Cyclisme

Romain Bardet : Grand cycliste trop décrié

Si vous ne regardez le vélo qu’au mois de juillet depuis 2 ans, Romain Bardet n’est pour vous qu’un simple coureur français, trop fébrile pour titiller les favoris. Mais ce n’est pas le cas. Après 2 années compliquées, il revient avec un programme de course inédit et de grandes ambitions. Cet article est l’occasion de montrer que l’Auvergnat reste un grand. 

Le coureur français a débuté sa carrière pro en 2012 chez AG2R La Mondiale. Il a depuis toujours été fidèle à la formation de Vincent Lavenu. Après seulement une saison, il est aligné au départ de la Grande Boucle. Il n’a que 22 ans. Ceci est loin d’être anecdotique. Très vite annoncé comme le nouveau phénomène du cyclisme français, en compagnie de Thibaut Pinot, on place en lui de grandes attentes. Ainsi, le natif de Brioude se voit confier la lourde tâche de ramener un maillot jaune sur les Champs.

Agent Bardet en mission

0-0-7 : 0 maillot jaune, 0 jour en jaune, 7 participations au Tour de France. Ce n’est pas faute d’avoir essayé. Pendant 7 ans il a organisé sa saison autour de la Grande Boucle. Les nombreux stages en altitude dans le sud de l’Espagne en témoignent. Il a pris très au sérieux les attentes du public et ses efforts ne furent pas vain. Cinq fois sur sept il a terminé le Tour dans le top 10. L’Auvergnat compte, à l’heure qu’il est, 3 victoires d’étapes sur les routes de la Grande Boucle. En 2016, il monte même sur la 2ème marche du podium derrière un Christopher Froome inhumain. Enfin, il prend la 3ème place en 2017 avant de connaître deux années délicates.

En effet, 2018 et 2019 ne resteront pas dans les annales pour Romain. Malgré une 6ème place en 2018 et un maillot à pois lors de la dernière édition, le Français est parti en vacances avec un sentiment de frustration. Les attaques ne sont plus aussi tranchantes, les jambes ne répondent pas quand il faut suivre les favoris, et surtout, c’est toujours aussi compliqué lors des contre-la-montre. Mais pourquoi n’a-t-il encore jamais réussi à monter sur la plus haute marche ?

L'Auvergnat a remporté le classement de la montagne sur le Tour 2019 /AFP/Jeff Pachoud
L’Auvergnat a remporté le classement de la montagne sur le Tour 2019 /AFP/Jeff Pachoud

Contre-la-montre, Sky, mental…

Le problème des chronos est une chose. C’était et cela reste le point faible de Bardet. Ce point faible est d’autant plus criant avec l’émergence et l’affirmation des grimpeurs-rouleurs sur les Grands Tours comme Tom Dumoulin et Primoz Roglic.

Force est de constater que la domination de la Sky (désormais Ineos) en est une autre. Le tricolore est peut-être arrivé au mauvais moment. Froome 4 fois, Thomas en 2018 et maintenant Egan Bernal (et c’est parti pour durer !), Romain a dû affronter une formation britannique où une grande partie des équipiers avait une place de leader dans une autre équipe. Dans un contexte de soumission face au tempo Sky, il fait tout de même partie des rares coureurs qui ont tenté de faire craquer l’armada de Froome et cie. En vain.

Son calendrier de course et d’entraînement a parfois été mal organisé. Ce qui explique qu’il n’ait pas eu ses pics de forme lors de ses principaux objectifs (Ex : Tour de France). Et quand on n’obtient pas ce que l’on souhaite sur une course, on est déçu et le moral en prend un coup. On a souvent vu Romain attristé par ses performances récemment, ne comprenant pas pourquoi cela ne fonctionnait pas. Mais on l’a aussi aperçu sourire quand, après un début de Tour raté, on le retrouvait à l’avant de la course jouant un maillot à pois qu’il a ramené à Paris.

Il a prouvé qu’il avait de la ressource, après plusieurs moments galères, pour retrouver foi en son vélo. Pourtant on sait tous au fond de nous que le Français a les qualités pour viser bien mieux qu’un classement de la montagne.

Des résultats honorables

Celui qui compte 7 victoires dans sa carrière (toutes en France) se place chaque année sur les plus belles classiques du circuit. 3ème sur Liège-Bastogne-Liège et 2ème sur les Strade Bianche en 2018, l’Auvergnat a prouvé au peloton qu’il avait le punch pour rivaliser sur les courses d’un jour. Le dernier exemple qui nous vient à l’esprit, c’est sa 2ème place sur les championnats du monde 2018 d’Innsbruck. Ce jour-là, tout est mis en place pour déposer Julian Alaphilippe dans la dernière ascension. Mais Alaf’ ne parvient pas à suivre la roue de Bardet qui verra Valverde lever les bras quelques centimètres devant lui.

Alejandro Valverde a réglé Bardet au sprint d’Innsbruck/J. Prevost/L’Equipe

Ainsi, en 2020, Romain entend bien revivre ce genre de sensations. L’homme qui n’a jamais gagné hors de l’hexagone a donc fait des choix forts quant à cette nouvelle saison.

2020 : l’année du changement

Contrairement à une bonne majorité du peloton, Romain Bardet n’a pas passé tout l’hiver au chaud. Il a bien sûr pris part au traditionnel stage de cohésion de son équipe à Gandia. Mais, le coureur de 29 ans a aussi profité de la trêve pour retourner, le temps de quelques semaines, aux joies du cyclo-cross : un bon moyen pour couper avec le reste de l’année et pour se remettre en question. Car le Français nous a réservé quelques surprises dans son calendrier :

On ne verra pas le vice-champion du monde 2018 sur la Grande Boucle cette année. Il a complètement revu sa préparation afin d’atteindre ses nouveaux objectifs. En 2020 il découvrira les routes du Giro et ses ascensions volcaniques. Puis, il retournera pour la deuxième fois de sa carrière sur La Vuelta (17ème en 2017) afin de préparer au mieux les mondiaux. Enfin, entre ces 2 Grands Tours, on devrait retrouver le Français aux Jeux Olympiques de Tokyo.

Un calendrier qui en dit long sur ses ambitions. Tous ces changements montrent qu’à 29 ans, Romain Bardet entend bien prouver à ses détracteurs et au monde entier qu’il en a encore sous la pédale.

Crédit Photo : lci.fr
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(2 commentaires)

  1. Espérons que Romain soit résolu à regarder devant lui cette saison en ayant confiance en ses capacités et sans se retourner comme quand il porte une attaque

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