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Benoit Durand : « Les commentateurs ont peur du vide »

Victoire des Bleus aux championnats d’Europe de Volley, Jeux Olympiques de Rio, championnats d’Europe d’athlétisme, Critérium du Dauphiné, Roland Garros… Benoit Durand, commentateur et journaliste chez France TV sport depuis 2007, s’est fait un nom au sein de la profession. En effet, le natif de Saintes a même remporté le micro d’or en 2018 ! Les Olympistes sont partis à sa rencontre pour parler du métier de journaliste, de plus en plus décrié de nos jours.  

Vous avez obtenu le prix du public au micro d’or en 2018. Quelles sont les principales qualités d’un commentateur ?

Le métier de commentateur ne nécessite  pas réellement de qualités spécifiques. C’est plutôt naturel, inné. Mais tout ce travail, à l’image de Romain Barras (champion d’Europe d’athlétisme) qualifié de « besogneux ». Un très bon commentateur parvient à transmettre les émotions qu’il perçoit, tout en informant le téléspectateur. Ce dernier doit avant tout commenter ce qui n’est pas évident à l’image. La description pur et dur de l’action n’intéresse personne. « Quelle frappe du pied droit qui finit au fond des filets ! ». Merci, je l’avais vu aussi ! Tu essayes de transmettre l’atmosphère présente dans le stade. Néanmoins, il ne faut pas surjouer, en rajouter ou encore hurler pour hurler… Un commentateur doit savoir contrôler ses émotions et ne jamais oublier qu’il est à l’antenne !

La façon dont Patrick Chêne a commenté le Tour de France perdu par  Laurent Fignon en 1989 est selon moi un exemple à suivre. Il s’agit de la dernière étape du Tour, un contre-la-montre qui oppose le Français Laurent Fignon à l’Américian Greg LeMond. C’est simple : il perd la Grande Boucle, ou la gagne. Dans tous les cas, l’émotion sera grande. Mais c’est là que Patrick Chêne a été fort : il a su anticiper en notant les écarts et donner immédiatement le résultat sans attendre le classement officiel : « 8,7,6… Laurent Fignon a perdu le Tour ».

Les spectateurs reprochent régulièrement aux commentateurs de monopoliser la parole, ce qui oblige certains à couper le son. Quelle genre de commentateur êtes-vous ?

Concernant ma façon de commenter, je ne suis pas un grand fan des fiches. Ce qu’il s’est passé plusieurs années en arrière m’importe peu. Ce qui m’intéresse, c’est de transmettre aux téléspectateurs les émotions que je ressens et de distiller les informations que j’aurais intégré en amont du match. Je trouve cela beaucoup plus naturel et agréable que la simple lecture d’une fiche. Je suis persuadé que tu resteras un meilleur commentateur en étant régulièrement au contact des athlètes. Lorsque tu es passionné par quelque choses, tu intègres très facilement l’information, pas besoin de fiche !

Selon moi, les commentateurs TV ont peur du vide : ils parlent donc beaucoup, et parfois pour rien ! Il s’agit de l’un des plus gros défauts du journaliste, que ce soit à la TV ou en presse écrite. Il faut avant tout faire preuve de sobriété. Actuellement, j’ai plutôt l’impression que l’on met de plus en plus en avant les commentateurs faisant preuve de cette simplicité.

Vous êtes un grand passionné de volley. Le titre des Bleus aux championnats d’Europe en 2015 a dû profondément vous marquer, d’autant plus que vous l’avez commenté aux côtés d’une légende du volley français, un certain Alain Fabiani… Racontez-nous !

Au départ, nous étions partis aux championnats d’Europe pour faire du reportage. Puis France TV m’a indiqué que si l’équipe de France arrivait en finale, il diffuserait le match. La veille de la finale donc, je m’empresse d’acheter un costard dans un magasin de la capitale bulgare (rires), mais je devais surtout trouver un consultant ! J’ai directement pensé à Alain Fabiani. D’un point de vu générationnel, c’est comme-ci c’était la différence entre Michel Platini et Zinédine Zidane. Ici, c’est entre Alain Fabiani et Earvin Ngapeth. C’était d’autant plus incroyable que ce dernier s’apprêtait à commenter le premier titre de l’histoire du volley français, chose qu’il n’a jamais réussie à faire en tant que joueur. Pourtant, c’était un véritable géant de la discipline.

Crédit Photo : Sport Buziness

Quel regard portez-vous sur la profession aujourd’hui ? Avec notamment l’émergence des fakes news ?

Cela tend à décrédibiliser notre métier ! Aujourd’hui, avec un simple logiciel, n’importe qui est capable de mettre une information en ligne. L’essor du numérique est l’une des causes de la méfiance envers notre profession. Avec un téléphone et un logiciel, beaucoup de personnes se prennent pour des photographes. Un bon photographe est à l’origine quelqu’un qui capture l’instant, ce n’est pas avant ni après, mais maintenant.

En effet, l’opinion public concernant la profession n’a jamais été aussi bas…

C’est rude. Cela est en parti dû à cette première remarque, mais il y a aussi des journalistes qui n’exercent pas leur métier correctement. On leur demande d’aller chercher l’information très vite, sans forcément la vérifier. Plusieurs journaux et chaînes télévisées possèdent une ligne éditoriale politisée. Les journalistes doivent alors traiter l’information sous un certain angle.

Quid du journalisme sportif ? Êtes-vous libre ?

Complètement. Nous sommes moins soumis à cette pression dans le sport. La réelle contrainte est plutôt celle des marques, des sponsors. Quand je couvrais des courses de rallye, j’étais par exemple obligé d’attendre que le pilote ait mis sa casquette Red Bull pour pouvoir l’interviewer. Sinon, nous sommes libres de la proposition des sujets et de la façon de les traiter.

On reproche souvent à un journaliste de ne pas être objectif… Qu’en pensez-vous ?

L’objectivité, je n’y crois pas une seconde. L’objectivité, c’est pour les objets ! Nous sujet, sommes incontestablement subjectifs. Toutes les informations traitées passent par notre propre prisme.  En revanche, il faudra toujours être honnête, c’est ça la différence. L’objectivité et l’honnêteté sont souvent confondus. On ne veut pas forcément avoir notre avis, mais cela ne me dérange pas que l’angle choisi soit assumé. Par exemple, l’avis de Benoit Durand sur Kevin Mayer n’intéresse personne ! Par contre, il est intéressant de vous raconter ce qu’il se passe en dehors du champ des caméras. Quoi que tu fasses, il y aura toujours une part de toi dans un sujet. Mais il ne faut en aucun cas transformer les faits ou oublier de dire une information sciemment. Notre métier se résume avant tout à donner la parole à tout le monde lorsqu’un sujet fait débat. Ensuite, chacun se fait son opinion.

Comment gérer vous vos relations avec les sportifs de haut niveau ?

Le métier de journaliste permet de faire des choses auxquelles tu n’avais jamais pensé auparavant. A l’image du jour où nous nous sommes retrouvés à filmer une partie de basket entre Teddy Riner, Thierry Henry et Tony Parker. Le tout dans la villa de l’ancienne vedette des Spurs ! On rentre chez nous, mon collègue s’arrête et me dit : « Tu imagines quand même ! ». Et je me disais exactement la même chose. On se demandait ce que l’on fichait là face à ces trois géants !  Mais il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une relation privilégiée, tu ne peux pas les considérer comme des proches. Je trouve cela beaucoup plus intéressant que ce soit eux qui nous ouvrent leurs portes plutôt que de gratter la moindre chose. C’est d’autant plus gratifiant, et cela nous pousse à produire un travail d’une qualité toujours meilleure.

Crédit Photo :
Adrien LEROUX

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