Cyclisme

Patrick Chassé : « Laurent Fignon m’a appris le vélo ! »

Grande voix du journalisme sportif notamment en cyclisme, Patrick Chassé a accepté de répondre à nos questions. Depuis près de 30 ans, il commente les courses cyclistes pour Eurosport, Europe 1 ou encore la chaîne L’Équipe. Espérance pour la saison 2020, évolution du métier du travail du journaliste sportif en passant par ses plus beaux souvenirs, Patrick Chassé n’a esquivé aucun sujet. Interview.

Qu’allez vous retenir de cette saison 2019 ?

Je suis plus souvent marqué par les défaites plutôt que par les victoires, d’autant plus lorsque ces contre-performances sont inattendues : Thibaut Pinot et Romain Bardet m’ont beaucoup ému, j’étais désolé pour eux. Je comprends que les Français se soient passionnés plus que d’habitude pour le Tour car on a vécu des choses aussi émouvantes qu’inattendues. C’est ces moments là que je préfère, quand tout bascule. Un peu comme lorsque Laurent Fignon perd le Tour pour 8 secondes en 1989. En haut des Champs-Elysées, il est en jaune, en bas il ne l’est plus.

Que peut-on espérer pour la saison à venir notamment pour les Français ? 

A cette époque de l’année, les programmes ne sont pas totalement connus, les coureurs discutent encore avec leur staff, donc on ne sait pas encore grand chose. Le tracé du Tour de France peut convenir à Thibaut Pinot et c’est un joli clin d’œil de la part des organisateurs de mettre l’unique contre-la-montre de l’édition, à la Planche des Belles-Filles. Il sera chez lui ! De son côté, on verra si Julian Alaphilippe fait du classement général du Tour son objectif principal. Je pense que cela dépend aussi de son directeur sportif, Patrick Lefevere. S’il se consacre au Tour, il faudra évidemment compter sur lui car, à la différence de Thomas Voeckler en 2011, il a les caractéristiques physiques adéquats. Je pense que ce Tour de France va changer beaucoup de choses pour la suite de sa carrière.

On a quand même la chance d’avoir, avec Bardet, Pinot et Alaphilippe, trois magnifiques coureurs capables de briller sur les grands tours.

Romain Bardet et Thibaut Pinot, deux chances françaises sur le Tour.
Crédits photos : Jeff Pachoud/AFP

Vous avez suivi le Tour 2019 en vous déplaçant grâce à votre vélo et les transports communs. Pouvez-vous nous en dire plus sur cet expérience et les leçons que vous en avez tiré ?

Ce fut une très belle expérience et désormais, je ne me vois plus faire autrement ! Je ne voulais pas que les gens pensent que je fais ça pour être à la mode, je n’ai pas vraiment vu ça comme un défi. Je voulais surtout savoir s’il était possible de se déplacer autrement, d’être plus responsable d’un point de vue écologique. Je ne pensais pas que ça allait être aussi facile, j’ai réussi à faire environ 90 % de mes trajets en train et vélo. C’était important pour moi de conserver les mêmes conditions de travail. Car il fallait quand-même assurer ensuite l’émission sur Europe 1 ! L’année prochaine, ce sera peut-être un peu plus compliqué car le Tour sera très localisé au sud, qui n’est pas très bien desservi par les transports en commun.

Le Tour de France devrait devenir un leader de la responsabilisation citoyenne concernant la cause écologique.

Cela fait maintenant un petit moment que vous êtes journaliste sportif, comment avez-vous vu la profession évoluer ? En bien ? Est-ce qu’on pratique ce métier comme avant (RS) ?

Désormais, nous vivons avec le syndrome des fake news. Je pense que l’information sur Internet n’est pas correctement utilisé. Tout le monde fait de l’information, s’approprie des photos qui ne sont pas les siennes,… La bonne utilisation de l’information sur Internet est une question de maturité, c’est quelque chose d’empirique. Hélas il n’y a pas de mode d’emploi, il serait peut-être bon qu’à l’école, on apprenne les bons usages d’Internet.

Lorsque j’étais jeune, on accusait les journalistes de pomper les informations de leurs collègues, aujourd’hui on ne sait plus les sources et certaines méthodes deviennent « inquiétantes ». Je pense particulièrement à la course à l’immédiat, au scoop. De mon côté, ça me « saoulerait » de travailler en fonction des réseaux sociaux.

Vous avez créé Vélobs, vous pouvez nous en dire un peu plus ?

Lorsque j’ai quitté manu militari Eurosport, il fallait que je trouve du travail. Le plus simple était de monter ma boîte, c’est pourquoi j’ai créé cette boîte de production et grâce à mes nombreux contacts dans le monde du vélo, nous avons réussi à nous développer. Mais aujourd’hui, nous travaillons aussi dans d’autres domaines que le vélo. Nous avons récemment travaillé avec le TLM Volley Club, lancé une web-série sur le handicap,…

Nos meilleurs clients, comme l’équipe Groupama-FDJ ou Amaury Sport Organisation, nous sont fidèles depuis 8 ans maintenant, cela signifie que l’on fait du bon boulot je pense.

Vous avez travaillé avec beaucoup de consultants différents, lequel vous a le plus marqué et pourquoi ?

C’est sans aucun doute la question la plus facile, c’est évidemment Laurent Fignon ! Il m’a appris le vélo (ce qui ne veut pas dire que je n’ai pas appris avec d’autres), nous avons travaillé ensemble pendant 10 ans, ce qui est beaucoup. Il m’a a enseigné beaucoup de choses, mais jamais sans condescendance, sans mépris. J’étais devenu ami avec lui et son pote Vincent Barteau aussi.  Laurent Fignon avait la réputation d’être un peu cassant et c’était vrai ! Mais j’ai beaucoup appris à ses côtés et c’est ce que je retiendrai. Nous avons aussi eu la chance de travailler ensemble pendant les années d’insouciance où il n’y avait pas cette obsession, cette phobie autour du dopage.

Laurent Fignon et Patrick Chassé ont travaillé 10 ans ensemble.
Crédits photos : Paris-Match

Enfin, est-ce qu’il y au une étape, un Tour, un événement qui vous a marqué ? 

Étonnamment, mes souvenirs les plus forts concernent des coureurs étrangers, peut-être parce que je travaillais pour Eurosport, chaîne pan-européenne.  J’ai en mémoire la victoire de Stuart O’Grady sur Paris-Roubaix, en 2007. Il était parti dans l’échappée matinale et avait réussi à s’imposer !  J’aimais ce type de coureur et c’était une belle victoire surtout dans un contexte difficile marqué par des affaires de dopage. Ces classiques offraient un moment d’enthousiasme pour quelques heures, on avait l’impression de vivre une belle histoire

Ensuite, j’ai vécu des moments mémorables grâce aux consultants. Je pense à Paris-Roubaix 1997 que je commentais avec Laurent Fignon. Il a toujours rêvé de remporter Paris-Roubaix, mais n’a jamais réussi, au même titre que les Championnats du Monde. Et lorsqu’il parlait, on avait l’impression qu’il était sur le vélo, qu’il comprenait ce que les coureurs vivaient, c’était magique !

C’est la même chose concernant Laurent Jalabert ! Je me souviens du Tour 2003 quand il commentait le duel Lance Armstrong-Jan Ullrich sur le contre-la-montre de Nantes. Il avait ce lyrisme, cette passion dans ses propos qu’il aurait été dommage de lui couper la parole. Alors qu’il est important qu’il y ait beaucoup d’échanges lorsqu’on commente, afin de maintenir un certain rythme, il faut aussi savoir laisser la parole dans ces moments-là pour les rendre encore plus beaux.

Commentateur pour la chaîne L’Équipe, Patrick Chassé commentera en 2020 Milan-San Remo, les Strade Bianche, le Giro, le Tour de Suisse, le Tour de Lombardie,…

Crédits photos : Vélo 101
Matthieu Heyman

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