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Ultra-trail : Yvonnick Simon, à force de mental

Transpyrenea, Tor des géants, Ronda del cims,…ou autant de noms derrière lesquels se cachent un défi, une aventure, des kilomètres aussi. Aujourd’hui, Les Olympistes partent dans les pas d’un habitué de l’ultra-trail, également coach sportif et mental : Yvonnick Simon. Ces quelques lignes sont l’occasion d’y évoquer un autre aspect du sport et qui, dans l’ultra-trail, ne doit pas faire défaut : la préparation mentale.

Amoureux des longues distances et de la difficulté, Yvonnick Simon fait ses débuts dans le trail pour une raison physiologique : « Je ne pouvais pas courir très vite ». Le but étant aussi de pallier à une certaine lassitude et se forger de nouveaux objectifs. 6 jours de Private (660km), Traversée des Pyrénées (870km), Tor des géants (330km), cet homme-là en a déjà vu quelques-unes. Et c’est cette expérience qu’il met au service de sa formation et de son métier : coach sportif.

Se préparer en amont, anticiper les échéances

Travailler son mental, se préparer en amont, Yvonnick Simon suppose que beaucoup de coureurs le font sans le savoir. Ils ne l’ont simplement « pas formalisé« . Avoir un fort mental ou des stratégies mentales semblent donc une évidence pour réussir en ultra-trail. Au point d’être plus important que le physique ? Selon lui, « on ne saura jamais quelle part a le mental par rapport au physique, c’est le combiné des deux ensemble, l’un a besoin de l’autre« .

Mais alors, quelle forme prend-t-elle cette préparation ? Aujourd’hui, de plus en plus de techniques existent pour l’améliorer. Plusieurs outils peuvent vous être utiles : parmi eux, la fixation d’objectif. « Qu’est-ce que je vais faire dans cet ultra ? Comment je vais y arriver ? Qu’est-ce que j’attends de ces objectifs ?« . Planifier une programmation est aussi l’occasion de se rassurer avant un événement,  la pensée positive doit se travailler dès l’entraînement : il faut apprendre à « positiver » un élément négatif, le « transformer en quelque chose qui nous fait aller de l’avant« .

Crédit photo – Bien chez soi

Se préparer mentalement, c’est finalement penser l’imprévu, quel qu’il soit (une hypoglycémie, un lacet qui casse…), puisque ces éléments ne doivent pas impacter la performance négativement. Et si ces « petites » choses-là ne sont pas innées, il faut se les rendre évidentes quotidiennement. D’ailleurs, « la préparation mentale sert dans tout, que ce soit la vie professionnelle ou la vie familiale. »

Et pendant l’effort ?

On a beau se préparer, encore faut-il le mettre en pratique. D’autant plus que l’ultra-trail est particulièrement exigeant : fatigue, pression, météo capricieuse parfois, sont des éléments avec lesquels il faut être capable de jongler sur le long terme. Et si le soutien de la famille peut être un véritable boost, ces périodes d’euphorie peuvent avoir de lourdes conséquences. « Pour éviter ces manques de lucidité, il faut parfois se dire de boire toutes les 20 minutes, manger toutes les heures. Rien n’est fait au hasard et c’est cette maîtrise de l’avant qui va faire que l’on peut tout mettre en oeuvre pendant« . Sur ses premières expériences à l’UTMB, Yvonnick Simon raconte :  « Quand j’arrivais aux bases-vie, j’ouvrais mon sac et j’avais une feuille. J’avais tout écrit : bois bien, changes-toi,… Et puis je mettais tout le temps une petite phrase, une citation, et ça me permettait de repartir« .

« C’est cette maîtrise de l’avant qui va faire que l’on peut tout mettre en oeuvre pendant. »

Autre sujet sensible pendant l’effort : l’abandon, un « brouillon de la performance » selon le coach sportif. Lui aussi en a essuyé quelques-uns. Jamais ils n’ont été synonymes d’échecs. « J’ai abandonné, ça permet de rebondir encore plus fort après« . Quand la tête ou le corps ne peuvent plus, l’abandon a le droit de s’imposer. Même s’il faut être conscient que courir un ultra-trail nécessite d’avoir traiter ses soucis personnels avant la course, sinon de les avoir laisser sur le côté. « Il faut absolument être disponible dans sa tête pour pouvoir bien réagir« .

« L’expérience des événements que l’on vit font que l’on devient meilleur »

Chaque course est ainsi une nouvelle histoire à écrire, à parcourir. Notre ultra-trailer en a vécu de belles, lui. Parmi elles, la Traversée des Pyrénées (Transpyrenea), une épreuve difficilement qualifiable d’ultra-trail. Imaginez, environ 870km de presque autonomie à sillonner cols et montagnes, entre les balisages du GR10 et la navigation GPS. D’ailleurs, tout avait plutôt mal commencer : « Sur les premiers 24H, je n’allais pas bien du tout. Je m’alimentais mal. Tout se noue à l’intérieur, tu ne peux plus rien boire ni rien manger. » C’est ici que la préparation mentale rentre en jeu. « Tu avances, tu ne te poses pas de question, tu vas d’objectif en objectif, de base-vie en base-vie et tu ne penses jamais à la fin. Parce que penser à la fin c’est penser à tous les problèmes que tu pourrai avoir ». A cet instant-là, le corps devient véritablement « une machine« . 13 jours et 312h plus tard, Yvonnick Simon passe la ligne d’arrivée…en 5ème position. Un tel accomplissement est sans doute difficile à imaginer ? En réalité, il faut surtout le vivre pour se le figurer.

Vivre de telles expériences c’est aussi tirer des leçons, pouvoir les mettre en application dans le futur. Mais attention tout de même à la fréquence des objectifs ! « Je me suis blessé cette année et je me rends compte de la chance que j’avais de pouvoir faire ça, mais que parfois c’était sûrement trop répété. Il faut laisser le temps au temps et pas seulement physiquement, mentalement aussi. » Il ne s’agit pas non plus de se lasser. Parfois, pour reprendre du plaisir, il faut se fixer moins d’objectifs et bien se préparer à nouveau.

A la recherche de nouveaux concepts…

Le trail, l’ultra-trail sont aujourd’hui des phénomènes particulièrement développés. Trop ? Une chose est sûre, elle est bien loin l’époque où « on pouvait s’inscrire 1 mois ou 15 jours avant« . Et le trail devient aussi une pratique de plus en plus élitiste où il faut désormais courir pour gagner des points. Yvonnick, lui, est à la recherche de nouveauté, loin des grandes organisations. Les courses « en off » se développent également, sans dossard : des gens se retrouvent, font un bout de chemin ensemble. »Avec le temps, on a envie de faire des choses plus intimistes plutôt qu’une course avec 15000 coureurs, le trail a trop évolué dans cette direction-là« .

Le Treg (Tchad) en 2017, 180 km         Crédit photo – L’Hebdo de Sèvre et      Maine

Prochain objectif, l’UTAT (Ultra Trail Atlas Toubkal) au Maroc. En octobre 2020, Yvonnick Simon fera donc partie des quelques 60 passionnés qui partiront à l’assaut du massif du Toubkal et ses 105km (pour 8000m de dénivelé). Nouveau défi, nouvelle préparation pour celui qui estime ne pas encore avoir réalisé la course de sa vie : « La course de ma vie, ce n’est pas forcément par la distance ou par la difficulté, c’est peut-être par le plaisir que l’on va prendre, parce que je vais partager ça avec ma famille, je ne sais pas« . Et puis peut importe la distance ou l’événement, lorsque l’on passe la ligne d’arrivée, vous aussi vous l’avez peut-être ressenti cette sensation. Vous savez, celle qui nous fait se retourner sur le chemin parcouru, depuis le tout début de votre préparation, jusqu’à ce jour.

Crédit photo – Coach Esprit Sport
Justine ROY

 

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