’invite aux discussions

Face à la perte de poids du championnat universitaire et afin d’éviter des destins tragiques à la Brown, les dirigeants de la NBA prennent différentes mesures afin d’éviter le saut Highschool/NBA. La NBA déteste qu’un joueur soit en proie au one-to-one et ne valide aucun diplôme. Il est loin le temps où Tim Duncan refusait trois fois de se présenter à la Draft pour honorer sa promesse de diplôme à sa mère. En 2005, David Stern annonçait qu’un joueur ne pouvait se présenter à la Draft qu’à partir de 19 ans, le soir de l’évènement. Ce choix annihile tout envie d’un joueur de ne pas engranger de l’expérience en NCAA ou ailleurs dans le monde. Mais afin de continuer à engranger de l’argent, Adam Silver — toujours dans les bon coups décidément — promeut la petite sœur de la NBA, la Gatorade League.

G League

Crédit photo : NBA G League

L’objectif est de favoriser le développement des joueurs dans des franchises affiliées à celles de NBA, tout en permettant aux jeunes de gagner leur vie. Le niveau s’améliore d’année en année mais reste évidemment plus faible que les autres alternatives. Malheureusement, la ligue a souffert de la non-venue de Darius Bazley (encore lui) qui s’était engagé à s’inscrire à la Draft G League. Il aurait pu faire lancer un mouvement de jeune, qui aurait plus que plu au commissioner de la NBA.

Cette possibilité n’est cependant pas à écarter et nul ne doute que la NBA mettra les moyens financiers pour développer cette ligue et la rendre plus attrayante.

Des prospects de la Draft 2020 divisés

Face à ce méli-melo incommensurable, les joueurs prospects de la Draft 2020 proviennent de toutes les possibilités présentées.

Cette année le championnat australien est mobilisé autour de deux jeunes prometteurs : RJ Hampton et LaMelo Ball. Ils ont fait le choix de se tourner vers un championnat méconnu. Si Hampton affirme qu’il voulait « vivre comme un pro », les raisons pour le troisième Ball sont particulières. Tout comme l’était Lonzo Ball, son petit frère est victime des conséquences des agissements de son père, el famoso Lavar Ball. LaMelo a été forcé de quitter son lycée à l’âge de 16 ans pour tenter l’expérience professionnelle désastreuse en Lituanie. Ce pays, où le basket est roi, n’a fait aucun cadeau au petit Baller, qui est rentré chez lui pour jouer dans un championnat monté par son père, qui s’est bien évidemment cassé la figure. C’est à ce moment-là qu’il décide de se diriger vers l’Australie. Les performances des deux joueurs sont correctes mais nul ne sait si cette expérience est de qualité.

Lamelo Ball et RJ Hampton
LaMelo Ball et Rj Hampton face à face en NBL
Crédit photo : BasketUSA

De nombreux autres joueurs de l’étranger, comme chaque année, se présentent à la Draft NBA. Parmi nos frenchies, on retrouve deux talents pressentis : Killian Hayes jouant dans le championnat allemand et Théo Maledon au sein de l’équipe française en Euroleague, LDLC AVSEL.

La NCAA est plus que jamais sur la sellette et doit se réinventer pour espérer ne pas perdre tout intérêt, s’il reste encore un intérêt… La « March Madness » sera – évidement – toujours aussi médiatique, le reste de la saison ne peut que décliner au profit d’autres championnats. Malgré cela il y aura, bien évidemment, de nombreux joueurs universitaires à la prochaine Draft et pour toutes les prochaines. Malgré toutes ces alternatives, le choix de ne pas aller en NCAA est marginal. Des joueurs venus des États-Unis mais même de France continuent à s’y diriger, comme c’est le cas de nos deux frenchies de Gonzaga Killian Tillie et Joël Ayayi.

Crédit Photo : Raleigh News and Observer
Thomas Fraisse

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