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Le jour où… Dick Fosbury révolutionna le saut en hauteur

Les Olympistes se lancent dans des dossiers retraçant l’Histoire du sport. Aujourd’hui, on vous raconte l’incroyable révolution « Fosbury ». Les Jeux Olympiques de Mexico ont été riches en émotion. De nombreuses histoires peuvent être contées, notamment celle du podium du 200m masculin avec les poings gantés de Tommie Smith et John Carlos ou encore l’incroyable performance de Colette Besson. L’Histoire de Dick Fosbury est tout aussi importante pour le saut en hauteur. 

Qui est Dick Fosbury ?

Dick Fosbury, de son vrai nom Richard Douglas Fosbury, naît le 6 mars 1947 à Portand (Oregon). Il commence rapidement à pratiquer le sport, notamment le basketball en raison de sa grande taille. Mais « Dick » décide de se tourner très rapidement vers l’athlétisme en se spécialisant dans le saut en hauteur. De fil en aiguille, il décide de s’entraîner seul chez lui en plus de ses entraînements pour améliorer sa technique. Grâce à son acharnement, il réussit à passer à 14 ans la barre des 1m62, à l’aide de la technique de saut dit le « ciseau », lors d’une compétition officielle sous le maillot du Medford Highschool. À la fin de son cursus lycéen, Richard est capable de sauter 1m80.

Il est repéré par de nombreuses universités américaines grâce à ses aptitudes. Lors d’une compétition en 1963, le jeune lycéen réussit à passer la barre des deux mètres en sautant sur le dos, ce qui étonne tous les observateurs et même les arbitres se demandant si la technique est autorisée. Il intègre l’Université de Corvallis (Oregon) où son entraîneur l’oblige à sauter avec la méthode conventionnelle, à savoir le « rouleau ventral ». Cependant Fosbury persévère en s’entraînant, selon sa propre technique, chez lui. La légende de Fosbury raconte même qu’un arbre placé au milieu du sautoir l’obligeait à prendre une course incurvée. Dick appelle sa propre technique le « rouleau ventral inversé ». Finalement, le coach d’athlétisme de l’Université finit par encourager Dick dans sa méthode, voyant que ses performances deviennent de plus en plus importantes.

Les années 1967 et 1968 sont des années de consécration pour le jeune athlète. En 1967, Dick participe à de nombreuses compétitions nationales, dépassant à chaque fois la barre des 2 mètres tout en devenant une figure de régularité dans le sport universitaire. Lors des championnats NCAA de 1968, Dick Fosbury confirme son statut en sautant 2m19. Il est donc assez logiquement, la même année, inscrit dans des compétitions professionnelles américaines pour des places qualificatives aux Jeux Olympiques de Mexico de 1968. Sur la dernière étape, il finit troisième, derrière Ed Caruthers, synonyme de départ pour la capitale mexicaine.

La finale des Jeux Olympiques 1968

Comment un athlète peut-il se faire connaître aux yeux du monde entier ? La réponse est simple : participer aux Jeux Olympiques. Ceux de 1968 de Mexico sont chargés d’Histoire. Le stade universitaire de Mexico a eu la chance d’accueillir des moments indescriptibles cette année-là.

Le jour du 20 octobre 1968, le monde de l’athlétisme sera à tout jamais transformé. Les sauteurs passent  les uns après les autres, réussissant tous à franchir la première barre. Arrive le tour de Dick Fosbury. Il commence à marquer ses pas d’une manière étrange pour les puristes de ce sport, qui ne l’avaient jamais vu sauter. La foule mexicaine reste interloquée et des rires résonnent. Dick se lance, utilise sa course incurvée, saute avec le pied le plus éloigné du sautoir. Dans un mouvement de balancier, le jeune athlète se tourne à la barre, passe son dos, lève ses jambes et retombe sur le matelas. La foule se lève comme un seul homme sentant LA nouvelle révolution de ce sport. Les journalistes, commentateurs et puristes restent stupéfaits.

Crédit Photo : IAAF

Plus les minutes passent, plus le nombre d’athlètes en lice pour l’or Olympique diminue, mais Richard Douglas Fosbury est toujours présent après avoir effacé sans problème toutes ses barres. La foule mexicaine se met à chanter à sa gloire et lance des « OLE » à chaque saut. Les spécialistes, toujours dubitatifs, espèrent inconsciemment la défaite de l’Américain aux chaussures dépareillées. La dernière étape de cette finale fut un combat entre trois hommes encore en course : Ed Caruthers, Valentin Gravilov et Dick Fosbury. Le soviétique Gravilov ne parvint pas à franchir 2m22.

Le final de cette épreuve se disputera donc sur la barre des 2m24 entre deux Américains se connaissant très bien. Ed Caruthers frôle la barre sur sa tentative, qui tombe au sol. Fosbury n’a donc qu’à passer cette barre pour être sacré champion olympique et rentrer dans la légende de ce sport. Bien évidemment, le jeune universitaire Américain passe largement la barre, la foule se lève, les puristes tirent leur chapeaux : Fosbury vient de propager un nouveau moyen de sauter. Cette barre passée est symbolique de record olympique, qui tiendra pendant huit ans. Malheureusement, il ne parvint pas à passer la barre des 2m29 pour établir un nouveau record du monde.

La légende ne s’arrête pas là. Une fois la remise des médailles terminée et l’hymne américain retenti, Dick Fosbury annonce sa retraite internationale. Il affirme même a une journaliste : « Je pense que de nombreux athlètes reprendront ma technique pour aller encore plus haut ».

L’héritage du « Fosbury Flop »

Il ne crut pas si bien dire. Aujourd’hui qui peut nier l’impact du saut de Fosbury sur la discipline ? Tous les athlètes contemporains ont emprunté cette technique, au centre de gravité bas permettant de passer plus facilement au-dessus des barres. Cette technique permet aux sauteurs de tutoyer les étoiles.

Très vite, après 1968, de nombreux athlètes vont reprendre ce type de saut alors baptisé « Fosbury Flop ». Les records du monde se battent un à un. Les sauteurs atteignent la barre des 2m30 puis 2m40 très rapidement. Les non-professionnels (décathlon) se spécialisent également dans le « Fosbury Flop ». Les puristes de cette discipline s’inclinent et adoptent cette méthode pourtant très décriée. Le record du monde est aujourd’hui détenu par le Cubain Javier Sotomayor  avec un saut de 2m45 le 27 juillet 1993 au meeting de Salamanque en Espagne.

L’Histoire du « Fosbury Flop » n’est pas une Révolution sportive comme les autres. Elle a marqué celle du saut en hauteur pour que les athlètes puissent décrocher la lune dorée. C’est également l’Histoire d’un jeune homme, moqué et décrié toute sa jeunesse et toute sa carrière pour un style particulier, mais qui, à force de persévérance, a su développer une technique intemporelle.

Crédit Photo : Sport MYWAY
Thomas FRAISSE

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