Football

Et si…la Belgique avait gagné la Coupe du monde ?

« Tout peut se passer dans le football », dit la célèbre maxime. Tout, vraiment ? Avec trois grammes dans le sang et une bonne dose de mauvaise foi, prêtons-nous au jeu du football-fiction. Pour ce premier épisode, on part du scénario (hautement improbable) d’une victoire belge au dernier Mondial.

Fractures confraternelles

10 juillet 2018, 23h07. La Belgique s’impose face à la France sur la plus petite des marges. Au bout d’une partie très équilibrée, les hommes de Roberto Martinez s’en remettent au génie de Thibaut Courtois qui, monté sur une longue touche à la 97ème minute, crucifie l’équipe de France d’un retourné acrobatique venu d’ailleurs. Avant cela, les Bleus avaient bien cru ouvrir le score par Samuel Umtiti. Mais ce dernier, parti dans une danse des plus ridicules, était signalé en position de hors-jeu – fait absolument rarissime sur corner.

Alors forcément, les Bleus l’avaient mauvaise dans les vestiaires. « On s’est fait voler, crache un Hugo Lloris au bord des larmes. Ils n’ont obtenu que trois touches, vous vous rendez-compte, trois touches… Nous, on en a eu 20, on sort avec le meilleur ratio passe à ras de terre /vitesse d’exécution, et on finit par perdre le match. Les institutions de la FIFA doivent prendre leurs responsabilités, ce n’est pas possible de laisser passer ce genre de comportement. » Le capitaine des Bleus annonce dans la foulée sa retraite internationale et se retire dans l’abbaye Notre-Dame-de-la-Paix de Castagniers (Alpes-Maritimes), placée dès lors sous protection policière.

Hugo Lloris
Courage Hugo, on est tous avec toi.
Crédit montage : Alex Mariette

L’événement a en effet déclenché une crise diplomatique entre les deux frères ennemis de la francophonie. Emmanuel Macron, s’estimant choqué de l’arrogance affichée par les Diables rouges, a d’ores et déjà décidé de brûler tous les exemplaires de Tintin présents dans les salons de l’Élysée. Le Ministre de l’Intérieur rapporte quant à lui une vague de suicide inédite dans l’Hexagone depuis France – Rfa 82. Côté belge on n’a pas souhaité réagir puisque trop occupés à préparer la suite, une fois.

Duel au sommet

15 juillet 2018, 16h45. Le stade Loujniki s’apprête à accueillir un événement sans précédent : la rencontre entre deux nations quasi-novices en finale de la Coupe du monde. Cela explique sûrement l’affluence tout aussi inédite de 2 000 supporters dans une arène moscovite aux trois quarts vide, parmi lesquels l’émir du Qatar, Edward Snowden et quatre prisonniers politiques croates malheureusement aveugles. Les aficionados de la Belgique sont excusés, le match tombant inopportunément en même temps que la douzième diffusion hebdomadaire sur la RTBF de Kickboxer 8 : le retour du comeback, avec Jean-Claude Van Damme dans le rôle principal.

C’est donc dans une atmosphère quasi silencieuse que retentit La Brabançonne, hymne national belge qui s’arrête brutalement après les beuglements courroucés en tribune d’un Gérard Depardieu interrompu en pleine sieste digestive, énième provocation inacceptable de la part des hommes en rouge. En face, les Croates font sensation en demandant de soulever leur médaille d’argent avant même le début du match, la consécration pour un pays de 4 millions d’habitants dans lequel KFC n’est même pas présent.

Croatie
Les Croates peuvent exulter : ils ont battu le Danemark et la Russie.
Crédit : Alamy stock photo

On se dit que ce n’était pas une si mauvaise idée que cela en voyant les Croates menés dès la neuvième seconde de jeu, lorsque dès l’engagement Ivan Perisic claque une enroulée de 25 mètres dans ses propres filets. « Je me suis trompé de côté », affirmera plus tard le génial milieu de terrain, transféré dans la foulée dans son club formateur du FC Sochaux. La suite ne sera qu’une vaste boucherie, les Diables rouges déferlant sur la défense à damiers telles les troupes impériales sur la base rebelle de Hoth dans L’Empire contre-attaque. À la mi-temps, la Belgique mène déjà de huit buts, avec un quintuplé d’Eden Hazard et un triplé de Perisic (faut le comprendre, il s’est trompé de côté).

À la 75ème minute, Kevin De Bruyne doit être évacué sur civière après que son teint a viré au bordeaux (pas les Girondins, la couleur, arrêtez d’être cons). Tandis que le score est de 12-0, Roberto Martinez tente alors un coup tactique en faisant entrer le soigneur du staff belge, qui réalise là un rêve de gosse et inscrit 7 buts en 3 minutes. C’est le moment que choisit Luka Modric pour quitter la pelouse. Il était attendu le soir même pour un DJ set à Ibiza.

Le dernier quart d’heure est crispant, et on sent bien que tout peut basculer d’un côté comme de l’autre car comme l’a dit Stéphane Guy de Maupassant, « le football se joue avant tout dans les détails autant sur le plan tactique que sur le plan technique, et inversement ». Dejan Lovren tente bien de sonner la révolte à 16 secondes du terme en réussissant une passe, en vain. Les Belges sont champions du monde.

Bière, urine et coup d’État

16 juillet 2018, 8h52. Ce matin-là, le quotidien Le Soir, rebaptisé Le Grand Soir, titre « Les Rouges ont gagné ». On entend alors des bruits dans le caveau de Léon Trotski qui se rendort peu après, la moustache encore frémissante de rage. Pendant ce temps, c’est tout un pays qui se réveille dans la folie. En une nuit, la valeur de la Jupiler a gagné 170% à la Bourse de Bruxelles. Une poupée à l’effigie de Samuel Umtiti est installée sous le Manneken-Pis, offrant aux passants le délicieux spectacle d’un golden shower transfrontalier. La devise « L’union fait la force » est remplacée par un clairvoyant « CHAMPIONS BORDEEEL ». Voilà pourquoi on aime le foot.

Umtiti
It’s raining men… 
Crédit montage : Alex Mariette

Sur les coups de 12h30, 150 000 personnes sont rassemblés sur la Grand Place de Bruxelles, pourvue pour l’occasion d’échafaudages de chantier sur lesquels s’amoncellent des monticules de détraqu… je veux dire de supporters belges. Flamands ou Wallons, cadres ou ouvrières, discrets ou Benoît Poelvoorde ; tous sont venus assister au triomphe des Diables rouges, dans un esprit de communion et de beuverie qui fait chaud au cœur.

Leurs héros ne sont pas en reste : tandis que Thorgan Hazard, complètement arraché, exhibe sur sa fesse droite un tatouage « Je suis meilleur que mon frère », Romelu Lukaku improvise au balcon un moonwalk digne des plus grands. Et peu importe s’il laisse tomber au passage le trophée de la Coupe du monde, qui se fracasse sur le sol après une chute de 15 mètres telle une piñata en or massif. L’essentiel est ailleurs. On le comprend bien vite dans les propos émus de Thierry Henry déclarant s’être « senti belge depuis le départ » et n’avoir « jamais aimé les french fries ».

On ne racontera pas tout ce qui s’est passé ce soir-là, comme si ces instants devaient garder le voile du secret pour rester gravés dans l’histoire. Historique également, le changement de statut de Michy Batshuayi, passé en quelques heures d’attaquant remplaçant à roi de Belgique suite à l’abdication surprise du roi Philippe. Sa première mesure, annoncée en live sur Instagram, consiste à imposer à tous les écoliers belges le port d’un sac à dos Bob l’éponge. Question de principes.

Batshuayi roi (2)
Le roi Michy Ier accompagné de son fidèle conseiller. Crédit montage : Alex Mariette

Destin étoilé

22 mars 2020, 17h30. Deux ans et demi plus tard, la fièvre n’est pas retombée. Le maillot belge est désormais orné de non pas une mais cinq étoiles en référence à la victoire contre le Brésil. Partout sur la planète, le combo moustache – coupe mulet fait fureur, jusqu’à conquérir des stars tels que Brad Pitt ou Anne Roumanov. Le nouveau tube d’Angèle, Balance à ton quoi de tout oublier sauf de ramener la coupe à la maison (un peu long comme titre, mais qui est-on pour juger ?) occupe toujours le numéro 1 du Top 50. La chanson réussit l’exploit d’allier discours féministe, dénonciation de la société de consommation et récit footballistique belgophile.

Sur le terrain aussi, la suite fut radieuse. Dans la foulée du sacre, Kevin De Bruyne, Dries Mertens et Thibaut Courtois rejoignent le FC Bruges pour la somme record de 550 millions d’euros. Le président du club flamand devra pour cela hypothéquer sa maison et accepter un naming très audacieux, mais ne le regrettera pas : porté par ses champions du monde, le FC Bruges Justin Bridou réussit deux fois le triplé Coupe-Championnat-Ligue des Champions. Suite à l’épidémie de coronavirus qui décime le continent, l’UEFA décide même d’octroyer au club le titre européen pour les dix années à venir. Reconverti en attaquant, Courtois marque 125 buts en 110 matches et remporte ses deux premiers ballons d’or, reléguant ainsi la rivalité Messi-Ronaldo au rang de lointain souvenir.

Courtois (2)
Le géant belge n’a pas fini de nous étonner.
Crédit montage : Alex Mariette

Alors, en juillet 2058, quand Thibaut Courtois se balancera sur son rocking-chair en titane dans son appartement cosmique avec vue sur la planète bleue dévastée, il pourra raconter à ses enfants que cette Terre, il l’a conquise, lui, comme Alexandre le Grand ou Gérard Lenorman en leur temps. Avant de se resservir une pinte de blonde, le cœur nostalgique, au bon souvenir d’un certain été 2018…

 

Crédit photo : Reuters
Vincent Marcelin

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