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Jour 18 : Abebe Bikila, le marathonien aux pieds nus

Un symbole, un précurseur. Voici 2 termes qui semblent parfaitement coller au personnage d’Abebe Bikila. C’est un 10 septembre, celui de l’an 1960, que le coureur éthiopien construit sa légende, en remportant l’épreuve du marathon des Jeux Olympiques de Rome. Un triomphe, synonyme de record du monde, acquis, non pas à la sueur de son sang… mais à la corne de ses pieds.

Le succès de tous les symboles

Au départ de ce marathon historique, Abebe Bikila n’est pas loin de frôler l’anonymat. Fils de berger, membre de la garde royale de l’empereur Haïlé Sélassié, l’Éthiopien n’est sélectionné pour ces JO qu’à la suite d’une blessure de l’un de ses compatriotes. S’il se murmure qu’il est déjà l’auteur de solide chrono sur 42.2 km, les commentateurs sont les premiers surpris de sa capacité à tenir tête aux cadors de la discipline. L’étonnement grandit encore quand, dans l’obscurité de cette fin de soirée italienne, les spectateurs discernent les pieds nus de Bikila. Pas de chaussures, pas de problèmes pour Abebe. La paire qu’il portait à l’entraînement ne lui aurait apporté que des ampoules. L’Éthiopien a développé une corne plantaire particulière, au rythme de ces entraînements sur les hauts plateaux d’Addis Abeba. Ces chevauchées pieds nus n’ont jamais fait peur au coureur malgré les réticences de son entraîneur Onni Niskanen. Le parcours est pourtant accidenté dans des rues romaines, simplement éclairées par les torches de soldats.

Mais qu’importe. Abebe Bikila tient tête aux meilleurs et notamment au Marocain Abdeslam Radi. Cependant, le duel prend fin à 2 km de l’arrivée, lors d’un passage devant l’obélisque d’Aksoum. Un monument célèbre mais surtout volé par Mussolini à l’Éthiopie en 1937. Le symbole crève les yeux mais ne coupe pas les jambes à Bikila. Le militaire accélère et décroche son adversaire. Abebe Bikila ne lâchera pas sa première place et s’en va remporter l’épreuve au pied de l’Arc de Triomphe de Constantin. Encore un pied de nez à l’Histoire, les troupes de Mussolini étaient parties de ce point avant d’aller conquérir l’Éthiopie…

Abebe Bikila porté en triomphe. L’empereur Sélassié lui offrira une voiture en récompense alors que les compagnons de la garde royale de Bikila seront pendus, suspectés de préparer un coup d’état.
Crédit photo : herminerunning.com

Abebe Bikila, à jamais le premier

Ce succès de Bikila est lourd de sens de part le passé fasciste de l’Italie mais promet également un avenir sportif à l’Afrique de l’Est. Abebe est le premier éthiopien médaillé aux JO mais aussi le premier champion olympique d’Afrique noire. Son chrono de 2h 15min 16sec lui permet de battre le record du monde (de Popov) d’une seconde et l’impression de facilité dont il a fait preuve tranche avec les clichés dont les Africains étaient parfois victimes à l’époque.

La légende d’Abebe Bikila ne s’arrêtera pas là. Il remporte à nouveau le marathon lors des Jeux de Tokyo en 1964 en se payant le luxe de porter des chaussures. L’Éthiopien sortait pourtant d’une opération de l’appendicite intervenue 35 jours plus tôt. Il sera malheureusement victime d’un accident de voiture en 1969 qui le privera de l’usage de ses jambes. L’ancien coureur poursuit tout de même le sport (tir à l’arc, course handisport) et s’éteindra à 41 ans suite à une hémorragie cérébrale. 1973 marque donc la mort d’Abebe Bikila, un héros capable d’inspirer de nombreux Éthiopiens, moult Africains mais aussi d’innombrables coureurs… le tout sans souliers.

Crédit photo : Le Parisien
Marius VEILLEROT

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