Cyclisme

Steven Henry : « J’aimerai bien avoir plusieurs Benjamin Thomas ! »

Les Championnats du Monde de cyclisme sur piste se sont terminés dimanche à Berlin. L’équipe de France repart d’Allemagne avec cinq médailles, soit le même total que l’an dernier. Benjamin Thomas, titré sur l’omnium, est la grande satisfaction, alors que les épreuves olympiques de sprint sont le point noir des Tricolores. Steven Henry, l’entraîneur national d’endurance en cyclisme sur piste, revient pour nous sur ces Mondiaux.

Comment avez-vous préparé ces Mondiaux ?

Nous avons travaillé en partenariat avec les équipes des coureurs pour avoir une mise à disposition assez importante. Pour les filles, cette mise à disposition s’est étendue tout l’hiver. Les garçons, on les a eu jusque mi-novembre pour les premières manches de Coupe du Monde. Ils sont revenus début janvier pour un stage au  Portugal, la manche de Coupe du Monde au Canada et un dernier stage à Saint-Quentin-en-Yvelines.

On considère ces Mondiaux comme une répétition générale avant Tokyo 2020. Mais les Bleus ont péché sur les épreuves olympiques. C’est donc un bilan plutôt négatif que vous tirez ?

Non, il est plutôt positif, 6 épreuves olympiques. On revient avec 33 % de podiums. En poursuite par équipes dames, on sait qu’on joue pas le podium. Il y a deux ans, si on nous avait dit qu’on serait qualifié pour les JO, on aurait signé des deux mains. C’est super pour cette équipe très jeune !

On sort un peu déçu de l’omnium dames, Clara Copponi a fini un peu loin à cause d’erreurs tactico-techniques. Le lendemain, sur la Madison, elle a été très performante. Ça montre qu’on a pas mal de travail en analyse vidéo à faire. Nous sommes aussi déçus de la poursuite par équipes hommes, même si cette déception s’étale depuis quelques temps maintenant. La qualification pour les JO tenait du miracle. On la rate dès la 1ère année du processus des qualifs’. Mais tout n’est pas à jeter, on a réussi à valider un bon temps, ce qui nous replace dans le jeu.

On sait qu’aux JO, on aura une bonne chance de médaille avec Benjamin Thomas. Il termine aussi 6ème sur la Madison mais il n’était pas à 100 % du fait de l’enchaînement des épreuves.

J’ai le sentiment que Benjamin Thomas est un peu l’arbre qui cache la forêt. Qu’en pensez-vous ?

Pas forcément, je pense que beaucoup de nations nous envient d’avoir un athlète comme lui. Il y a 4 ans, on était loin du compte. Aujourd’hui, on est dans le jeu en madison ou en omnium par exemple. On ne peut pas ramener une médaille dans toutes les épreuves ! Et puis, il y a pas mal de jeunes qui arrivent. Je pense à Donovan Grandin, champion du Monde juniors il y a un an et qui est déjà chez les élites.

Marie Le Net et Clara Copponi (vices-championnes du Monde de l’Américaine) ont seulement 20 et 21 ans. Kevin Vauquelin pointe le bout de son nez. J’aimerais bien avoir plusieurs Benjamin Thomas ! Mais je pense que dans ma carrière j’en verrai peut-être qu’un seul. Derrière lui, ce n’est pas le désert.

Le coureur de la Groupama-FDJ peut avoir le sourire. Il vient de remporter son troisième titre mondial sur la piste.
Crédit photo : AFP/Odd Andersen

Comment va s’organiser la préparation pour Tokyo 2020 à présent ?

Toute l’équipe part pour un stage d’altitude de 3 semaines en Sierra Nevada. Puis, on va reprendre les stages d’entraînement en avril. Il y a une interrogation concernant le test-event des JO, prévu début avril, à cause de l’épidémie de coronavirus. Au mois de mai, on va alterner entre compétitions sur route, stages et compétitions sur pistes. On sera par exemple à Minsk en mai, puis au Mans et enfin en Italie en juillet.

A quoi servent ces stages en altitude pour des cyclistes sur piste ?

Ces stages permettent d’améliorer la capacité aérobie (effort peu soutenu) et la capacité anaérobie (effort soutenu). Cela nous permet aussi d’améliorer la récupération et de travailler les reproductions d’efforts.

Quelles nations vous a le plus impressionnées durant ces Championnats du Monde ?

C’est vrai que les Néerlandais ont été impressionnants sur les épreuves de sprint. Ils étaient vraiment au-dessus. Ils ont mis en place un plan depuis 2008 et font un gros travail de détection et de musculation.

Je pense aussi aux Allemands qui ont une grosse densité de très bons coureurs chez femmes. Les Danois aussi sont très réguliers et enchaînent les podiums en poursuite par équipes. Concernant les Anglais, je les vois bien en dessous de ce qu’ils avaient fait aux Jeux de Londres et Rio.

Le sprint néerlandais a été impressionnant et risque de jouer les premiers rôles aux Jeux Olympiques.
Crédit photo : AFP/Odd Andersen

L’UCI (Union Cycliste Internationale) a annoncé une réforme du cyclisme sur piste (création de nouvelles épreuves comme la Nations Cup et la Track World League). Que vous inspire cette réforme ?

Cette réforme est encore très floue, notamment sur le calendrier et l’activité commerciale autour de celle-ci. Je n’y vois pas un gros intérêt. On va devoir traverser la planète pour faire un scratch et une élimination. Par contre, basculer la discipline l’été, ça peut être plus facile pour nous, notamment pour la disposition des coureurs.

Il peut y avoir un intérêt pour avoir un Championnat d’Europe toutes disciplines comme à Glasgow en 2018.  On aura ça à Munich en 2022 par exemple. Il y aura aussi un Championnat d’Europe à Minsk avec toutes les épreuves du cyclisme. Cela peut nous donner un avantage en terme de médiatisation. Ce ne sont pas forcément les coureurs du Tour de France qui font la piste, l’UCI ne doit pas se tromper de cible !

Crédit photo : Direct Vélo
Matthieu Heyman

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