Cyclisme

Jour 5: La sécurité des cyclistes : un débat de sourd sans fin

Pour ce 5ème jour du calendrier de l’Avent, les Olympistes s’attardent sur un problème de société très grave : la sécurité des cyclistes. Elie Gesbert, Letizia Paternoster ou encore Alessandro De Marchi. Récemment, la liste des professionnels victimes d’accident de la route a pris de l’ampleur. Le phénomène n’est pas nouveau, est grave et touche tout le monde. Les cyclistes appellent au changement mais personne ne semble les écouter.

« Cher automobiliste, je te hais de tout mon cœur »

Ces mots sont ceux d’Alessandro De Marchi et témoignent d’un ras-le-bol général. L’Italien a été victime d’un accident qui a failli lui être fatal. Le cyclisme est beau mais le cyclisme tue. Il tue un jeune amateur de 16 ans dans les Côtes d’Armor mi-novembre. 167 cyclistes ont perdu la vie en 2018, un chiffre en hausse de 14 % depuis 2013. Les campagnes redondantes de prévention semblent inefficaces et la fracture entre automobilistes et cyclistes semble n’avoir jamais été aussi forte. Il suffit d’un entraînement un dimanche matin dans le milieu amateur. Les causes de tension sont nombreuses mais celles revenant le plus est le fameux « deux de face ». Le Code de la route stipule que, hors agglomération, les cyclistes peuvent rouler en deux de face (c’est à dire l’un à côté de l’autre). Néanmoins, si une voiture arrive derrière, les cyclistes doivent rouler en file indienne. Ce passage en file indienne est rarement respectée par les cyclistes. En effet, il s’agit d’une manœuvre complexe, d’autant plus en peloton, et usante. Et la mentalité du « A salopard, salopard et demi » reste prépondérante chez les cyclistes, souvent victimes de dépassements dangereux.

Le témoignage d’Alessandro De Marchi a marqué les esprits. Crédit photo : alessandro_demarchi

Quelles solutions ?

La symphonie semble se répéter inlassablement, mais que faire pour l’endiguer ? Mathilde L’Azou, photographe côtoyant le milieu de la petite reine, est l’un des fers de lance dans cette lutte pour la sécurité routière. Selon elle, il faut passer par « la sensibilisation » et la « prise de conscience » chez les automobilistes, souvent peu gênés d’utiliser leur téléphone au volant. Elle rappelle aussi le silence des politiques et des pouvoirs publics à ce sujet. Avec le #BalanceTonAuto, Mathilde L’Azou a essayé de faire entendre la voix des cyclistes dans un débat public indifférent. Les campagnes menées par la Sécurité Routière, choquantes ou non, ne semblent pas être avoir l’impact escompté. Même les spots les plus choquants n’y font rien, en témoigne cette vidéo réalisée par une assurance suisse.

Pourtant, les cyclistes font entendre leur voix par le biais de manifestations comme ce fut le cas en octobre dernier à Schiltigheim, en Alsace, après la mort d’une cycliste. En juin 2017, à l’initiative notamment de certains coureurs professionnels, une grande manifestation avait lieu à Paris. Une lettre ouverte de ces derniers sur ce sujet a été transmise à Emmanuel Macron, en vain.

Manifestation à Nantes. Crédit photo : PAVélo_Nantes

Enfin, il est bon de rappeler que de nombreux accidents seraient évités si les pistes ou bandes cyclables étaient plus nombreuses et en meilleur état. Encore une fois, c’est aux pouvoirs publics d’agir… Néanmoins, n’oublions pas que les automobilistes ne sont pas responsables de tous les accidents et que, dans certains cas, les cyclistes ont leur part de responsabilité. Deux parties se renvoyant la faute, un débat public inexistant pour un problème concernant tout le monde : un dialogue de sourd qui n’a pas fini de faire parler de lui. En attendant, les cyclistes meurent…

Crédit photo : François Guillot/AFP
Matthieu Heyman

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